« Pasteur Yves Kéler, retraité de l'Eglise de la Confession d'Augsbourg d'Alsace
et de Lorraine (ECAAL)/Union des Eglises Protestantes d'Alsace et de Lorraine (UEPAL)
»

*1939 - † 2018


1er dimanche de l’Avent

Dimanche 28 novembre 2010

Le Seigneur vient

Jérémie 23, 5-8

Note concernant la traduction : Au verset 8, Français Courant traduit par « race d’Israël », et Jérusalem « race de la maison d’Israël », Colombe et TOB traduisent par « descendance des gens d’Israël », ce qui est préférable, car nous savons les dangers de la notion de « race juive » !


Introduction

En ce premier dimanche de l’Avent, l’Evangile décrit Jésus entrant à Jérusalem comme une sorte de roi ou de messie, porteur des espérances d’un peuple. Le poème de Jérémie est sans doute l’une des sources de ce messianisme, car il espère la venue d’un nouveau souverain, différent des rois de son temps.

Pour mieux voir quel relief prend la parole du prophète, regardons les circonstances qui ont entouré ce poème et la forme que prend le messianisme de Jérémie. Cela peut éclairer notre façon de com-prendre comment, pour nous, Jésus est « Christ », c'est-à-dire « Messie, Oint de Dieu ».

Le temps de Jérémie

Les théologiens spécialistes de l’Ancien Testament pensent que ces paroles ont été dites à un mo-ment où le royaume de Juda et la ville de Jérusalem étaient dans une impasse politique totale. Plu-sieurs rois de Juda, ultranationalistes, qui pensaient être soutenus par Dieu, se sont révoltés contre le roi de Babylone. Celui-ci avait étendu un vaste protectorat sur le Proche-Orient, contre paiement de l’impôt évidemment. Ces rois voulaient retrouver leur indépendance et ils ont refusé de payer l’impôt. Un premier siège de Jérusalem avait abouti à la déportation des forces vives et des ouvriers qualifiés de Jérusalem. Le roi de Babylone avait placé sur le trône de Jérusalem l’une de ses créatu-res, un roi marionnette nommé Sédécias. Mais celui-ci, poussé par les milieux nationalistes, a recommencé à secouer le joug babylonien, tout en comptant sur une intervention divine pour sauver sa couronne.

Tout cela s’est accompagné d’un double mouvement. Le pouvoir de Sédécias est devenu tyranni-que, les prisons étaient pleines. En même temps, la clique de nouveaux riches qui l’entourait en a profité pour mettre la main sur la plupart des richesses de la ville et de la région. L’injustice s’est ajoutée à la tyrannie. Le peuple, soumis à une intense propagande nationaliste, n’en souffrait pas moins.
C’est dans ces circonstances que Jérémie s’est levé. Au nom de Dieu, il a dénoncé les injustices contre le peuple. Allant plus loin, au début du chapitre 23, il dénonce le mauvais comportement des élites, des bergers du peuple qui, au lieu de nourrir le troupeau, le laissent souffrir et s’égarer.
Il envisage une solution radicale : Dieu va faire partir ces bergers et s’occuper lui-même du trou-peau !

Le messianisme de Jérémie

Il demande un changement de régime : les rois et chefs incompétents, qui ne pensent qu’à eux, vont être remplacés par un roi compétent qui sera un vrai descendant de David. En effet, pour les Israéli-tes de ce temps-là, David était un véritable mythe. Il était l’exemple du souverain qui avait allié la bonne gouvernance, la justice et le respect de Dieu. Les vrais descendants de David, ce ne sont pas forcément ceux qui occupent son trône, mais ceux qui agissent comme lui.
On ne sait pas si Jérémie avait en tête un candidat pour le pouvoir. Il est probable qu’il était persua-dé que Dieu arriverait à susciter quelqu’un comme il l’avait fait autrefois en appelant David, auquel personne ne pensait au moment où il a été choisi. Il est clair en tous cas que le régime auquel pense Jérémie est en rupture avec ce qu’il a sous les yeux.

À la place d’une bande de profiteurs qui se remplissent les poches et méprisent le peuple, Dieu met-trait en place une élite qui administre le pays de façon juste, compétente et humaine.
La politique que voyait Jérémie avait abouti à la catastrophe. Le royaume du Nord, Israël, avait été détruit par les Assyriens un siècle plus tôt. Celui du Sud, celui de Juda, allait l’être par les Babylo-niens. Tout cela arrive parce que la violence et le nationalisme religieux avaient fait oublier à ces gouvernants la réalité.

Selon Jérémie, le roi choisi par Dieu allait promouvoir la paix. En outre, il pouvait sortir de l’exil à la fois Israël et Juda : tous allaient pouvoir rentrer chez eux. Ce serait une sorte de nouvelle sortie d’Égypte. Les serments ne se feraient plus au nom du Dieu de l’Exode, événement ancien, mais au nom du Dieu du retour d’exil, événement à venir.

C’est ainsi que Jérémie veut donner consolation et espoir au peuple qui souffre.

Jésus le Christ

Les chrétiens, à la suite des apôtres, ont affirmé que Jésus de Nazareth était celui qui avait accompli ce que les prophètes et en particulier Jérémie avaient annoncé. Jésus n’agresse personne, il ne dresse pas les gens les uns contre les autres et ne méprise pas le petit. Au contraire, il annonce le royaume de Dieu où la justice règnera. Les gens enthousiastes qui l’accueillent bruyamment à Jéru-salem ont de lui cette image. Ils n’ont pas tout à fait tort, Jésus a dit et fait un peu tout cela.
Mais à Jérusalem, les choses ont tourné autrement : peu de temps après cette entrée triomphale, Jésus a été arrêté, torturé et crucifié. À cause de la croix, les chrétiens ont dû abandonner le rêve d’un messianisme politique. Les Témoins de Jéhovah pensent que Jésus reviendra un jour régner sur la terre, mais leur façon de voir ne tient pas compte de l’événement de la croix et de la résurrec-tion, où Jésus affirme et montre clairement que son royaume n’est pas de ce monde.

Aujourd’hui, premier dimanche de l’Avent, nous pensons à cette première venue de Jésus dans l’humilité. Nous attendons aussi sa venue pour renouveler toute chose. Mais la fête de Noël va nous rappeler que le programme n’est pas politique et en concurrence avec les pouvoirs de ce monde. Il vient sans pouvoir militaire ou financier, il n’a que sa parole et son amour pour renouveler toutes choses.

De ce fait, notre messianisme ne pourra pas se traduire en programmes politiques, ni même en pro-grammes sociaux. Il est du domaine de la foi, librement acceptée et joyeusement proclamée. Le contenu de ce que disait Jérémie n’en est pas absent. Il s’agit de justice et de respect du petit, il s’agit de la libération de ceux qui sont esclaves des puissances de ce monde. Il s’agit d’espérance pour l’humanité. Elle n’est pas vouée au malheur et à la mort. Mais cela ne se fera ni par la puis-sance des hommes ni par la politique. Cela se fera par l’Esprit Saint qui renouvelle l’humanité de l’intérieur.

Cl : Ce messianisme annoncé par Jérémie, revisité par les évangiles et les apôtres est une interpella-tion énorme pour les croyants. Jérémie nous invite à avoir les yeux ouverts sur les abus de pouvoir et les injustices de ce monde. L’Évangile nous invite à remercier Jésus d’être venu sur cette terre. L’apôtre Paul, dans l’épître entendue tout à l’heure, nous invite à agir concrètement au nom de cette protestation contre l’injustice et cette reconnaissance. Comment ? En observant les commande-ments, c’est à dire en aimant concrètement. Commençons par aimer le prochain et cessons de dor-mir, c’est ce à quoi appelle ce temps de l’Avent. Amen
Pierre Kempf

Lectures :

les deux textes prévus, Matt 21,1-9 et Rom 13,8-12

Cantiques possibles :

24, La terre au Seigneur appartient
313 O Dieu des grâces éternelles
312 Seigneur que ton règne admirable
316 Peuples qui marchez dans la longue nuit.

¼ - Service des Lecteurs – SL – 50 – 28/11/2010 - Pierre KEMPF

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