« Pasteur Yves Kéler, retraité de l'Eglise de la Confession d'Augsbourg d'Alsace
et de Lorraine (ECAAL)/Union des Eglises Protestantes d'Alsace et de Lorraine (UEPAL)
»

*1939 - † 2018

 

C. 04 : Noël, 25/12 : GELOBET SEIST DU JESU CHRIST

C. 04. 1er jour de NOËL, 25 décembre
           1. Weihnachtstag  (Wustmann)

          GELOBET SEIST DU, JESU CHRIST,   BWV 91

                  LOUE SOIS-TU, SEIGNEUR JESUS

 

NOTES quant à la Cantate

Auteur du livret : Picander ?                 Date : 1735-1744, Leipzig II 
                                                                           selon Neumann
                                                                   25.12.1724, Leipzig I
                                                                           selon James Lyon

Lectures bibliques de la fête :

Epître :       Tite 2/11-14 : la grâce salutaire de Dieu a paru
            ou   Esaïe 9/2-7 : un enfant nous est né
Evangile :   Luc 1-14 : la naissance du Christ et l’annonce aux bergers

 

Thème de la cantate :  

Le cantique de Luther « Gelobet seist du, Jesu Christ » et sa paraphrase

        Cette cantate est dominée par le chant de Luther « Gelobet seist du, Jesu Christ », qui lui a donné son titre. Bach affectionnait ce cantique et l’a mis dix fois en misiqueLe cantique est le propre du 1er jour de Noël, chanté après la lecture de l’évangile. Bach place son chant dans la droite ligne de Luc 1/1-14. Trois strophes sont directement employées : la 1ère pour le chœur d’entrée, la 7ème et dernière pour le choral final. La 2ème strophe est placée dans le Chœur-Récitatif, ce dernier lui faisant commentaire, en un dialogue entre le chœur et la soliste soprano.

        Mais comme on peut le voir dans d’autres cantates, le librettiste paraphrase les autres strophes du cantique. Voyez l’exemple de la cantate du 2ème jour de Noël  « Chistum wir sollen loben schon », dans laquelle cet autre cantique de Luther est traité de la même manière.  

        Dans la 1ère Aria, au premier tercet, la strophe 3 est paraphrasée : le vers de Luther « Den aller Weltkreis nie beschloss – Celui que tout le cercle du monde n’a jamais enfermé », devient : « Gott, dem der Erdenkreis zu klein – Dieu, pour qui le cercle du monde est trop petit. »

        Dans 4ème strophe, Luther parle de « Licht – lumière » : celle-ci apparaît dans le 2ème tercet de la 1ère Aria. De même, « Des Lichtes Kinder – les enfants de la lumière », est repris dans ce même tercet.

        Le 2ème Récitatif reprend trois mots de la strophe 5 du chant de Luther : 1° « Der Sohn des Vaters – le Fils du Père », qui devient « Der grosse Gottessohn – le grand Fils de Dieu ». 2° « Gott von Art – Dieu par nature », qui devient « den Schöpfer – le Créateur », et 3° « Ein Gast in der Welt – un hôte sur la terre », qui devient « Ein Gast bei dir – un hôte chez toi. »  

        La strophe 6 de Luther est reprise dans la 2ème Aria. La célèbre phrase de Luther : « Er ist auf Erden kommen arm – Il est sur terre venu pauvre», devient: « Die Armut, so Gott auf sich nimmt – la pauvreté que Dieu prend sur lui », et le « mache reich – rende riche » devient « der Überfluss an Himmelsschätzen – le débordement des trésors célestes », image très baroque pour le simple mot « reich-riche ».
 
        Chaque strophe est clairement paraphrasée, et permet à l’auditeur, qui connaît par cœur le chant de Luther, de le suivre en filigrane tout au long de la cantate. Le texte, qui, de la première strophe fidèlement reproduite, s’enfonce progressivement dans le commentaire pour la strophe 2, puis dans la paraphrase pour les strophes 3 à 6, réapparaît pleinement à la strophe finale, dans le Choral achevant la cantate.

        Le plan de la cantate donné plus bas le montre bien, et fait apparaître 4 parties.

Nicée-Constantinople et l’incarnation du Fils et du Père.
 
        Dans le cantique de Martin Luther, la trame du Crédo de Nicée, qui était le Crédo de la messe universellement confessé, affleure à plusieurs endroits. Dans la 1ère strophe : « Mensch geworden von der Jungfrau – et homo factus est ex Maria Vergine – devenu homme de la Vierge Marie ». « Das ewge Licht  - lumière née de la lumière », sous-entendu éternnelle de Dieu lumière, à la strophe 4. Et à la strophe 5 : « Der Sohn des Vaters, Gott von Art – Filium Dei unigenitum, Deum de Deo -  Fils unique de Dieu, Dieu de Dieu ».

       Dans le cantique de Luther, c’est le Christ-Verbe qui s’incarne, conformément à Nicée-Constantonople, qui distingue très clairement les personnes de la Trinité. Chez Bach, le librettiste remplace plusieurs fois le Christ par Dieu. C’est le cas dans les deux Récitatifs. Dans le Choral-Récitatif, où il commente la 2ème strophe de Luther, il reste résolument nicéen : « Der Glanz der höchsten Herrlichkeit, das Ebenbild von Gottes Wesen – L’éclat de la plus haute gloire, l’image de l’être de Dieu. » Cette terminologie rappelle le Gloria-Laudamus : « Dans la gloire de Dieu, le Père », contemporain du Crédo de Nicée et de la même théologie nicéenne. De même dans le 2ème Récitatif.

        Mais, au début la 1ère Aria et dans la 2ème Aria, le librettiste emploie « Gott » à la place de « Christ » ou « Sohn ».

        Ce jeu entre le Fils qui s’incarne et le Père qui devient homme est courant en ces siècles, mais Luther a préféré bien distinguer entre le Père et le Fils, car cela est plus conforme à l’évangile, où chaque personne a son action propre. Chez Bach, on est davantage dans l’adoration, et la tendance à l’incarnation du Père pour renforcer l’abaissement du Fils se montre plus résolument.

        Le plan de la cantate est :

1ère partie   2ème partie        3ème partie     4ème partie

Chœur        Choral et           2ème Récitatif    
                      1er Récitatif     
1ère str        2ème str              5ème str

                   1ère Aria            2ème Aria
                   3ème +4ème str    6ème str
                                                                  Choral
                                                                  7ème str

Sources :  1, 2, 3. Gelobet seist du, Jesu Christ 1524
                              Str 1. : Medingen vers 1380
                              Str 2-7 : Martin Luther 1483-1546
                              EKG 15, RA 32, EG 23
                              frs : Yves Kéler 1972
                 
                 Mélodie : Martin Luther 1524
                              Medingen 1460
                              EKG 15, RA 32, EG 23

Bible :  pas de citation directe de la Bible au début de la cantate,
             ni dans son corps.

Voix :   ( S ) Soprano, ( A ) Alto, ( T ) Ténor, ( B ) Basse

Livres de cantiques cités : 

EKG 1951  Evangelisches KirchenGesangbuch Ekd Evangelische
                    Kirche Deutschlands, Eglise Protestante d’Allemagne
RA 1952    Recueil de cantiques de la Confession d’Augsbourg d’Alsace
                    et de Lorraine
EG 1995   Evangelisches Gesangbuch, EKD Evangelische Kirche
                    Deutschlands, Eglise Protestante d’Allemagne

Structure poétique : la mention figurant entre parenthèse et en italique, après le titre des différentes pièces, indique : 1°  par le chiffre romain, le nombre de vers dans le poème : VI par exemple signifie 6vers. 2° les chiffres arabes indiquent le nombre de syllabes dans le vers. Par exemple : 8 signifie vers de huit syllabes, avec fin masculine ; 9f signifie vers de neuf syllabes, avec fin féminine

Références :   Wustmann, J.S. Bachs Kantaten-texte  1982,   page 13
                        Neumann, Handbuch der Kantaten J.S. Bach   
                                                       1947, page 82   ; 1970,  page 88 
                        Schmieder         ,   page
                        James Lyon, J.S. Bach, Chorals 2005,             page 9
                        Yves Kéler, Martin Luther 42 chants 2009,       page 104

 

TEXTE de la Cantate

Les numéros devant les strophes sont ceux du chant de Luther
Les strophes entre parenthèses sont celles de Luther

                                              Structure poétique
               1.  CHOEUR             ( IV + 1  régulier )
                                                             
1. Gelobet seist, Jesu Christ,                8
Dass du Mensch geboren bist                8
Von einer Jungfrau, das ist wahr,          8
Des freuet sich der Engel Schar.            8
Kyrieleis.                                            4

1. Loué sois-tu, Seigneur Jésus !
    Dans la chair tu es venu :
    Marie, la Vierge, t’enfenta,
    Le chœur des anges te chanta.
    Kyrieleis.

               2.   CHORAL ET RECITATIF   (S )   
                                      ( IX irrégulier + 5 régulier )

Der Glanz der höchsten Herrlichkeit,       8
das Ebenbild von Gottes Wesen,             9f
hat in bestimmter Zeit                           6
sich einen Wohnplatz auserlesen.            9f
2.  Des ewgen Vaters einigs Kind      8
Das ewge Licht von Licht geboren           9f
     Jetzt man in der Krippe findt.       8
O Menschen, schauet an,                        6
was hier der Liebe Kraft getan,               8
     In unser armes Fleisch und Blut   8
- (und war denn dieses nicht verflucht,
                    verdammt, verloren?) –    13f
     Verkleidet sich das ewge Gut.       8    
so wird es ja zum Segen auserkoren.     10f

    L’éclat de haute majesté,
    l’image de Dieu en son être,
    a, au moment fixé,
    choisi un lieu où il va naître.
2.     Ton humble crèche, ô Fils de Dieu,
    lumière née de la lumière,
        Paraît pauvre aux oergueilleux,
    O hommes, regardez,
    ce que son fort amour a fait,
        Dans notre chair et notre sang
    -( or n’étaient-ils donc pas maudits,
                         perdus, sans gloire ? ) -   
        Tu viens à nous, compatissant.
    ils sont choisis par Christ, qui veut s’y plaire.

               1ere ARIA         ( T )         ( VI régulier )

Gott, dem der Erdenkreis zu klein,            8
Den weder Welt noch Himmel fassen,        9f
Will in der engen Krippe sein.                    8
    Erscheinet uns dies ewge Licht,             8
    so wird hinfüro Gott uns nicht                8
    Als dieses Lichtes Kinder hassen.          9f

      Luther   ( 3. Den aller Weltkreis nie beschloss,
                        Der liegt in Marien  Schoss !
                        Er ist ein Kindlein worden klein,
                        Der alle Ding erhält allein. )
                  ( 4. Das ewig Licht geht da herein
                        Gibt der Welt ein neuen Schein;
                        Es leucht wohl mitten in der Nacht
                        Und uns des Lichtes Kinder macht. )
 
     O Dieu, le monde est trop petit
     Pour contenir et pour comprendre
     Que de la crèche il fait son lit.
       Si la lumière ainsi paraît,
       Dieu ne nous haïra jamais,
       Nous sommes ses enfants si tendres.

               4.   2e RECITATIF         ( B )         ( VIII irrégulier )

O Christenheit !                                                  4
Wohlan, so mache dich bereit,                             8
bei dir den Schöpfer zu empfangen.                   9f
Der grosse Gottessohn                                      6
Kommt als ein Gast zu dir gegangen.                  9f
Ach, lass dein Herz durch diese Liebe rühren;      11f
Er kommt zu dir, um dich vor seinen Thron      10
Durch dieses Jammertal zu führen.                9f

      Luther  ( 5. Der Sohn des Vaters, Gott von Art,
                       Ein Gast in der Welt hie ward
                       Und führt uns aus dem Jammertal;
                       Er macht uns Erben in seim Saal.  )

    Peuple chrétien,
    debout, et prépare-toi bien
    à recevoir chez toi ton Maître.
    Puissant, le Fils de Dieu,
    ton hôte est là, il va paraître.
    Ah ! laisse donc cet amour te séduire !
    Il vient ici, il veut t’ouvrir les cieux,
    par le val sombre t’y conduire.

               2e ARIA    Duo      ( S,A )         ( VI régulier )

Die Armut, so Gott auf sich nimmt,                    8
Hat uns ein ewig Heil bestimmt,                      8
Den Überfluss an Himmelsschätzen.                    9f
    Sein menschlich Wesen machet euch               8
    Den Engels-Herrlichkeiten gleich,                  8
    Euch zu der Engel Chor zu setzen.                9f

      Luther  ( 6.  Er ist auf Erden kommen arm,
                        Dass er unser sich erbarm 
                        Und in dem Himmel mache reich
                        Und seinen Engeln mache gleich. )

    Pauvreté, que Dieu prend sur lui,
    Nous vaut un éternel salut
    Et de nombreux trésors célestes.
    L’humain en Christ de vous fera
    L’égal des anges, donnera
    A tous leur gloire manifeste.

               CHORAL       ( IV régulier )
                                                             
7.  Das hat er alles uns getan,              8
Sein gross Lieb zu zeigen an.                8
Des freu sich alle Christenheit               8
Und dankt ihm des in Ewigkeit.             8
Kyrieleis.                                            4

    C’est pour nous qu’il fit tout cela,
    Son amour il nous montra ;
    Réjuoissons-nous en ce jour :
    Jésus soit béni pour toujours.
    Kyrieleis.

 

                             Texte allemand : Wustmann, page 13
                             Trad. Française : Yves Kéler, Allevard, 16.6.2008

 

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