« Pasteur Yves Kéler, retraité de l'Eglise de la Confession d'Augsbourg d'Alsace
et de Lorraine (ECAAL)/Union des Eglises Protestantes d'Alsace et de Lorraine (UEPAL)
»

*1939 - † 2018

 

B. 02 : Avent, 1er Avent : SCHWINGT FEUDIG EUCH EMPOR

B. 02. 1er Dimanche de L’AVENT
           1 Sonntag im ADVENT  (Wustmann)

            SCHWINGT FREUDIG EUCH EMPOR ,   BWV  36
              
                           ELEVEZ-VOUS DE JOIE
   

NOTES quant à la Cantate

Auteur du livret :
Réécriture de la Cantate BWV 36a, dont le librettiste est Picander, destinée à l’anniversaire  de la 2ème épouse  du duc Leopold de Anhalt-Cöthen, et datée du  30.11.1726. La  musique de cette cantate est perdue, mais on admet que les éléments musicaux en ont été repris dans la cantate de l’Avent, et que c’est là qu’il faut les chercher.Cette réécriture est peut-être de Bach.
Date: on la date vers 1730, dans la période Leipzig I, 1723-1734.

Lectures bibliques du dimanche :

Epître :       Romains 13/11-14   la nuit est avancée
Evangile :   Matthieu  21/1-11    l’entrée de Jésus à Jérusalem

 

THEME de la cantate :  

Les deux parties

        Cette cantate est divisée en deux parties, entre lesquelles se plaçaient probablement les lectures et/ou la prédication. Cette cantate n’a pas de Récitatifs. Chaque partie est composée d’un chœur d’entrée ou Aria, d’un choral, d’une deuxième Aria, et d’un chœur final.

        La 1ère partie paraît correspondre à l’épître aux Romains 13/11-14, qui annonce l’imminence de la venue du Messie. La strophe de Luther est un appel à venir, ce qui signifie que ce Messie est encore attendu, comme le dit bien le Chœur : les fidèles attendent en chantant, mais le Christ n’est pas encore arrivé. C’est pourquoi il ne faut pas que ce chant dépasse les limites de Sion, puisque le Messie est imminent.  C’est aussi une allusion aux vierges sages et folles de Matthieu 25/1-13, qui attendent devant la porte de la salle de noces. 

        On retrouve ici les trois lieux déjà relevés dans la première cantate du 1er de l’Avent, placée sous le titre du même chant de Luther : le monde, l’Eglise, mon cœur. Ici l’Eglise figure en premier, dans le chœur, sous le nom de Sion, qui est une expression plus restreinte, plus intime et plus sacrée que Jérusalem, qui désigne l’ensemble de la ville. Cela rappelle que le Christ vient d’abord parmi les croyants, et pas dans le monde sans plus. Cela est particulièrement sensible dans la version de l’évangile de Jean, chapitre 12/12-19, qu’on lit aux Rameaux.

        Avec le premier choral « Nun komm, der Heiden Heiland », c’est l’attente des nations et du monde.
  
        Avec la 1ère Aria, c’est le cœur qui attend l’époux. Une belle image de l’amour conjugal exprime cette attente : de même que l’amour attire les amants, le Christ attire le cœur du croyant.

        Le 2ème Choral, qui est la strophe 6 de « Wie schön leuchtet der Morgenstern » de Philippe Nicolaï 1599, clôt la 1ère partie. On retrouve l’image amoureuse du voyage à Cythère. En effet, le début de cette strophe : « Zwingt die Saiten in Cythara – pincez les cordes à Cythère », est l’invitation au voyage vers cette île grecque située entre le Péloponèse et la Crète. Le nom de « Cythère » est une appellation d’Aphrodite, la déesse de la beauté et de l’amour. L’île, qui s’appelait « Kérigo » a été baptisée de ce nom nouveau à cause du célèbre temple d’Aphrodite qu’elle portait, et qui était un lieu de pèlerinage des amoureux. Il semble que le culte d’Aphrodite se serait répandu à partir de cette île. Mais Philippe Nicolaï fait un jeu de mot avec le mot grec « Kithara » (latin Cithara), qui a donné la « cithare » (Zitter en allemand), et « guitare », au 14e Siècle, par l’espagnol « gitarra » (Gitarre en allemand). Le vers devient alors :  « Pincez les cordes sur la cithare (ou la guitare). » Le mariage se fait d’ailleurs étonnamment entre « Jesulein – le petit Jésus, ou l’enfant Jésus », appelé « Bräutigam – l’époux » et le croyant. Tout un monde amoureux et musical est évoqué là, développant la mystique luthérienne.

        La 2ème partie paraît correspondre à l’évangile de Matthieu 11, où le Christ entre dans Jérusalem, et est accueilli par un « Willkommen – Bienvenue », qui indique bien qu’il est maintenant là. La deuxième citation du chant de Luther, strophe 4, lui rappelle immédiatement pourquoi il est là : « Führ hinaus den Sieg im Fleisch - remporte la victoire dans la chair. »

        Cette partie change de caractère. Elle quitte les images nuptiales et ramène à l’entrée de Jésus à Jérusalem. Quoiqu’une dernière image nuptiale fasse la transition : « le Schatz- trésor », auquel on souhaite la bienvenue au début de la 2ème Aria. « Schatz » signifie « trésor » , mais comme en français, il prend le sens de « chéri » dans le vocabulaire amoureux.

        Cette 2ème Aria dit encore : « Die Lieb und Glaube machet Platz Für dich in deinem Herzen rein - L’amour et la foi font place Pour toi dans mon cœur pur. » Cette allusion au « cœur pur » vient du Psaume 51/12 : « Schaffe in mir, Gott, ein reines Herze – Crée en moi, Dieu, un cœur pur. » Allusion cultuelle, puisque cette parole est employée pour la confession des péchés – absolution dans la liturgie pénitentielle. Le pardon des péchés crée un cœur pur, dans lequel l’amour et la foi permettent au fidèle de faire place à Jésus.

        Le 3ème Choral exprime solennellement cette venue du Christ dans notre chair, qui vient y prendre place pour la maintenir, et qui dans cette chair accomplira son œuvre. Luther avait écrit dans les 2 derniers vers de la strophe 4 : « Dass dein ewig Gottsgewalt  In uns das krank Fleisch erhalt – Que ton éternelle puissance divine Conserve en nous la chair malade (du péché). » Bach remplace le mot « erhalt » par « enthalt », qui signifie « contenir » : « Que ta puissance divine éternelle Fasse que notre chair malade puisse être contenue en nous. » En nous, c’est-à-dire dans cette agglomération du corps, de l’âme et de l’esprit qui forme l’être. C’est un affinement de la pensée de Luther, qui n’en change pas le sens premier.

        La 3ème Aria développe une idée rare : point besoin de voix éclatantes, comme celles des chorales ou des solistes, pour glorifier Dieu. Des voix tempérées, même faibles, « Gedämpft, schwachen Stimmen », le font autant. L’adoration, plutôt l’acclamation, « Schall », en esprit, donc intérieure, par opposition à l’acclamation extérieure physique et bruyante du chant choral, toute silencieuse qu’elle est, résonne comme un cri , « Geschrei » , que « Dieu dans le ciel entend. Belle humilité du grand musicien ! C’est le rappel de Romains 8/26-27 : » L’Esprit lui-même prie à notre place, « vertritt uns », traduit Luther, avec des soupirs inexprimables, et celui qui sonde les cœurs (Dieu) connaît quelle est la pensée de l’Esprit. »

        La deuxième partie et l’ensemble de la cantate s’achèvent par la doxologie trinitaire du chant de Luther. Ici également, on trouve le modèle cultuel de la fin de l’office : la bénédiction trinitaire, à laquelle le peuple répond par le triple Amen. Dans cette doxologie, Luther n’a pas traduit celle qu’on donne d’ordinaire avec le texte latin, et qui a peut-être été ajoutée au chant de St Ambroise, qui semble ne pas en avoir eu. Celle-ci est christologique et fait apparaître le Père et l’Esprit après le Christ. Chez Luther, Dieu devient central, mais Dieu le Père, puis Dieu le Fils et Dieu le Saint-Esprit.

        Le plan de la cantate est :

1ère partie                             2ème partie       

Chœur                                   2ème Aria
1er Choral, str 1 Luther       3ème Choral, str 4 Luther
1ère Aria                                3ème Aria
2ème choral, str 6 Nicolaï   4ème Choral , str 6 Luther

L’emploi des voix :

Les 2 voix de femme chantent le 1er Choral, str 1 du chant de Luther, suivies du ténor. On est donc dans les voix élevées, en légère descente des Alto-soprano vers le ténor pour la première partie. La chorale élargit ces voix pour le « Zwingt die Saiten ». Dans la 2ème partie, c’est le mouvement inverse : on monte, en passant de la basse au ténor pour revenir au soprano. La chorale élargit à nouveau avec la doxologie du chant de Luther. 

Sources :  2.6. 8.  Nun komm, der Heiden Heiland, Martin Luther 1524, str 1, 4, 6
                      traduit de « Veni, Redemptor gentium »,
                      Ambroise de Milan 386 (333-397)
                      EKG 1, RA 12, EG 4
                  4. Wie schön leuchtet der Morgenstern, str 6
                      Philipp Nicolai, 1599
                      (1556 Mengenringhausen/Waldeck – 1608 Hambourg)
                      Texte et mélodie
                      EKG 48, RA 61, EG 70

Bible :   pas de citation directe de la Bible au début de la cantate,
             ni dans son corps.
             Allusion à  Ps 51/12 : 2ème Aria, 
                             Romains 8/26-27 : 3ème Aria

Voix :   ( S ) Soprano, ( A ) Alto, ( T ) Ténor, ( B ) Basse

Livres de cantiques cités : 

EKG 1951  Evangelisches KirchenGesangbuch Ekd Evangelische
                    Kirche Deutschlands, Eglise Protestante d’Allemagne
RA 1952    Recueil de cantiques de la Confession d’Augsbourg d’Alsace
                    et de Lorraine
EG 1995   Evangelisches Gesangbuch, EKD Evangelische Kirche
                    Deutschlands, Eglise Protestante d’Allemagne

Structure poétique : la mention figurant entre parenthèse et en italique, après le titre des différentes pièces, indique : 1°  par le chiffre romain, le nombre de vers dans le poème : VI par exemple signifie 6vers. 2° les chiffres arabes indiquent le nombre de syllabes dans le vers. Par exemple : 8 signifie vers de huit syllabes, avec fin masculine ; 9f signifie vers de neuf syllabes, avec fin féminine

Références :  

Wustmann, J.S. Bachs Kantaten-texte  1982,   page  2
Neumann, Handbuch der Kantaten J.S. Bach   
                                   1947, page 41; 1970, page 46 
Schmieder         ,   page
James Lyon, J.S. Bach, Chorals 2005,             page 8, 74
Yves Kéler, Martin Luther 42 chants 2009,       page 156

 

TEXTE de la Cantate

                                       1 ère Partie

                                                                           Structure poétique
               1.  CHOEUR                                             ( IV régulier )

Schwingt freudig euch empor zu den erhabnen Sternen,      13f
Ihr Zungen, die ihr jetzt in Zion fröhlich seid.                     12
Doch haltet ein, der Schall darf sich nicht weit erfernen,      13f
Es naht sich selbst zu euch der Herr der Herrlichkeit.          12

    Elevez-vous de joie, montez vers les étoiles,
    O voix, qui, dans Sion, chantez avec ardeur.
    Mais faites que vos chants loin d’ici ne s’éloignent :
    Voici que vient à vous le Seigneur des Seigneurs.

               2.  1er CHORAL      ( S, A )       ( IV régulier )

Nun komm, der Heiden Heiland,      7
Der Jungfrauen Kind erkannt,         7
Dass sich wunder alle Welt:            7
Gott solch Geburt ihm bestellt.        7
 
    Viens, Rédempteur des païens,          
    Montre-toi, enfant divin,
    Que s'étonne l'univers                        
    De ta venue dans la chair !

               3.  1er ARIA         ( T )         ( V régulier )

Die Liebe zieht mit sanften Schritten           9f
Sein Treugeliebtes allgemach.                    8
    Gleich wie es eine Braut entzücket,        9f
    Wenn sie den Bräutigam erblicket,         9f
    So folgt ihr Herz auch Jesu nach.            8

    L’amour à pas feutrés s’avance
    Et prend sa place en sa maison.
       Comme une épouse émue et belle,
       Lorsqu’aux yeux l’époux se révèle,
       Le cœur suit Jésus, tout heureux.

               4.  2ème CHORAL        (  X régulier )

Zwingt die Saiten in Cythara                     8
Und lass die süsse Musika                        8
Ganz freudenreich erschallen,                  7f
Dass ich möge mit Jesulein,                      8
Dem wunderschönen Bräutgam mein,        8
In steter Liebe wallen.                             7f
Singet,   Springet,                     2 + 2       4f
Jubilieret,   Triumphieret,          4 + 4        8f
        Dankt dem Herr(e)n!                       4f
Gross ist der König der Ehren.                  8f

    Sonnez, Guitare et instruments
    Et que résonnent les accents
    Les sons de la Musique,
    Qu’avec l’enfant Jésus petit,
    Mon bel époux, je marche ici
    Dans un amour unique.
    Vire,   Tourne,
    Que l’on chante,   Que l’on danse,    
            Rende gloire !
    Grand est le Roi de victoire.

                                       2ème Partie

               2e ARIA         ( B )         ( IV régulier )

Willkommen, werter Schatz !                     6
    Die Lieb und Glaube machet Platz          8
    Für dich in meinem Herzen rein;            8
    Zieh bei mir ein!                                  4

    Sois bienvenu, trésor!
       L’amour, la foi, d’accord,
       Te font la place en mon cœur pur ;
       Entre en mes murs !

                6.  3ème CHORAL      (T)         ( IV régulier )

Der du bist dem Vater gleich,                  7
Führ hinaus den Sieg im Fleisch,              7
Dass dein ewig Gottsgewalt                     7
In uns das krank Fleisch enthalt.             7

    Egal au Père éternel,
    Roi vainqueur venu du ciel,
    Tu enlèves de nos corps
    L’infirmité de la mort.

                7.  3ème ARIA        ( S )        ( régulier )

Auch mit gedämpften, schachen Stimen           (vers libre)
Wird Gottes Majestät verehrt.
    Denn schallet nur der Geist darbei,
    So ist ihm solches ein Geschrei,
    Das er im Himmel selber hört.

    Voix qu’on tempère, faibles même,
    Louez Dieu dans sa majesté !
       Et si ne chante que l’esprit,
       Pour Dieu ce chant est comme un cri,
       Que lui entend, vers lui jeté.

               8.  CHORAL              ( IV régulier )

Lob sei Gott dem Vater gton,             7
Lob sei Gott, senm ein’gen Sohn,       7
Lob sei Gott, dem Heilgen Geist         7
Immer und in Ewigkeit.                     7

    « Gloire à Dieu Père » soit dit,
    Gloire à Dieu, Fils Jésus-Christ,
    Gloire à Dieu le Saint-Esprit,
    Dans les siècles infinis.

 

                             Texte allemand : Wustmann, page 2
                             Trad. française : Yves Kéler, Allevard, 2.7.2008

 

 

 

 

 

 

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