D.14.  3ème dimanche après l’EPIPHANIE
           3. Sonntag nach Epiphanias  (Wustmann)

        WAS MEIN GOTT WILL, DAS GSCHEH ALLZEIT,   BWV  111

                          LA VOLONTE DE MON SEIGNEUR

NOTES quant à la Cantate

Auteur du livret : inconnu                  Date: 1735-44 Leipzig I

Lectures bibliques du dimanche :

Epître :       Romains 12/17-21 :    Règles de vie chrétienne
Evangile :   Matthieu 8/1-13     :    Guérison du lépreux et du fils
                                                  du centenier de Capernaüm

THEME de la cantate :  

Matthieu 8/1-11, l’évangile du jour, et Was mein Gott will

        Cette cantate est dans la même ligne que les trois précédentes pour le 3ème dimanche après l’Epiphanie. L’humble demande pleine de foi du lépreux : « Si tu le veux, tu peux me guérir », et la réponse du centenier, commandent le choix du cantique « Was mein Gott will ». Ce chant a été composé, en 1559 en trois strophes, par Albert de Prusse, ou Albert de Brandebourg, qui fut le dernier grand-maître de l’Ordre teutonique, donc un soldat croisé, qui transforma les terres de l’Ordre en duché de Brandebourg et Prusse. Est-ce une des raisons pour laquelle Bach et son librettiste ont choisi cet auteur et son chant pour illustrer l’attitude et les paroles du centenier, un officier romain ?  La 4ème strophe datée de Nuremberg 1554 est d’un autre auteur. Elle été associée au chant d’Albert de Prusse. La 1ère strophe du chant figure aussi dans la 1ère des trois cantates du dimanche : « Alles nur nach Gottes Willen », BWV 72 (voir D.11).

        Les vers 3 et 4 du chant : « Zu helfen den’n ist er bereit Die an ihn glauben feste – A aider ceux-là il est prêt, qui croient fermement en lui », sont la réponse au lépreux et au centenier.
  
        Dans le chant, aux vers 7, une allusion est faite à Matthieu 7/24-29, la péricope précédant l’évangile du jour, qui donne la parabole de la « maison construite sur le roc », et qui est l’évangile du 5ème dimanche après l’Epiphanie : « Wer Gott vertraut,  fest auf ihn baut – qui fait confiance à Dieu,  qui construit solidement sur lui. » A partir de ces mots, Joachim de Magdeburg (1525-1587) a composé un chant sous le titre « Wer Gott vertraut  Hat wohl gebaut », sur la même mélodie de Claudin de Sermisy. (RA 453, EKG 284, deest EG). Bach n’a pas employé ce chant pour une cantate.

Le commentaire des strophes internes du chant

        Le chant d’Albert de Prusse sert de parenthèse d’entrée et de sortie, par ses strophes 1 et 4. Les strophes 2 et 3 sont commentées par les Arias et les Récitatifs. Nous rencontrons cette manière plus d’une fois chez Bach. Voici les strophes 2 et 3 du chant, avec leur traduction chantable :

2. Gott ist mein Trost, mein Zuversicht,
    Mein Hoffnung und mein Leben.
    Was mein Gott will, das mir geschicht,
    Will ich nicht widerstreben;
    Sein Wort ist wahr,   Denn all mein Haar
    Er selber hat gezählet;
    Er hüt’t und wacht,   Stets für uns tracht’t,
    Auf dass uns gar nichts fehle.

       Dieu est ma force et mon espoir,
       L’avenir, l’abondance
       J’accepte ce qu’il peut vouloir,
       Sans nulle résistance.
       Il dit vrai, Dieu,    Car mes cheveux
       Sont comptés sur ma tête.
       Lui, le gardien,  Qui veut le bien,
       Répond à nos requêtes.

        La 1ère Aria, au vers 2,reprend littéralelment le début de cette 2ème strophe : « Gott ist mein Trost und Zuversicht – Dieu est ma force et mon espérance. » De même, le mot « Leben – la vie » de l’Aria provient du 2ème vers du chant.

        Le 1er Récitatif continue la strophe 2 : « Sein Wort ist wahr  Denn all mein Haar – Sa parole est vraie,  Car chacun de mes cheveux », est repris d’abord dans : « Und unsers Hauptes Haar  Hat er gezählet – et les cheveux de notre tête,  ils les a comptés », puis dans « Auf dessen Schluss und Wort – sur son conseil et sa parole. »  

3. Drum muss ich Sünder von der Welt
    Hinfahrn nach Gottes Willen
    Zu meinem Gott, wanns ihm gefällt,
    Will ich ihm halten stille.
    Mein arme Seel   Ich Gott befehl
    In meiner letzten Stunden.
    Du frommer Gott,  Sünd, Höll und Tod
    Hast du mir überwunden.

       Je quitterai, pauvre pécheur,
       Dieu le voulant, ce monde.
       J’irai chez lui, mon bon Seigneur,
       Sans plainte et sans faconde.
       Je remettrai   Mon âme en paix,
       Quand vient ma dernière heure.
       L’enfer battu, La mort vaincue, 
       En lui est ma demeure.

        La 2ème Aria reprend la strophe 3: « So geh ich – ainsi je vais », provient de « Drum muss ich… hinfahrn – C’est pourquoi je dois…aller. »

        Le 2ème Récitatif continue la strophe 3 et lui emprunte « Mein arme Seel  Ich Gott befehl » et en fait : « den Geist, …, nimm ihn, Gott, in treue Vaterhände – l’esprit,…, prends-le, Dieu, en (tes) fidèles mains de Père. » Bach reprend aussi la trilogie « Sünd, Höll und Tod - péché, enfer et mort », et en fait : « Teufel, Tod und Sünde – Diable, mort et péché. »    

Plan des strophes dans la cantate et plan de la cantate

        Il se dégage donc un plan clair à partir de ces 4 strophes, qui se divise en 2 parties :

1ère partie
Strophe 1 :  Was mein Gott will        1. Choeur d’entrée
Strophe 2 :  Gott ist mein Trost        2. 1ère Aria
                                                      3. 1er Récital

2ème partie
Strophe 3 : Drum muss ich Sünder    4. 2ème Aria
                                                       5. 2ème Récital
Strophe 4 : Noch eins, Herr               6. Choral final       

        Le plan de la cantate est :   

1ère partie         2ème partie      

Choeur             2ème Aria
1ère Aria           2ème Récitatif    
1er Récitatif       Choral

        La 2ème partie est introduite par un « So - donc, ainsi », tiré du « Drum  – c’est pourquoi » de la strophe 3. Ce « Drum » lui-même est repris littéralement au début du 2ème Récitatif.

Six allusions bibliques dans les Arias et les Récitatifs

        1ère Aria, Tobie 3/30 : Cet apocryphe, beaucoup employé anciennement, dit : « Denn dein Rat steht nicht in Menschengewalt – Car ton conseil n’est pas au pouvoir des hommes.“ Cette formulation, alimentée par d’autres passages bibliques analogues, est à la base du texte de la 1ère Aria : « Ja, was sein weiser Rat bedacht, Dem kann die Welt und Menschenmacht   Unmöglich widerstreben – Oui, à ce que son sage conseil a pensé,  Le monde et les hommes  Ne peuvent s’opposer. »

        1er Récitatif, trois de ces citations s’y suivent directement :

        Jonas 1/3 : ici celui qui s’enfuit de Dieu au lieu de se placer sous sa protection et sa conduite est comparé à un fou, « Törichter », qui s’enfuit comme l’a fait Jonas, quand Dieu l’a envoyé en mission. Fou, parce qu’il n’a pas compris que Dieu le retrouvera n’importe où.

        Psaume 139/2 :  le verset 2 : « Tu pénètres de loin mes pensées » est repris dans dans les mots « auch unser Denken ist ihm offenbar – nos pensées aussi lui sont découvertes.

         Matthieu 10/30 et parallèles : « Les cheveux de votre tête sont comptés. » Cette référence est déjà dans la strophe 2 du cantique.

        2ème Aria, Psaume 139/16:
« Sur ton livre étaient tous écrits les jours qui m’étaient destinés », est repris dans « Gott hat die Tage aufgeschrieben – Dieu a noté les jours. » 


         2ème Récitatif, Paumes 31/6 :
« Entre tes mains je remets mon esprit », une des paroles prononcées ou chantées à la mort, est repris de la 3ème strophe du chant et figure dans cette Aria. Cette référence figure dans la 3ème strophe du chant.

        Si les Chœur d’entrée et Choral final, sont directement pris du cantique, les commentaires par les Arias et les Récitatifs, qui en reprennent les deux strophes centrales, développent les références bibliques. 2 de ces références sont déjà présentes dans ces 2 strophes. Elles sont portées à 6, extraites pour 5 de l’A.T., dont 3 des Psaumes.
        On voit donc l’importance du rapport au texte biblique dans les cantates de Bach, de divers manières.

L’emploi des voix

        On monte de la basse au soprano :  La première partie est marquée par les voix basses masculine et féminine, la 2ème partie par les voix hautes, ténor et soprano.

1ère partie :       1ère Aria :             Basse
                         1er Récitatif :         Alto
2ème partie :     2ème Aria : duo :   Alto + Ténor
                         2ème Récitatif :     Soprano

       
Sources : 1. et 6. Was mein Gott will, das gscheh allzeit 1559, str 1 et 4
                          Str 1-3: Albrecht von Preussen-Brandenburg 1490-1568
                          Str 4: Nuremberg 1554
                          EKG 280, RA 451, EG 364

Bible :  pas de citation directe de la Bible au début de la cantate,
            ni dans son corps.
            Allusions à :
            Psaumes 31/6, 139/2 et 139/16,
            Jonas 1/3, Tobie 3/30, Matthieu 10/30

Voix :   ( S ) Soprano, ( A ) Alto, ( T ) Ténor, ( B ) Basse

Livres de cantiques cités : 

EKG 1951  Evangelisches KirchenGesangbuch Ekd Evangelische
                    Kirche Deutschlands, Eglise Protestante d’Allemagne
RA 1952    Recueil de cantiques de la Confession d’Augsbourg d’Alsace
                    et de Lorraine
EG 1995   Evangelisches Gesangbuch, EKD Evangelische Kirche
                    Deutschlands, Eglise Protestante d’Allemagne

Structure poétique : la mention figurant entre parenthèse et en italique, après le titre des différentes pièces, indique : 1°  par le chiffre romain, le nombre de vers dans le poème : VI par exemple signifie 6vers. 2° les chiffres arabes indiquent le nombre de syllabes dans le vers. Par exemple : 8 signifie vers de huit syllabes, avec fin masculine ; 9f signifie vers de neuf syllabes, avec fin féminine

Références :  

Wustmann, J.S. Bachs Kantaten-texte  1982,  page 70
Neumann, Handbuch der Kantaten J.S. Bach  
                                  1947, page 97; 1970, page 103  
Schmieder         ,   page
James Lyon, J.S. Bach, Chorals 2005,             page 24, 130


TEXTE de la Cantate

                                                       Structure poétique
               1.  CHOEUR                          ( VIII régulier )

Was mein Gott will, das gscheh allzeit,              8
Sein Will, der ist der beste;                            7f
Zu helfen den’n er ist bereit,                            8
Die an ihn glauben feste.                                7f /
Er hilft aus Not,   der fromme Gott,                   4 + 4 = 8
Und züchtiget mit Massen.                               7f
Wer Gott vertraut,   fest auf ihn baut                 4 + 4 = 8
Den will er nicht verlassen.                              7f

    La volonté de mon Seigneur,
    En tout temps s’accomplisse !
    Il est tout prêt, lui le Sauveur,
    A se montrer propice.
    Il est amour,   Il nous secourt,
    Punit avec mesure.
    Qui croit en lui,   Sur lui construit,
    Est sous sa garde sûre.


               2.  1er ARIA         ( B ) 
             ( VI régulier )

Entsetze dich, mein Herze, nicht,                     8
Gott ist dein Trost und Zuversicht                    8
Und deiner Seele Leben;                                 7f
    Ja, was sein weiser Rat bedacht,                  8
    Dem kann die Welt und Menschenmacht          8
    Unmöglich widerstreben.                            7f

    Ne t’en fais pas, mon faible coeur,
    Dieu est ta force et ton Sauveur
    Et la vie de ton âme ;
       Ce que son conseil a pensé,
       Rien ne pourrait s’y opposer,
       Pouvoir du monde ou homme.

               3.  1er RECITATIF         ( A )         ( VIII irrégulier )

O Törichter ! der sich von Gott entzieht                    10
und wie ein Jonas vor Gottes Angesicht flieht;           12
auch unser Denken ist ihm offenbar,                        10
und unsers Hauptes Haar                                         6
hat er gezählet.                                                     5f
Wohl dem, der seinen Schutz erwählet                      9f
im gläubigen Vertrauen,                                          7f
auf dessen Schluss und Wort
                mit Hoffnung und Geduld zu schauen.      15f

    O l’insensé! qui s’en irait de Dieu,
    comme un Jonas qui s’enfuirait au loin sous d’autres cieux ;
    Dieu voit, connaît, sait tout de nos pensées,
    nos cheveux sont comptés,
    il sait leur nombre.
    Heureux celui qui le choisit avec foi, avec confiance,
    et voit ses décisions avec espoir et patience.

               4.  2e ARIA   Duo   ( A,T )             ( V régulier )

So geh ich mit beherzten Schritten,   (vers libre)    9f
Auch wenn mich Gott zum Grabe führt.                  8
    Gott hat die Tage aufgeschrieben,                     9f
    So wird, wenn seine Hand mich rührt,                8
    Der Todes Bitterkeit vertrieben.                        9f

    Je vais ainsi à pas tranquilles,       (vers libre)
    Quand Dieu me conduit au tombeau.
       Dieu met mes jours dans son saint livre ;
       Si donc sa main m’atteint bientôt,
       De l’amertume il me délivre.

               5.  2e RECITATIF         ( S )         ( VIII irrégulier )

Drum wenn der Tod zuletzt den Geist                  8
noch mit Gewalt aus seinem Körper reisst,          10
so nimm ihn, Gott, in treue Vaterhände;             11f
wenn Teufel, Tod und Sünde mich bekriegt          10
und meine Sterbekissen                                     7f
ein Kampfplatz werden müssen,                         7f
so hilf, damit in dir mein Glaube siegt.               10 
O seliges, gewünschtes Ende!                            9f

    Si donc la mort reprend l’esprit,
    l’arrache de son corps et le meurtrit,
    reprends-le, Dieu, entre tes mains de Père ;
    et si m’attaquent diable, mort, péché,
    si sur mon lit je lutte
    comme au combat, et butte,
    ô Dieu, fais que ma foi ait triomphé.
    Heureuse fin pour moi sur terre !


               6.  CHORAL 
                          ( VIII régulier )

Noch eins, Herr, will ich bitten dich,                8
Du wirst mirs nicht versagen:                        7f
Wenn mich der böse Geist anficht,                  8
Lass mich doch nicht verzagen.                     7f
Hilf, steur und wehr,  Ach Gott, mein Herr ,     4 + 4 = 8
Zu Ehren deinem Namen.                             7f
Wer das begehrt,  Dem wird’s gewährt;           4 + 4 = 8
Drauf sprech ich fröhlich Amen.                     7f

 
    Seigneur, je te demande enfin,
    - Accepte ma prière-
    Fais, quand m’attaque le malin,
    Que je ne désespère.
    Dieu, mon Seigneur,  Sois mon Sauveur,
    Pour ton nom, pour ta gloire.
    Qui veut cela   Le recevra ;
    Joyeux, je dirai : Amen !

                             Texte allemand : Wustmann, page 70
                             Trad. française : Yves Kéler, Bischwiller, 3.1.2010

Qui Suis-je?

 

Pasteur retraité de l'Eglise luthérienne de la Confession d'Augsbourg d'Alsace et de Lorraine.

 

 

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KELER Yves

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