« Pasteur Yves Kéler, retraité de l'Eglise de la Confession d'Augsbourg d'Alsace
et de Lorraine (ECAAL)/Union des Eglises Protestantes d'Alsace et de Lorraine (UEPAL)
»

*1939 - † 2018

Judica - 4e dimanche de Carême

Dimanche 29 mars 2009

L’agneau de Dieu

 Marc 10, 35-45

Chers amis

En ce cinquième dimanche du carême, dont le thème est « l’Agneau de Dieu », nous entendons dans l’évangile selon Marc un débat sur l’issue du ministère de Jésus : désastre ou victoire ? Un peu plus tôt, Pierre a affirmé « tu es le Christ, le Messie ». À trois reprises, Jésus a annoncé qu’il va à Jérusalem pour souffrir et mourir. Mais il a aussi parlé trois fois de résurrection, ce qui pourrait signifier prise de pouvoir ! L’avant-dernière scène avant l’entrée à Jérusalem que nous avons entendue montre les incertitudes des disciples et l’attitude de Jésus. Regardons d’abord les disciples, ensuite la parole de Jésus sur le pouvoir et la façon dont il présente le but de son action.

Du rififi chez les disciples

On peut se demander si cette scène n’a pas gêné les évangélistes aux entournures. Marc écrit que les deux fils de Zébédée, Jacques et Jean, posent la question délicate. Chez Matthieu, c’est leur mère qui demande pour eux. Luc semble connaître les dernières phrases de ce passage, mais il signale seulement qu’il y avait débat parmi les disciples. La réponse de Jésus y est un peu moins abrupte que chez les deux autres évangélistes.

On peut comprendre ces réticences. Les efforts des disciples pour se répartir les rôles dans un futur royaume dont Jésus serait le chef sont contraires à ce que nous attendons d’eux. Mais, si pour eux la montée à Jérusalem devait se terminer par une prise de pouvoir, il leur semblait prudent de répartir les rôles dans un futur gouvernement. N’importe quel parti politique qui veut gouverner fait cela, pour mériter la confiance des électeurs !

La question tourne autour du mot « gloire » : Jacques et Jean veulent « être assis à la droite et à la gauche de Jésus dans la gloire ». La gloire est le propre des souverains. Dans la Bible, le mot grec utilisé ici est réservé à Dieu et à son Messie. Pour les disciples, Jésus est effectivement le Messie. Ils s’attendent à ce que la lutte envisagée à Jérusalem soit dangereuse. Mais ensuite, Jésus « se redressera », c’est le sens premier du verbe que nous traduisons habituellement par « ressusciter ». Puis Dieu lui donnera le pouvoir.

Être dans la gloire, c’est être dans la lumière. En ce temps-là, c’était la lumière de Dieu, aujourd’hui c’est la lumière des studios de télévision qui donnent la notoriété. Et qui n’en rêve pas, même un tout petit peu, même en secret, comme d’ailleurs les dix autres disciples !

Le pouvoir

En réponse Jésus, parle d’abord du pouvoir de ceux qui commandent.
Jésus ne fait évidemment pas allusion au pouvoir démocratique tel que nous l’imaginons de façon idéale, avec sa part de négociation et de respect de l’opinion par les élus. Il pense au pouvoir en soi. Les chefs politiques, militaires, économiques et même religieux font sentir leur autorité et leur pouvoir à leurs subordonnés. Leur rôle est de décider et de commander.
On peut discuter de cette façon de voir le pouvoir comme quelque chose qui s’impose. En tant que citoyens d’une démocratie, nous pensons que le pouvoir doit être limité par les lois et légitimé par l’adhésion du peuple. Pourtant, dans le monde économique, judiciaire et administratif, le pouvoir des hiérarchies existe bel et bien. Les chefs peuvent vendre une usine avec le personnel, fermer une unité de production sans demander leur avis à ceux qui y travaillent. Régulièrement le personnel d’usines qu’on veut fermer manifeste pour être entendu. Cela aboutit rarement à plus qu’une indemnisation appelée « plan social ». Ceux qui ont le pouvoir de décision affirment n’avoir pas d’autre choix..

Il se peut que cette façon d’agir soit nécessaire pour l’efficacité. Souvent, les responsables politiques et industriels prennent des décisions de ce genre la mort dans l’âme parce que cela leur semble être la seule solution possible. Ceux qui sont tout en bas dans les hiérarchies souffrent de subir des décisions qu’ils ont rarement le moyen de changer. Ceux qui décident disent « prendre leurs responsabilités », sans pouvoir faire beaucoup de place à la compassion. La plupart des chefs le disent, même ceux qui le font à contrecoeur.

Le pouvoir de Jésus

Aux disciples, Jésus dit : « Il n’en est pas ainsi parmi vous ». Cette parole est terriblement claire : pour ceux qui essaient de le suivre, il n’y a pas de place pour l’exercice d’un pouvoir sur les autres. C’est tellement clair que, souvent, les chrétiens, désemparés, s’en sortent en atténuant la phrase et en expliquant que leur pouvoir s’exerce autrement, ce qui se vérifie rarement.. Mais la parole reste : dans le royaume du Christ, interdiction de chercher le pouvoir !

Jésus explique ensuite deux choses. D'abord, il demande aux deux frères qui veulent devenir ministres : « pouvez-vous boire la coupe que je vais boire et être baptisés du baptême dont je vais être baptisé ? » En clair, pouvez-vous souffrir, passer par le martyre comme je vais le faire ? Eux sont certains qu’ils peuvent le faire. La tradition chrétienne raconte que les deux ont effectivement été des martyrs courageux, baptisés de souffrance et du Saint-Esprit. Jésus affirme ensuite que le pouvoir tel qu’il le conçoit aboutit effectivement à la passion : le vrai pouvoir est une charge, pas une partie de plaisir. La gloire, elle, est un don de la grâce de Dieu, pas une donnée politique ou médiatique.

Ensuite Jésus parle de ce qu’il va faire lui-même : « il est venu servir et donner sa vie en rançon pour beaucoup ». Il est d’abord le serviteur. Il est solidaire des souffrants pour les soulager en les accompagnant et en les libérant, cela est simple à comprendre.

La parole concernant la rançon est difficile à saisir. On paye effectivement une rançon à un preneur d’otage pour libérer un prisonnier. Mais nous croyons que Dieu ne prend personne en otage, il ne rançonne personne. Malgré ce que de nombreux théologiens ont affirmé, Jésus ne peut pas payer une rançon à Dieu.  

A qui alors ? Dans le récit de l’arrestation, les évangélistes expliquent que Jésus a fixé sur lui l’attention de ceux qui sont venus l’arrêter afin que les disciples puissent s’enfuir. Dans l’évangile selon Jean, Jésus ajoute même, en montrant ses disciples, « laissez partir ces hommes ».  Il se livre à ceux qui représentent la puissance du mal pour libérer les autres de la vindicte humaine. La rançon est payée aux puissances du mal qui emprisonnent les humains : désir de vengeance, pouvoir de l’argent, envie d’exploiter les autres, pour que les humains en soient délivrés.

Cl : Sur la croix, Jésus semblera vaincu. Mais il se relèvera, vainqueur pour donner aux siens la force intérieure qui permet de ne pas avoir peur de ces puissances destructrices. Cet Esprit Saint leur permettra même de vaincre le mal en le surmontant par le bien dont il révèle le pouvoir extraordinaire.

Une autre dimension s’ouvre : non le pouvoir brutal qui opprime, mais le service qui libère. Marc conclut ce débat par le récit de la guérison de Bartimée, le mendiant aveugle. Que le Christ ouvre nos yeux sur la possibilité de la victoire du service et de l’amour sur les puissances qui veulent opprimer les humains! Elles se sont acharnées sur lui, mais il les a vaincues. Amen

Pierre Kempf

Cantiques possibles :

  Tu me veux à ton service
    430  Tu m’as aimé Seigneur
    408  Ouvre mes yeux, Seigneur
Tu vins Jésus pour partager
431   Pour inventer la liberté

La lecture de l’évangile du dimanche étant texte de prédication, il est possible de lire à l’autel un parallèle : Matthieu 20, 20-28 , Luc 22, 24-27 ou bien la conclusion que Marc donne à ce passage : Marc 10, 46-52.

¼ - Service des Lecteurs – SL – 13 – 29/03/2009 Pierre KEMPF

PREDICATIONS DU SERVICE DES LECTEURS DE L'UEPAL

Ces prédications sont fournies par le Service des Lecteurs de l'UEPAL.

Ce service a été dirigé par le pasteur Georges HUFFSCHMITT de Wingen-sur-Moder
puis 67290 VOLKSBERG (tél O3.88.01.55.41, courriel: Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.),
jusqu'en 2009.

A partir de cette année 2010, Mme Esther LENZ, de 67360 MORSBRONN-LES-BAINS
(tél: 03.88.90.07.02, courriel: Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.) reprend la direction.

Le Secrétariat est assuré par Madame Suzanne LOEFFLER, au Secrétariat
de la Paroisse de 67340 INGWILLER
(tél: 03.88.89.41.54, courriel : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.).

   

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