« Pasteur Yves Kéler, retraité de l'Eglise de la Confession d'Augsbourg d'Alsace
et de Lorraine (ECAAL)/Union des Eglises Protestantes d'Alsace et de Lorraine (UEPAL)
»

*1939 - † 2018

Dimanche Invocavit

10 février 2008  

La tentation

Jacques 1,12-18

( Série de Prédication VI (Predigtreihe VI) : liste complémentaire II )

Chers frères et sœurs,

« Heureux l’homme qui supporte patiemment la tentation » ou « heureux l’homme qui endure l’épreuve » , écrit l’apôtre Jacques. C’est le monde à l’envers ! Normalement nous disons plutôt : « Heureux celui qui est épargné par les épreuves et les tentations ». Mais l’apôtre voit les choses dans un contexte plus large : la vie terrestre est un apprentissage, une possibilité de croissance vers une vie d’une qualité supérieure ; et là, les épreuves peuvent avoir un aspect positif ; ce sont des moyens pédagogiques pour nous faire progresser et atteindre la récompense appelée la « couronne de vie ».

1. « Que personne, lorsqu’il est tenté, ne dise : c’est Dieu qui me tente. » Celui qui prétend que Dieu le tente pour qu’il agisse mal, trouve là une excuse et rejette la responsabilité sur Dieu lui-même. Réaction typique qui fut déjà celle d’Adam lors du premier péché : après avoir mangé le fruit défendu, Adam dit à Dieu : « c’est la femme que tu m’as donnée qui m’a fait manger. » La faute est rejetée sur Eve, et comme c’est Dieu qui l’a mise aux côtés d’Adam, c’est donc lui, Dieu, le fautif. Qui n’a jamais entendu ces paroles : « Dieu n’aurait jamais dû permettre que ceci ou cela arrive » ; il devrait empêcher les manifestations du mal, exclure la possibilité de mal agir de la vie humaine…

L’apôtre Jacques nous avertit : cette excuse n’est pas valable ! En réalité, si vous êtes tentés, cela vient de votre propre convoitise, de votre penchant à prendre et à profiter de tout ce qui vous fait plaisir, même si cela est mauvais pour vous, et même si cela fait du tort à votre prochain. La Bible rapporte comment Dieu permet la tentation. Nous avons entendu l’épisode de la tentation de Jésus au désert (Evangile du jour). Il y a aussi l’exemple de Job dans l’Ancien Testament : Dieu autorise le diable à envoyer de terribles épreuves à cet homme honnête et pieux, pour essayer de le détacher de Dieu. Nous constatons ici que la tentation peut représenter des réalités différentes. Des fardeaux extérieurs ou des atteintes à la vie intérieure ; l’attaque de la souffrance ou la séduction du mal ; dans notre existence, les deux sont d’ailleurs très proches la plupart du temps. C’est-à-dire : la maladie ou la perte d’un être cher, ce sont des épreuves ; mais ces événements peuvent devenir pour nous des tentations, en nous conduisant à douter de Dieu, à nous détourner de lui. Le diable utilise les épreuves pour nous inciter à réagir de mauvaise manière. La différence se trouve donc dans l’objectif, dans le but de l’opération. Le diable poursuit un but négatif : comme pour Job, nous séparer de Dieu, nous faire renier Dieu…

Dieu, par contre, permet l’épreuve pour que, comme Job, nous puissions approfondir notre foi, qu’elle ne soit pas simplement conditionnée par les bienfaits reçus du Créateur, mais qu’elle s’affirme aussi dans l’adversité et prouve ainsi son authenticité. Du point de vue de Dieu, les épreuves sont une occasion pour nous de manifester notre confiance, notre amour, notre obéissance à son égard. Dieu met notre foi à l’épreuve, mais avec un but positif ; il ne veut pas que nous succombions à la tentation !

C’est un peu comme avec les examens pendant les études. Ce sont des périodes dures pour les étudiants, des périodes d’efforts intenses et de stress. Mais le but des examens n’est pas de faire souffrir ceux qui les passent. Leur raison d’être est de montrer si l’étudiant a acquis les connaissances nécessaires à sa profession future. Les examens permettent de mesurer ce que l’on a appris, de montrer les points faibles, là où il faut du rattrapage. Et les examens réussis nous rassurent, nous donnent confiance en nous-mêmes et nous encouragent à progresser encore.
Bien sûr, nous ne sommes pas tous égaux ; certains ont à lutter contre des tentations plus fortes que d’autres, parce qu’ils n’ont pas été favorisés par leur constitution, leur hérédité, leur enfance, par exemple. Vous connaissez les arguments que l’on développe devant les tribunaux : de mauvais parents, le manque d’amour, de mauvaises fréquentations, des enseignants incapables de comprendre les problèmes, la société, les circonstances, etc… Il y a une part de vérité dans ces explications. Et la Bible dit que Dieu, dans son jugement, tiendra compte de ce que nous avons reçu ( « on demandera davantage à celui qui a beaucoup reçu » ). Mais il y a aussi le mal qui est en nous-mêmes et qu’il s’agit de maîtriser, il y a notre responsabilité, notre volonté, notre possibilité de dire « non » … La vie est un combat et nous sommes appelés à combattre « le bon combat ». La bonne nouvelle, c’est que dans ce combat nous ne sommes pas livrés à nous-mêmes ; le Seigneur combat avec nous et pour nous. Dans le quatrième chapitre de sa lettre, Jacques écrit : « Résistez au diable, il fuira loin de vous ; approchez-vous de Dieu, et il s’approchera de vous. »

2. Résister au mal, voilà qui est plus important que de chercher des excuses ou de nous interroger sans fin sur l’origine du mal ! Le meilleur moyen est de l‘étouffer dans l’œuf, si l’on peut dire, ou comme le formule Jacques, avant même la conception du péché par la convoitise. « Tu ne convoiteras pas… » : le respect du dernier des dix commandements évite bien des faux pas aux conséquences fâcheuses qui font souvent boule de neige et conduisent au désastre.
L’offre du Seigneur, c’est la nouvelle naissance : « Il nous a engendrés selon sa volonté ». Et le plus grand cadeau qui nous vient d’en-haut, c’est la « parole de vérité » , expression de la puissance de Dieu qui nous transforme, fait de nous des créatures nouvelles, capables de résister au Malin, justement grâce à la « parole de vérité » qui est l’arme la plus efficace que Dieu met à notre disposition (comme le montre la tentation de Jésus). Celui qui est devenu une nouvelle créature voit les épreuves de la vie d’une autre manière ; pas seulement d’une autre manière, mais de la manière juste. L’Evangile en est le témoignage le plus convainquant. En toutes choses qui nous arrivent– les meilleures et les pires – c’est le Dieu qui veut la vie qui est à l’œuvre et qui aura le dernier mot. La mort de Jésus sur la croix en est la démonstration : même le mal le plus absolu, la condamnation à mort d’un innocent, servira finalement à produire le bien ; dans le cas de la Passion du Christ rien de moins que le salut du monde ! Cette conviction permettra à celui qui est saisi par la parole de vérité de faire confiance là où d’autres perdent courage, de louer son Seigneur là où d’autres n’ont plus que des plaintes. Parce qu’il aura appris à voir les événements dans un cadre plus large que celui de l’horizon humain très limité.

 « Heureux l’homme qui endure la tentation ; car après avoir été mis à l’épreuve, il recevra la couronne de vie, que le Seigneur a promise à ceux qui l’aiment. » Ce temps de méditation de la Passion du Christ dans lequel nous venons d’entrer mène à Pâques, fête de la vie plus forte que la mort qui donne une nouvelle perspective à notre vie terrestre et la remplit d’une magnifique espérance. Notre vie humaine avec ses misères, ses épreuves, ses tentations, ses échecs, ses souffrances, sa mort est le prélude à un couronnement, à ce que l’Evangile appelle la « vie éternelle ». De là le croyant reçoit la force de résister au mal et de rester ferme dans l’épreuve et la tentation. Amen.

Denis Klein, pasteur à Offwiller.

Cantiques :

ARC 624    NCTC 247  AL 47,03
638    294    49,13
889    389    62,78

¼ - Service des Lecteurs – SL – 6 – 10.02.2008 – Denis KLEIN

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