« Pasteur Yves Kéler, retraité de l'Eglise de la Confession d'Augsbourg d'Alsace
et de Lorraine (ECAAL)/Union des Eglises Protestantes d'Alsace et de Lorraine (UEPAL)
»

*1939 - † 2018

               Reminiscere

     Dimanche 28 février 2010

    Le Christ livré aux hommes

               Romains 5, 1-5


 (Série de Prédication II (Predigtreihe II) : Anciennes épîtres )

1. « Justifiés par la foi, nous sommes en paix avec Dieu… Nous mettons notre orgueil dans l’espérance de la gloire de Dieu… L’espérance ne trompe pas, car l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit-Saint ». Voilà, dans le très riche texte de ce matin, quelques affirmations massives de l’apôtre Paul sur ce qui caractérise la vie chrétienne.

Commençons par l’espérance. On ne peut pas vivre sans espérance ! Celui qui vit sans perspective d’avenir, sans attendre quelque chose de l’avenir, c’est comme s’il était déjà mort. L’espérance appartient à la vie, fait vivre. Ce que nous attendons, que nous envisageons, que nous nous préparons à vivre, cela conditionne notre présent, notre manière de vivre aujourd’hui.

Qu’est-ce que nous espérons ? – Que notre vie terrestre ne sera pas vaine, c’est-à-dire que le bilan sera positif, que nous n’aurons pas lutté et souffert pour rien. Bref, que notre vie a un sens et un but ! Pour cela, il faut que notre espérance tienne en face du mal et de la mort. Espérer, en tant que chrétien, c’est saisir une promesse de vie, d’avenir, de salut. L’espérance biblique est l’attente confiante d’un avenir donné par Dieu. L’espérance est liée à la foi ; croire ce que l’on ne voit pas – pas encore.

Quel est le fondement de notre espérance ? Autrement dit : qu’est-ce qui fait que notre espérance n’est pas illusion ou rêve ? – L’apôtre Paul répond que c’est une intervention décisive de Dieu dans l’histoire : Il a fait la paix avec nous par Jésus-Christ. La Bible toute entière est un livre d’espérance, mais tandis que dans l’Ancien Testament cette espérance est voilée, elle apparait en Jésus-Christ dans toute sa clarté. Grâce à lui, nous pouvons vivre en paix avec Dieu et avoir la certitude que Dieu n’est pas contre nous, mais pour nous, de notre côté. Le raisonnement de l’apôtre (qu’il explique dans le chapitre 8) est simple : si, pour faire la paix avec ses créatures, Dieu est allé jusqu’à sacrifier son Fils, il ne peut vouloir que notre bien. Sur cette base, il est possible de vivre en paix avec soi-même malgré un destin défavorable, et il est possible de vivre en paix avec les autres, même s’ils sont loin d’être parfaits…

L’espérance chrétienne repose donc sur la personne de Jésus-Christ. L’Evangile raconte comment des malades ont été guéris, comment des exclus se sont sentis acceptés, comment des coupables ont trouvé le pardon, comment l’espoir est revenu là où Jésus était présent… Et ce que les évangélistes ont transmis, ce ne sont pas seulement des événements du passé, lorsque Jésus a vécu sur notre terre ; mais cela concerne notre présent : l’Eglise est placée sous la seigneurie du Christ crucifié et ressuscité ; elle vit sous le signe de la croix et dans la lumière de la résurrection. La paix avec Dieu est autre chose que de la résignation ou une pieuse béatitude. Elle signifie que notre position vis-à-vis de Dieu a changé radicalement : de coupables destinés à la condamnation, nous sommes devenus des graciés, des « justifiés », ayant la possibilité de s’adresser à Dieu librement comme à leur Père. Un Père qui reste présent à nos côtés dans les moments de joie comme dans les moments de souffrance. Sa présence, nous la célébrons lors de chaque culte du dimanche, premier jour de la semaine, jour de la résurrection. Notre culte nous offre un avant-goût de la gloire de Dieu qui se manifestera un jour de manière universelle, jour où la paix annoncée par les anges la nuit de Noël remplira les  cœurs de tous.

2. L’apôtre emploie des mots très forts : « Nous nous glorifions (ou : nous mettons notre orgueil) dans l’espérance de la gloire de Dieu ». Et ce qui est beaucoup plus surprenant, il ajoute : « Nous nous glorifions même dans les tribulations (ou: dans les détresses) ». Pourquoi ? – Parce que ce sont des épreuves qui peuvent avoir des résultats positifs ! Notamment : la persévérance, la fidélité, l’espérance. Et l’apôtre parle par expérience. Toutes les souffrances qu’il endure dans son travail de missionnaire, il n’en fait pas un problème ;  c’est simplement la réalité faisant partie de la vie du chrétien. Paul était capable d’accepter la situation telle qu’elle se présentait, et plus encore : il avait le don de découvrir dans la pire des épreuves le but du Seigneur, et donc une raison de se réjouir. Accepter l’épreuve, c’est le premier pas vers la victoire. Et d’ailleurs il n’y a pas d’autre solution valable, si l’on ne veut pas que la situation devienne encore plus désastreuse.

La fuite ou la rébellion ne mènent à rien. Le sentiment d’avoir été traité injustement conduit certains à des lamentations et à des accusations sans fin. Ils n’ont plus confiance en rien ni personne, ils se ferment sur eux-mêmes, ne voient plus les beautés du monde, ni le bien que l’on rencontre chez les autres… Quelle est la bonne réaction dans les tribulations ? – Ne pas refouler ses déceptions, voir sa destinée personnelle en face, rester lucide sur ses propres moyens. Alors se pose bien sûr la question de la confiance en Dieu, la question de la foi ! Dans cette confiance qui signifie aussi espérance, comment transformer les obstacles en tremplin pour l’étape suivante ? Les circonstances difficiles peuvent devenir une terre fertile qui produira des fruits à la gloire de Dieu : le témoignage d’une foi authentique comme celle de Job, une foi qui est amour de Dieu, et non dépendante des signes visibles et palpables de sa bénédiction. L’épreuve traversée rend plus mûr, plus doux et plus nuancé dans les jugements sur les autres, plus déterminé dans la lutte contre le mal, et elle unit à Christ. Nous devenons plus petits, mais bénis par Dieu. Car l’acceptation de nos limites et de notre dépendance vis-à-vis de Dieu est une des conditions pour s’approcher de lui et connaître sa grâce. C’est le chemin de la victoire sur soi-même et sur les circonstances que nous ne pouvons pas changer.

Voilà ce que nous veut dire l’apôtre Paul aujourd’hui. Dans sa lettre aux Philippiens, il l’exprime ainsi : « J’ai appris à me contenter de l’état où je me trouve. Je sais vivre dans l’humiliation, et je sais vivre dans l’abondance… Je puis tout par celui qui me fortifie. » Remarquons bien que l’apôtre n’était pas fataliste ; il n’a pas accepté son sort en restant inactif ! Non, il a lutté durant toute sa vie. Mais pour lui, les circonstances extérieures avaient perdu tout pouvoir sur la profonde paix intérieure qu’il tenait de Dieu, une « paix qui surpasse toute intelligence. »
Martin Luther King donne, dans un de ses livres, deux exemples. Le premier est le compositeur Georg Friedrich Händel, qui a connu des moments pénibles : malade, sans argent, ne pouvant pas rembourser ses dettes, il se lança dans la création de son œuvre célèbre « Le Messie », avec son impressionnant « Halleluja »… Le deuxième exemple, ce sont les ancêtres de Martin Luther King., les esclaves noirs capturés en Afrique, amenés en Amérique pour y travailler, souvent traités de manière inhumaine. Beaucoup d’entre eux ont puisé dans leur foi la force de ne pas désespérer. On les avait privés de liberté, mais on ne pouvait les priver de l’espérance d’un jour meilleur qui leur rendrait la liberté. De très beaux chants, aux rythmes graves et joyeux, témoignent de leur espérance et prouvent que malgré l’esclavage, leur vie n’avait pas perdu son sens. Une déception limitée n’avait pas eu raison de leur espérance illimitée.

D’après l’apôtre Paul, l’espérance a comme fondement « l’amour de Dieu répandu dans nos cœurs par le Saint-Esprit. » Des signes de la gloire de Dieu que nous espérons nous sont donnés ; nous rencontrons des reflets de l’amour de Dieu dans l’amour que nous recevons et que nous donnons dans notre vie. L’espérance est nourrie par l’amour, et l’espérance s’exprime par l’amour. La foi, l’espérance et l’amour constituent le fond de la vie chrétienne ; les trois éléments s’appellent l’un l’autre et s’appuient l’un sur l’autre, parce qu’ils reposent tous les trois sur l’amour de Dieu en Jésus-Christ. Et nous pensons bien sûr à la fameuse parole : « Ces trois choses demeurent : la foi, l’espérance et l’amour ; mais la plus grande, c’est l’amour. » Un amour aux conséquences très pratiques, qui rend la vie humaine un peu plus claire et plus digne, et qui permet de supporter les tribulations avec persévérance. Amen.

Cantiques : ARC 622 = AL 47-07.  ARC 610 = AL 45-06.
                     ARC 634. ARC 423.

Denis Klein, pasteur à Offwiller.

¼ - Service des Lecteurs – SL – 9 – 28.02.2010 – Denis KLEIN

 

 

PREDICATIONS DU SERVICE DES LECTEURS DE L'UEPAL

Ces prédications sont fournies par le Service des Lecteurs de l'UEPAL.

Ce service a été dirigé par le pasteur Georges HUFFSCHMITT de Wingen-sur-Moder
puis 67290 VOLKSBERG (tél O3.88.01.55.41, courriel: Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.),
jusqu'en 2009.

A partir de cette année 2010, Mme Esther LENZ, de 67360 MORSBRONN-LES-BAINS
(tél: 03.88.90.07.02, courriel: Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.) reprend la direction.

Le Secrétariat est assuré par Madame Suzanne LOEFFLER, au Secrétariat
de la Paroisse de 67340 INGWILLER
(tél: 03.88.89.41.54, courriel : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.).

   

 

 

 

 

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