« Pasteur Yves Kéler, retraité de l'Eglise de la Confession d'Augsbourg d'Alsace
et de Lorraine (ECAAL)/Union des Eglises Protestantes d'Alsace et de Lorraine (UEPAL)
»

*1939 - † 2018


INVOCAVIT

1er dimanche de carême

13.3.2011

La tentation de Jésus

Genèse 3, 1-19

Chère assemblée,

Pour ce premier dimanche du temps du carême, le thème proposé à notre réflexion est la question de la TENTATION. Et  c’est le fameux texte de Genèse 3, la chute de l’homme et le péché originel qui nous sert de fil conducteur à travers cette    méditation.

Tous, bien sûr, nous connaissons les faits, Eve qui croque la pomme et Adam qui, bien volontiers, la rejoint dans ces agapes. Mais, au delà de ces détails familiers, - souvent sujet à de l’humour un peu facile sur la sempiternelle question de ‘à qui la faute’ et la guerre des sexes -, ce texte nous dispense une leçon magistrale que nous n’avons jamais fini d’apprendre. Abordé sous l’angle de la tentation, Adam et Eve ne sont plus d’obscurs personnages d’une mythologie poussiéreuse mais deviennent nos contemporains, notre sœur et notre frère en humanité car leurs tentations sont aussi les nôtres, leurs impasses continuent d’être celles dans lesquelles nous nous fourvoyons.

Oui, dès les premières lignes de la Bible, à travers le drame qui se joue dans le jardin d’Eden, c’est toute la complexité de la nature humaine qui est mise à nue.
Et Adam et Eve se révèlent comme ce miroir dans lequel chacun peut facilement se reconnaître, reconnaître ses faiblesses et toutes les complications relationnelles dans lesquelles il ne finit pas d’être empêtré, que ce soit vis-à-vis de Dieu, de son prochain ou de lui-même.

Première faiblesse dévoilée, c’est  le peu de confiance, mieux, la méfiance que l’être humain entretient à l’égard de Dieu et à l’égard des bonnes intentions divines. Le texte le dévoile admirablement. Le projet initial de Dieu est clair et sans équivoque. Dieu établit l’homme dans le jardin d’Eden, et l’encourage à manger des arbres du jardin, précisons bien, de tous à l’exception d’un seul. Autrement dit, tout ce que Dieu a créé, dès le départ, il l’offre à l’humain pour que celui-ci en ait la jouissance. Et dès les premières lignes de la Bible, à travers ce don, nous comprenons que Dieu se révèle comme le Père aimant qui veut le bien de sa créature et lui permet de profiter et de jouir des bonnes choses de sa création. Sur ce, arrive le serpent, que les chrétiens identifient au Diable, c'est-à-dire au diviseur. Et comme il sait s’y prendre. Il n’abat pas grossièrement ses cartes, en attaquant frontalement  mais, tout en subtilité, par petites touches,  il insinue le doute dans l’esprit d’Eve . Sa première question : « Dieu aurait-il réellement dit … ». En remettant en question la parole de Dieu, par la même occasion, il remet en question le projet même de Dieu pour l’humain. Crois-tu vraiment que Dieu vous aime ? Ne garde-t-il pas quelque chose  par devers vous ? Et si ses intentions n’étaient pas aussi bonnes, aussi pures qu’il veut bien vous le faire croire ? 

Ici, nous pouvons retrouver, comme en écho, nos propres doutes et nos interrogations ? Et si Dieu ne m’aimait pas autant que la Bible veut bien me le laisser croire ? Et si Dieu n’était pas ce Père aimant qui ne veut rien d’autre que le bien pour sa créature ? Oui, toujours à nouveau une épreuve, une déception, une phase difficile dans la vie peuvent remettre en question l’axiome de base sur laquelle repose ma relation à Dieu, à savoir que son amour inconditionnel m’est acquis, une fois pour toute. C’est une chose de l’avoir entendu trente six mille fois, de l’avoir intégré intellectuellement, c’est autre chose de pouvoir vraiment se nourrir de cet amour, d’en vivre, d’en faire comme sa respiration naturelle. C’est l’angle d’attaque privilégié du diable, du diviseur, semer le doute dans mon esprit par rapport au lien qui m’unit à Dieu, par rapport à son amour pour moi. N’ai-je pas, toujours à nouveau, beaucoup de mal à croire que je suis aimé de la sorte ? Une fois que le doute mauvais a germé dans l’esprit humain, la porte est ouverte à tous les vieux démons, c'est-à-dire la peur, le repli sur soi, la toute puissance de la mort.

 
La deuxième grande tentation que révèle ce texte, c’est la toute puissance de la convoitise. Difficile de ne pas succomber à la convoitise. Le mécanisme de cette convoitise est d’ailleurs, à nouveau, admirablement mis à nu dans notre texte.  Reprenons. Au départ il y a l’encouragement à profiter de tous les arbres. Tout est donné à profusion. Il y en a plus qu’il ne faut. Oui, mais voilà, d’un seul arbre vous ne mangerez pas. Et cet interdit a le chic de tout gâcher. Qu’une unique et seule chose soit interdite, c’est comme si TOUT le grand reste, le jardin où il fait bon vivre, la profusion des nombreux fruits à goûter, comme si tout cela ne pesait pas bien lourd, ne valait plus rien du tout. Le théologien catholique André Wenin écrit à ce sujet : « Le chemin de mort serait de vouloir manger tout ce qui est donné, autrement dit, de ne pas consentir à une limite à l’intérieur, au cœur du don ».
Dieu en fixant cette limite veut faire comprendre à l’humain une chose simple mais vitale. L’homme, en effet, peut se nourrir de tout ce qu’il y a de bon à déguster mais il ne doit pas engloutir le TOUT. En engloutissant le tout, il signe son arrêt de mort, il tue les conditions même de sa vie et de sa survie.C’est une leçon que l’homme n’a jamais terminée d’apprendre, aujourd’hui moins que jamais. Nous voyons bien que notre consommation effrénée met en danger l’univers et l’humanité entière, que cette consommation plombe irrémédiablement l’avenir des générations futures. Oui, l’avidité, le fait de vouloir toujours plus, de ne pas savoir mettre un frein à ses envies, d’avoir les yeux plus grand que l’estomac, tout cela démontre à l’envie que nous sommes bien les parents d’Eve et que malheureusement nous n’avons rien appris de sa faute.

Enfin nous arrivons à la troisième tentation. Encore une tentation, vieille comme le monde et à laquelle nous succombons allégrement.
« Ce n’est pas moi, c’est lui ! » Voilà le cri du cœur de tous les petits chérubins, mais aussi des plus grands, lorsqu’ils sont pris en flagrant délit d’avoir commis une grosse bêtise et qu’ils se défaussent sur un autre. Dieu pose à Adam une question simple. « Est-ce que tu as mangé de l’arbre défendu ?». A question simple, réponse simple, soit oui, soit non. Mais le bon Adam, fidèle en cela à la nature humaine, s’entend dire : «La femme que tu as mise auprès de moi m’a donné de l’arbre… ». Traduit en langue plus directe, chacun comprend : « C’est pas moi, c’est elle la fautive ».
C’est tellement commode de se justifier et de se dédouanner de toute responsabilité, en accablant un autre ou alors en évoquant les circonstances défavorables, le système. L’excuse d’Adam ne doit donc pas nous étonner car son argumentaire ne nous est que trop coutumier.
Une troisième fois le texte biblique nous révèle à nous-même, en mettant en évidence nos échappatoires, notre tendance à nous disculper sytématiquement en accusant les autres.

Voilà donc les trois grandes tentations révélées par ce troisième chapitre de la Genèse. Elle sont vieilles comme le monde et d’une étonnante modernité. En tous les cas, nous n’en avons jamais terminé avec elles.
Rappelons-nous simplement que la Parole de Dieu n’est pas là pour nous accabler. Au contraire, son sens profond est de nous libérer et de nous guérir. Simplement, avant de s’engager sur la voie de la guérison, le mal doit être diagnostiqué. C’est là le propos de ce passage de la Genèse. Révéler les travers dans lesquels nous nous fourvoyons, dans lesquels nous nous engluons, c'est-à-dire le manque de confiance en Dieu, la fascination de la convoitise et la mauvaise foi qui rechigne à reconnaître ses torts.  Que ce temps de Carême nous donne une fois de plus, l’occasion de rentrer en nous-même, de diagnostiquer nos propres tentations et chemins de mort et de nous ouvrir au Christ afin que son bon Esprit fasse en nous œuvre nouvelle. Amen.

Cantiques

Arc en ciel  428, 409, 411

Piste pour une prière d’intercession :

Seigneur, nous voulons te remercier pour ta Parole. Qu’elle continue inlassablement de nous travailler, de nous nourrir et qu’elle nous permette de grandir à ton image.
Ta parole, en dévoilant nos tentations, veut nous délivrer et nous protéger de nos chemins de mort.
Loué sois-tu de ce qu’en Jésus Christ, ton Fils, nous pouvons voir ton amour à l’œuvre. Dans cet amour nous voulons puiser les forces pour regarder nos vérités en face, et pour entreprendre le nécessaire travail de transformation.
Puisque ton amour nous est acquis, nous n’avons pas besoin de vivre dans la méfiance les uns des autres mais nous pouvons ouvrir cœur et mains pour l’accueil et le partage.
Nous voulons te remettre notre monde, qu’il sache modérer son appétit consumériste, qu’il apprenne que la vrai liberté n’est pas dans l’accumulation sans fin mais dans la grâce de savoir dire non et de se désencombrer du trop plein.

Commentaire.

Le thème du dimanche invocavit est celui de la tentation. Nous nous sommes donc demandés ce que la texte de Genèse 3 nous apprend sur la tentation. A l’écoute du texte, trois pistes, lourdes de sens se dégagent. Premièrement, il y a d’abord la défiance de la créature vis à vis de son créateur. Une fois cette brèche enfoncée, une fois le doute installé, les conséquences tombent automatiquement comme des fruits mûrs. A la fascination de l’arbre, au désir de le posséder, - d’autant plus grand qu’il devrait faire de la créature l’égal de Dieu -, fait suite l’individualisme marqué du sceau de la rivalité. Texte d’une étonnante modernité dans lequel sont mis à nu des mécanismes que nous ne connaissons que trop bien et dont nous mesurons quotidiennement les conséquences catastrophiques, à savoir une avidité sans foi ni loi doublée d’une irresponsabilité abyssalle où la faute n’est jamais la mienne mais toujours celle d’un autre.

Georges Hufschmitt

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