« Pasteur Yves Kéler, retraité de l'Eglise de la Confession d'Augsbourg d'Alsace
et de Lorraine (ECAAL)/Union des Eglises Protestantes d'Alsace et de Lorraine (UEPAL)
»

*1939 - † 2018

Ravenbrück russe 1942/45

 

 

 

 

 

JE VEUX VOUS PARLER D’UNE CHEMINÉE
Ich will erzählen von einem Kamin

Aleksandra Sokova,1942-45,russe

 

 

       

                                                 

 1. Je veux vous parler d’une cheminée,

    Pas d’un salon où des gens confortables

    Au feu se chauffent sans autre les pieds,

    En regardant les flammes agréables.

 

2. Je vous parle d’une autre cheminée :

    Dans un camp elle est construite,

    Du nom « crématoire » ils l’ont appelée,

    Pour brûler les faibles, les vies détruites.

 

3. Jour et nuit brûle la cheminée,

    Au ciel montent ses rouges flammes.

    La mère et la fille ont déjà brûlé

    Et dans la fumée s’envolent leurs âmes.

 

4. Des centaines de mille périssent là,

    Dans la chambre à gaz et ses portes.

    Les mères, les pères, les enfants sortent,

    Tués par centaines, posés en un tas.

 

5. Leurs corps sont des bûches jetées au feu,

    Ils montent en fumées et en flammes

    Ainsi brûlèrent tant d'innocents, par rames,

    Mais la vengeance viendra un jour eux.

 

6. La revanche viendra par les tribunaux.

    Alors trembleront les bêtes fascistes.
 
    La cheminée de Ravensbrück, ses bourreaux :

    Les peuples n'oublient pas ses grilles tristes.

  1. Ich will erzählen von einem Kamin,

    nicht dem im Salon, wo die feinen Leute

    sich die Füsse wärmen an seinem Glühn

    und schauen auf die lodernde Scheite.

 

2. Ich erzähle von einem andern Kamin,

    einem im Lager gebauten,

    und Krematorium nennen sie ihn,

    den für Kranke und Schwachen gebrauchten.

    

3. Ta und Nacht brennt der Lager-Kamin,

    und die rote Flammen zum Himmel streben,

    und Mutter und Tochter verbrennen in ihm,

    in dem schwarzem Rauch fliegt ihr Leben.

 

4. Hunderttausenden nahm man das Leben da.

    In die Gaskammer mussten sie treten,

    die Mütter, die Väter, kleine Kinder sogar.

    Und Hunderte auf einmal getötet.

 

5. Ihre Leiber wie Scheite wurden zu Glut,

    die mit Rauch flammend emporstieg.

    So verbrannte unschuldiges menschliches Blut,

    doch hat diese Glut auch die Rache geboren.

   
6. Die Vergeltung kommt mit dem mit dem Strafgericht

    die faschitischen Bestien werden erzittern.

    Den Kamin Ravensbrück vergisst das Volk nicht

    Und die Gaskammer mit den eisernen Gittern.



 

        Texte          Krematorium,

                          Alexandra Sokova, russe, 1942/45

                          Ich will erzählen von einem Kamin

                          traduction allemande Elke Erb

                          dans Europa im Kampf 1939-1944

                               Internationale Poesie

                               aus dem Frauen-Konzentrationslager Ravensbruck

                               (Poésie internationale

                               du camp de concentration pour femmes de Ravensbruck)

                               édités par Constanze Jaiser et Jacob David Pampuch

                          Metropol Verlag Berlin, 2005, 2e édition revue 2009

                          page 57

                          fr. : Yves Kéler 24.10.2014

 

         Mélodie       n’est pas destiné au chant, semble-t-il

 

 

 

Le texte

 (Commentaire du chant dans le livre)

         Aucune des femmes auxquelles nous avons parlé ne voulait réciter le poème « Toska po rodinje – Heimweh – Nostalgie » (voir ce chant sous : « Toujours tu cherches quelque chose. ») Non qu’elles le trouvaient mauvais, mais il leur manquait manifestement une identification suffisante, fondée sur l’immense difficulté que rencontrèrent tous les survivants russes. Car de survivre à la détention du camp fut longtemps interprété par la propagande (soviétique) comme la preuve d’une collaboration. De plus toutes avaient des vœux personnels pour la récitation. Ainsi il advint que la russe Ludmila Woloschina récita un texte personnel , qui lui tenait, comme elle disait, tout particulièrement à cœur. Quand nous demandâmes à la délégation russe du comité, si elles liraient des poèmes du manuscrit, l’une d’elle dit que Ludmila n’entrait pas en ligne de compte parce qu’elle fondait chaque fois tout de suite en larmes – une remarque qui scandalisa beaucoup celle-ci, et qu’elle trancha d’un ton décidé : «  Je lirai pour vous un poème. »

         Le poème, qu’elle avait noté de mémoire la nuit suivante à Lidice ** sur un morceau de papier, remonte, comme nous le découvrîmes, à la russe Aleksandra Sokowa, qui l’avait composé à Ravensbrück sous le titre «  Das Krematorium - Le crématoire » (aussi Der Kamin – La cheminée). Ludmila ajouta encore quelques lignes, qui provenaient d’une des versions du célèbre chant russe du camp de Ravensbrück, fragment que l’enregistrement sur le CD place en encadré.

         Au moment de sa récitation, nous étions assises à trois autour du microphone. Deux des présentes ne comprenaient pas un seul mot. Et pourtant une voix combattant pour des mots transmettait des expériences, qui ne sont peut-être exprimables que dans une composition poétique. A travers la voix, des contours d’une souffrance devenaient audibles, qui faisait  jaillir des larmes dans nos yeux, une inégale communauté de deux allemandes et d’une russe ; une orpheline juive, qui ne pouvait plus retourner au lieu de son enfance, où ni ses parents ni sa nièce âgée de 4 ans n’avaient survécu, sauf celle qui par pur hasard avait échappé à un massacre commis par des allemands. *

 (op. cit. page 59)

 * à partir de 1945, les SS transformèrent le camp de jeunes filles, dans lequel était probablement Aleksandra Sokova, en un lieu d’extermination dans lequel au moins 5.000 femmes de Ravensbrück furent assassinées.

 ** Il semble que le groupe de travail chargé d’établir le manuscrit du CD se soit réuni à Lidice, un village martyr emblématique tchèque, entièrement massacré, comme Oradour, par les SS, et rasé ensuite.  A Lidice les nazis ont enlevé tous les gravats et transformé la partie bâtie du village en des champs. Un nouveau Lidice a été construit, comme à Oradour, à côté de l’ancien territoire devenu sanctuaire et réduit à des champs.

 

 

 

 

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