« Pasteur Yves Kéler, retraité de l'Eglise de la Confession d'Augsbourg d'Alsace
et de Lorraine (ECAAL)/Union des Eglises Protestantes d'Alsace et de Lorraine (UEPAL)
»

*1939 - † 2018

 

LITT KZRav 80 SUR LES TOITS DE PAPIER GOUDRONNE  Auf die Pappdächer fallen schwere Regentropfen

 

 

 

 

 

SUR LE PAPIER GOUDRONNE

Auf die Pappdächer

 

Duben – Avril

 Vera Hozakova

1942

 tchèque

 

       

 

    Sur les toits de papier goudronné tombent

             lourdes les gouttes de pluie,

    L’herbe piétinée par des milliers de pieds

             est aveugle,

    Disparu le soleil derrière les nuages noirs.

    Je sens si proches battre les cœurs des

             camarades,

    J’enfile les mois sur une bague,

    Remuant le printemps dans le sang du

             monde.

    Le soir gris se réveille à l’écho des tirs,

    Les regards se cherchent, plongeant dans

             le cœur,

    Et le cœur pleure.

 

    Femme, elles étaient courageuses,

    Pâles comme un chiffon,

    Un chiffon noué sous le menton du mort.

    Dans le vent qui pleure, la mort épie et

             cherche,

    Le pouls de milliers de cœurs est la cloche

             des morts.

    Elles moururent seules,

    Juste les pins autour et l’herbe sèche,

    A laquelle elles donnaient leur sang, elles

             chantaient.

    Je ne sais pas pourquoi elles ont vécu,

    Pourtant leur mort m’a été si proche,

    Que sa cruauté a étouffé mes sens.

 

Auf die Pappdächer fallen schwere

             Regentropfen,

Blind ist das von Tausenden Füssen                            

             festgestampfte Gras

und verschwunden die Sonne hinter den                   

             schwarzen ziehenden Wolken

Ich fühle so nah die Herzen der Genossen              

             schlagen

fädele die Monate auf einen Ring,

unruhig den Frühling im Blut der ganzen Welt.

Der graue Abend erwacht im Echo der Schüsse,

Blicke suchen sich, schauen bis ins Herz

und das Herz weint.

 

Frau, Sie waren mutig,

blass wie ein Tuch,

ein Tuch, dem Toren unters Kinn gebunden.

Im heulenden Wind späht der Tod und sucht,

 

der Schlag tausender Herzen ist das

             Grabgeläut.

Sie starben allein,

nur die Kiefern herum und das trockene

             Gras,

dem sie Ihr Blut gaben, sangen.

Ich weiss nicht, wofür Sie gelebt haben,

jedoch ging mir Ihr Tod so nahe,

dass seine Grausamkeit meine Sinne

             betäubte. 

 

Texte suivi du poème

   Sur les toits de papier goudronné tombent lourdes les gouttes de pluie,

    L’herbe piétinée par des milliers de pieds est aveugle,

    Disparu le soleil derrière les nuages noirs.

    Je sens si proches battre les cœurs des camarades,

    J’enfile les mois sur une bague,

    Remuant le printemps dans le sang du monde.

    Le soir gris se réveille à l’écho des tirs,

    Les regards se cherchent, plongeant dans le cœur,

    Et le cœur pleure.

 

    Femme, elles étaient courageuses,

    Pâles comme un chiffon,

    Un chiffon noué sous le menton du mort.

    Dans le vent qui pleure, la mort épie et cherche,

    Le pouls de milliers de cœurs est la cloche des morts.

    Elles moururent seules,

    Juste les pins autour et l’herbe sèche,

    A laquelle elles donnaient leur sang, elles chantaient.

    Je ne sais pas pourquoi elles ont vécu,

    Pourtant leur mort m’a été si proche,

    Que sa cruauté a étouffé mes sens.

 

 

Texte original de la traduction allemande

 

Auf die Pappdächer fallen schwere Regentropfen,

Blind ist das von Tausenden Füssen festgestampfte Gras

und verschwunden die Sonne hinter den schwarzen ziehenden Wolken

Ich fühle so nah die Herzen der Genossen schlagen

fädele die Monate auf einen Ring,

unruhig den Frühling im Blut der ganzen Welt.

Der graue Abend erwacht im Echo der Schüsse,

Blicke suchen sich, schauen bis ins Herz

und das Herz weint.

 

Frau, Sie waren mutig,

blass wie ein Tuch,

ein Tuch, dem Toren unters Kinn gebunden.

Im heulenden Wind späht der Tod und sucht,

der Schlag tausender Herzen ist das Grabgeläut.

Sie starben allein,

nur die Kiefern herum und das trockene Gras,

dem sie Ihr Blut gaben, sangen.

Ich weiss nicht, wofür Sie gelebt haben,

jedoch ging mir Ihr Tod so nahe,

dass seine Grausamkeit meine Sinne betäubte. 

         Texte        Auf die Pappdächer fallen schwere Regenstopfen

                          auteur : Vera Hozakova 1942 tchèque

                          traduction de Jan-Peter Abraham p. 80

 

                      1. dans Europa im Kampf 1939-1944

                          Internationale Poesie aus dem

                          Frauenkonzentrationslager Ravensbrück, p. 80

                          Constanze Jeiser – Jakob David Pampuch éditeur

                          Metropol Verlag 2005 Berlin

 

                      2. dans Europa v boij, 1939-1944

                          contient les textes du 1er livre en langue originale

                          Metropol Verlag 2005 et 2009, Berlin

                          original : Duben, tchèque, p. 80

                          fr. : Yves Kéler 1.11.2014 Bischwiller

 

         Mélodie       pas d'indication

                         

 

 

Le texte

         Ce poème évoque les appels du soir sur l’herbe morte du piétinement, en avant des baraques sur lesquelles la pluie fait son bruit. C’est le printemps, mais les tirs des fusillades de détenues s’entendent dans le silence, comme un écho. Ces exécutions arbitraires étaient fréquentes à Ravensbrück et marquaient terriblement les détenues : « Das Herz weint – Le cœur pleure. »

         L’auteur compatit à la mort de ses camarades. Celles-ci sont peut-être communistes, le mot « Genossin – Camarade » les désignant. Elle ne les connaît pas, mais ce sont des sœurs de souffrance.

 (d’après op. cit. p.81 )

       

 

 

 

 


 

 

 

 

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