« Pasteur Yves Kéler, retraité de l'Eglise de la Confession d'Augsbourg d'Alsace
et de Lorraine (ECAAL)/Union des Eglises Protestantes d'Alsace et de Lorraine (UEPAL)
»

*1939 - † 2018


3°Dimanche après l’Epiphanie

5 janvier 2009

Matthieu 8, 5-13Le Christ

Sauveur des Nations

(Série de Prédication I (Predigtreihe I) : anciens évangiles)

Note du rédacteur : cette prédication propose une relecture sous divers angles du texte, à la lumière du thème général de l’Epiphanie,  qui est « manifestation de Jésus-Christ à tous… ». 

I
Par deux fois l’évangile de Matthieu met en scène un centurion. Et les deux fois il nous le montre sensible à la personnalité de Jésus et dans une disposition de foi vis-à-vis de lui. Vers la fin de l’évangile, au pied de la croix où meurt Jésus, c’est le centurion et ceux qui avec lui gardent les condamnés qui disent : « Vraiment celui-ci était Fils de Dieu ! »  (Matth.27, 54) .

Dans le récit de ce matin, à Capharnaüm, Jésus est plein d’admiration devant la foi du centurion : « En vérité, je vous le dis, chez personne en Israël je n’ai trouvé une telle foi. »  Les centurions n’étaient pas des fils d’Israël. Ils représentaient une puissance étrangère et faisaient partie de l’armée d’occupation. Les Juifs avaient pour eux très peu, voire pas du tout de sympathie. Le centurion de Capharnaüm sait tout cela. Il a conscience de son indignité :  ce Jésus, dont les Juifs disent qu’il est prophète de Dieu, peut-il entrer chez un païen, de surcroît ennemi du peuple d’Israël ?  Il le reconnaît clairement : « Seigneur, je ne suis pas digne que tu entres chez moi… »  Cependant, il n’a pas peur de s’approcher de Jésus et de le supplier pour son serviteur paralysé et souffrant terriblement. Jésus ne l’écarte pas, pas plus qu’il n’a repoussé le lépreux ou qu’il n’évitera par la suite le pays impur des Gadaréniens. Mieux encore, Jésus prend appui sur la confiance et l’espérance que le centurion met en lui,  pour dire une de ces paroles fortes qui bouleversent l’univers mental et religieux des garants de la religion et des traditions juives, les scribes et les pharisiens :  « Je vous le dis, beaucoup viendront de l’orient et de l’occident prendre place au festin avec Abraham et Jacob dans le Royaume des cieux, tandis que les héritiers du Royaume seront jetés dans les ténèbres de dehors, là où seront les pleurs et les grincements de dents. » 

Ainsi la foi d’un païen est donnée en exemple. Les fils d’Israël perdent leurs privilèges. Ils sont même supplantés par des étrangers… L’héritage change de mains !  Un nouveau testament s’élabore !

II
Nous n’entendons pas ces paroles rudes de Jésus avec les mêmes oreilles que les premières communautés chrétiennes.  Elles vivaient en leur propre sein deux bouleversements majeurs.  D’une part il y a  la rupture, la fracture avec les communautés juives de la Synagogue, qui étaient pourtant le milieu d’origine des premiers chrétiens. D’autre part il y a l’ouverture et l’accueil à de nouveaux membres venus du monde païen.  Le Livre des Actes des Apôtres et les Epîtres de Paul reflètent largement les tensions et la nouveauté de cette évolution.

Aujourd’hui ce que nous rapporte ici Matthieu pose encore des questions au dialogue entre juif set chrétiens. Mais nous pouvons aller au-delà d’un débat historique et théologique. Les actes de Jésus éclairent ses paroles. Voyez, en réalité Jésus ne rejette personne, ni juif, ni païen ! Si ce centurion et quelques autres ne sont pas des fils d’Israël, tous les autres que Jésus accueille et guérit, eux, le sont certainement.  En Jésus le titre qui donne droit à l’héritage d’Abraham, c’est la foi et rien d’autre ! C’est la foi déjà qui a valu à Abraham la bénédiction de Dieu. Et c’est encore et toujours la foi qui donne d’avoir part aujourd’hui à cette bénédiction. La foi est la porte d’accès à la salle du festin avec Abraham, Isaac et Jacob dans le Royaume des cieux. L’apôtre Paul l’explique longuement dans ses Epîtres. Jésus le montre ici par des signes. Tous sont égaux vis-à-vis de lui, chacune et chacun est remis à sa propre liberté de conscience et de décision. Personne n’est supérieur à l’autre et aucune pensée antisémite n’est défendable à partir de là.

III
Ces paroles de Jésus résonnent rudement à nos oreilles aujourd’hui. Elles sont une mise en question permanente pour nous qui avons la conviction d’être chrétien.  Au vu de cet épisode de l’évangile, ce titre de « chrétien » n’est par lui-même pas suffisant. Ou plutôt, il est une invitation pressante à vivre vraiment ce qu’il exprime. Il ne se justifie pas par la seule appartenance à une communauté, une paroisse, une Eglise, ni par les rites et traditions de cette Eglise.  Ces traditions, ces rites, cette appartenance sont les chemins d’une relation vivante à Jésus-Christ.  Le centurion de Capharnaüm représente aussi tous les gens qui, comme lui officier païen,  vivent une relation à Jésus-Christ, explicite ou non… tous ces gens qui ont la parole de Jésus cachée au fond de leur conscience, qui ouvrent leur cœur à leur prochain, qui ont conscience de leur indignité et ne se croient pas supérieurs aux autres. Tous sont ouverts à l’action de Jésus qui vient leur parler, les toucher et les guérir : « Va, rentre chez toi ! Et qu’il te soit fait comme tu as cru ! » 

Cela est à notre portée, à nous aussi. Le chemin n’est pas insurmontable. Dire, exprimer, manifester la confiance et l’espérance en Jésus. Tout homme doit avoir un jour la possibilité de prendre ce chemin en écho à une parole entendue.

Le dimanche que nous vivons aujourd’hui a pour thème « Le Christ, Sauveur des Nations ». Si cette affirmation de foi de l’Eglise est aussi la nôtre personnellement, ne relâchons pas notre intérêt pour la mission et l’évangélisation. Mais non pas mission et évangélisation sous forme de campagnes vigoureuses pour convaincre les autres, pour leur démontrer la supériorité de notre religion chrétienne. On n’adhère pas à une conviction de foi comme on adhère intellectuellement à une démonstration mathématique !  La visée de la mission et de l’évangélisation sont d’offrir à tout homme la possibilité de voir des actes empreints de l’amour de Jésus.  D’offrir aussi à tout homme l’occasion d’entendre et de lire l’Evangile de Jésus et la Parole de Dieu au moyen de traductions de la Bible dans leur langue d’aujourd’hui. Si vénérables et belles qu’elles soient, nos versions classiques de la Bible ne sont souvent plus en phase avec le langage actuel, ni chez nous ni ailleurs. Tout homme doit-il avoir l’occasion d’entendre pour lui la Parole de Vie ? Alors soutenons le travail de l’Alliance Biblique Mondiale et des autres Sociétés Bibliques… et n’hésitons pas nous-mêmes à utiliser diverses versions de la Bible pour stimuler et renouveler notre lecture et notre méditation de la Parole !
Aujourd’hui, c’est aussi la clôture de la « Semaine de prière pour l’unité des chrétiens » qui, chaque année, nous invite à rencontrer des frères et sœurs d’autres Eglises, à écouter ensemble la Parole de Dieu et à nous accueillir les uns les autres tels que nous sommes, avec les forces et les faiblesses de notre foi et de nos traditions religieuses. Nul ne peut dire de quel bord serait aujourd’hui ce centurion de Capharnaüm.  Profitons du dernier jour de cette semaine particulière pour élargir notre horizon de foi.

IV
Ainsi nous sommes de plusieurs manières les héritiers du centurion de Capharnaüm.  Ne faisons-nous pas partie, comme lui, de tous ceux dont parle Jésus,  « ceux qui viendront de l’orient et de l’occident prendre place au festin avec Abraham, Isaac et Jacob dans le Royaume des cieux » ?  Et n’avons-nous pas appris à redire, au moment de prendre part au « Repas du Seigneur », les paroles de ce croyant : « Seigneur je ne suis pas digne que tu entres chez moi, mais dis seulement une parole… » ?  Aujourd’hui c’est une occasion à raviver en nous la foi humble et ferme de cet homme, foi qui lui a valu, en plus la guérison de son serviteur, l’admiration de Jésus.
La joie du Seigneur, c’est de pouvoir admirer notre foi, la nôtre et celle de tous les autres qui en ont eu l’occasion.     AMEN.

                        Marc WEISS,
                        Pasteur à La Robertsau.

Propositions de chants :

ARC :  96  -  363  -  358, 1+3+4  -   606  -   615 .
NCTC :  96  -   180, 1+3+4  -   95, 1+3+4  -   175  -   279.
ALLELUIA :  96  -  32/04, 1+3+4  -  41/23  -  47/21.

¼ - Service des Lecteurs – SL – 4 – 25.01.2008 – Marc WEISS

PREDICATIONS DU SERVICE DES LECTEURS DE L'UEPAL

Ces prédications sont fournies par le Service des Lecteurs de l'UEPAL. Ce service a été dirigé par le pasteur Georges HUFFSCHMITT de Wingen-sur-Moder puis 67290 VOLKSBERG (tél O3.88.01.55.41, courriel: Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.), jusqu'en 2009. A partir de cette année 2010, Mme Esther LENZ, de 67360 MPRSBRONN-LES-BAINS (tél: 03.88.90.07.02, courriel: Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.) reprend la direction. Le Secrétariat est assuré par Madame Suzanne LOEFFLER, au Secrétariat de la Paroisse de 67340 INGWILLER (tél: 03.88.89.41.54, courriel : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.).

 

 

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