« Pasteur Yves Kéler, retraité de l'Eglise de la Confession d'Augsbourg d'Alsace
et de Lorraine (ECAAL)/Union des Eglises Protestantes d'Alsace et de Lorraine (UEPAL)
»

*1939 - † 2018

2e dimanche après l’Epiphanie

14 janvier 2007

 Marc 2, 18-22 : Le Christ, Prince de joie

 

(Série de Prédication V (Predigtreihe V) : liste complémentaire I)

 

Chère assemblée

Le dernier Noël semble déjà bien loin et les festivités du Nouvel An appartiennent elles aussi au passé. Après ce réjouissant intermède que constituent les fêtes de fin d’année, le quotidien a repris ses droits. Et il faut bien l’avouer, le mois de janvier, pour beaucoup d’entre nous, est le mois le moins évident à passer. Souvent notre humeur est à l’image de cette saison, en berne, en hibernation, teinté de morosité.

Mais ce matin, ce n’est pas l’heure de complaintes désabusées. Non, car le thème du dimanche : « Le Christ, Prince de la joie », ce thème nous convie à découvrir, à re-découvrir et à célébrer la joie qui est présente au cœur de notre vie. Et c’est notre texte de l’Evangile de Marc qui nous rappelle ce secret, la joie est promise par le Christ à qui veut bien le rencontrer et le suivre dans une relation confiante. Ailleurs, le Christ révélera à ses disciples quel est son projet pour eux. Il leur dira : « que ma joie soit en vous et que votre joie soit complète ». (Jn 15,11).
Ici dans l’Evangile de Marc, il exprime cette idée de joie à l’aide de trois images, celui d’une noce, d’un morceau de tissu neuf, et du vin nouveau.

Mais peut-être n’est-il pas vain de revenir un instant aux circonstances qui ont suscité ces paroles. Le Christ vient d’appeler un homme, le collecteur de taxe Lévi à le suivre. Et comme pour sceller cet appel, il partage la table avec Lévi et ses pareils, des impurs et des pécheurs. L’occasion est trop belle pour les pharisiens, les bien pensants de l’époque, et les disciples de Jean-Baptiste, des radicaux et quelque peu extrémistes, de le critiquer. Et le Christ de leur rétorquer que le temps  présent n’est plus au jeûne, aux mortifications, mais à la noce, à la joie. C’est qu’ils n’ont pas encore compris, tous ces hommes habités par l’esprit de sérieux et de sévérité qu’en Jésus, c’est Dieu lui-même qui s’approche des marginaux, des exclus, des pécheurs, c'est-à-dire de notre monde tel qu’il est. Car en effet, lorsque Dieu fait grâce, lorsqu’il accueille, lorsqu’il libère du poids des fautes anciennes, n’y a-t-il pas lieu alors de se réjouir, de célébrer ensemble ?

Voilà la réalité qu’il faut percevoir derrière la question que le Christ adresse à ses interlocuteurs lorsqu’il leur demande: «  Les invités de la noces pourraient-ils jeûner pendant que l’époux est avec eux, pendant que la noce bat son plein ? Point n’est besoin de répondre, c’est l’évidence même !  

Si le Baptiste, ses disciples et les pharisiens jeûnent encore, c’est qu’ils attendent quelque chose, qui d’après eux, n’est pas encore arrivée. Ils attendent et se languissent encore après les temps nouveaux. Voilà pourquoi, ils en sont encore à ce jeûne qui, dans l’Ecriture sainte, est synonyme de deuil, de temps de l’absence, de soif, de désir du royaume de Dieu.

Mais Jésus et ses disciples sont déjà, eux, passés à une autre réalité, celle de l’irruption de ce royaume divin qui, en Jésus, s’est approché des hommes. Ils fêtent donc l’alliance nouvelle et définitive de Dieu avec les hommes, cette alliance qui à travers la figure du Christ se donne à connaître comme sollicitude, amour et compassion pour les humains.

Voilà donc la réalité nouvelle, la Bonne nouvelle que beaucoup de contemporains du temps des Evangiles ne pouvaient pas saisir !
Mais ne jetons pas trop vite la pierre à ceux qui ne partagent pas les vues du Christ ! Sommes-nous plus avancés qu’eux ? Cette réalité nouvelle, cette joie que nous sommes appelés à vivre, est chez nous aussi, bien souvent, étouffée, enfouie sous le poids autrement contraignant de nos déceptions, de nos défaites et de nos peurs.

Ce constat nous amène donc à nous interroger et, peut-être aussi à remettre en question notre manière d’appréhender le monde. Une question toute simple. Que révèle, que trahit le regard que je porte sur ce monde et sur ma vie ? De la confiance, de la bienveillance, de la joie ? Où n’est-ce pas plutôt une autre musique qui transparaît à travers mes pensées et mon discours ?
De l’insatisfaction, de la frustration, de la tristesse et de la peur ?
Certes, au vu de l’état du monde, au vu des immenses défis auxquels notre humanité doit faire face, la montée de l’inquiétude n’est pas surprenante.

Nous commençons lentement à mesurer les conséquences de la mondialisation. Les informations touchant au réchauffement de la planète s’accumulent et il n’est de semaine où ne nous parviennent des informations concernant la misère et la pauvreté qui s’étendent jusque dans notre propre entourage. Bref, il n’est pas étonnant que l’inquiétude gagne et que nous sombrons, de plus en plus dans le désenchantement.
Et pourtant, ce pessimisme largement partagé et le peu de confiance en l’avenir, ces sentiments ne sont-ils pas aussi symptomatiques d’autre chose. Ne révèlent-t-ils pas que le regard que nous portons sur le monde est exclusivement à dimension humaine, comme si l’homme seul était concerné, comme si l’homme seul pouvait décider de son destin et faire la pluie et le beau temps.
Oui, lorsque le pessimisme e
t l’inquiétude prennent le dessus et occupent tout l’horizon, cela n’a pas seulement à voir avec l’état du monde mais c’est aussi symptomatique d’une  désertion de l’espérance, d’une vie où l’on ne compte plus sur Dieu, avec Dieu.
Mais voilà, notre foi en Jésus Christ, nos convictions chrétiennes nous rappellent que nous n’avons pas seulement à nous laisser déterminer par des considérations humaines mais aussi par le message de la Parole de Dieu et son témoignage de la présence de Dieu au cœur de ce monde.

Le monde dans lequel vivait le Christ était tout sauf facile : occupation étrangère, pauvreté criante, luttes intestines entre factions adverses. Bref, il y avait de quoi déprimer Et pourtant, c’est dans ce monde que le Christ appelle ses disciples à célébrer les noces de Dieu avec les hommes. C’est aux hommes de son temps que le Christ annonce l’irruption dans leur vie d’une joie que personne, ni rien ne peut ravir car elle ne se fonde ni sur eux, ni sur les circonstances extérieures mais sur Dieu.
Et c’est ce même message qui retentit ce matin à nos oreilles et auquel nous sommes invités à ouvrir nos cœurs : C’est que Dieu nous destine contre tout, malgré tout à la joie.

Cette joie me vient de plus loin que de moi-même. Elle est au delà des circonstances qui, par nature, sont changeantes. Elle est à l’image d’un lac agité en surface par une tempête et qui pourtant dans ses profondeurs est calme et serein.  Les poissons le savent bien, car c’est là qu’ils vont se réfugier par gros temps.
Puissions-nous aussi rester en contact avec cette couche plus profonde en nous où nous retrouvons calme et sérénité, une joie imprenable et qui s’ancre en Dieu.

Cette joie n’est peut être pas démonstrative mais c’est bien une énergie et une force. Voilà ce que le Christ nous fait comprendre avec les petites paraboles de la pièce de tissu neuve qui déchire la vieille étoffe, avec l’image du vin nouveau qui fait éclater les vieilles outres.  

Autrement dit, la bonne nouvelle de l’évangile est fermentation continue, vie débordante. Cet évangile, comme le vin nouveau, recèle en lui une force de transformation. Cet évangile régénère nos vies, il nous ouvre à de nouvelles perspectives. Comme le vin nouveau qui exige de nouvelles outres, l’Evangile invite à oser tourner des pages et à investir dans l’espérance d’un nouveau commencement, dans la possibilité d’un nouveau départ. Quel que soit notre situation, l’évangile nous laisse entendre que puisque Dieu le compatissant lie son sort au nôtre et ne nous abandonne pas, tout est toujours à nouveau possible .
Voilà qui est de l’ordre d’une énergie irréductible, d’une joie imprenable. Voilà ce qui nous permet, au milieu des complications de la vie de laisser place à l’espérance et de miser sur l’avenir qui appartient à Dieu.  Et cela est de l’ordre de la joie, d’une joie profonde qui transfigure le quotidien le plus terne, le plus banal et en fait le lieu des noces, entre moi et mon créateur, entre le Christ et ses disciples que nous sommes.  Cela change tout. Voilà ce que nous voulons toujours à nouveau nous rappeler et fêter ensemble dans nos cultes. Amen.

                        Georges Hufschmitt

Cantiques, (Arc en Ciel) : 33, 228, 285, 496

PREDICATIONS DU SERVICE DES LECTEURS DE L'UEPAL

Ces prédications sont fournies par le Service des Lecteurs de l'UEPAL.

Ce service a été dirigé par le pasteur Georges HUFFSCHMITT de Wingen-sur-Moder
puis 67290 VOLKSBERG (tél O3.88.01.55.41, courriel: Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.),
jusqu'en 2009.

A partir de cette année 2010, Mme Esther LENZ, de 67360 MORSBRONN-LES-BAINS
(tél: 03.88.90.07.02, courriel: Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.) reprend la direction.

Le Secrétariat est assuré par Madame Suzanne LOEFFLER, au Secrétariat
de la Paroisse de 67340 INGWILLER
(tél: 03.88.89.41.54, courriel : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.).

   

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