« Pasteur Yves Kéler, retraité de l'Eglise de la Confession d'Augsbourg d'Alsace
et de Lorraine (ECAAL)/Union des Eglises Protestantes d'Alsace et de Lorraine (UEPAL)
»

*1939 - † 2018

                                             1°Dimanche après l’Epiphanie

                                                 Dimanche 10 janvier 2010

                                                      Le baptême de Jésus

                                                          Romains 12, 1-3

I
« Il ne faut pas réfléchir tout le temps et se poser trop de questions, sinon on va se mettre à douter et  pour finir on perdra la foi ! »… Voilà une déclaration que beaucoup de pasteurs ont déjà entendue… souvent comme excuse pour ne pas venir à l’étude biblique paroissiale, parfois comme critique des sermons trop intellectuels du pasteur !

Ainsi, croire et réfléchir n’iraient pas ensemble !… Argument suprême des tenants de cette idée : « Jésus n’a-t-il pas dit : Heureux les simples d’esprit car le royaume des cieux est à eux ? » … Seulement, ceux qui disent cela feraient mieux de tourner leur langue 77 fois dans la bouche avant de parler ainsi, et surtout ils feraient mieux de relire leur Bible en faisant bon usage du cerveau dont le Créateur les a dotés !

C’est le type de réponse qu’aurait pu leur faire Paul, au vu de ce qu’il nous écrit ici par le biais de ces lignes adressées aux chrétiens de Rome. Il les exhorte vivement à offrir à Dieu un culte « logique », au sens littéral du mot.

Logique, « logikos » en grec, cela peut aussi bien se traduire : raisonnable, rationnel, conforme à la parole, en cohérence avec la parole. Ou encore : « le culte conforme à la Parole ».  C’est dire si pour Paul réfléchir et croire vont bel et bien ensemble !

II
Paul exhorte vivement ses frères et sœurs dans la foi à offrir à Dieu un culte logique, raisonnable. Cependant, ce n’est pas au nom de la philosophie ni de la science. Non, Paul appelle à cette démarche au nom de la magnanimité, de la miséricorde de Dieu. En grec il est littéralement dit « au nom des miséricordes, des compassions de Dieu » !  C’est là un mot-clé du raisonnement de Paul dans cette exhortation qui ouvre la dernière partie de sa lettre. Les compassions de Dieu, cet amour à l’écoute et l’accompagnement de l’autre, cet amour riche et exprimé sous de multiples formes, cet amour donné gratuitement, sans aucune condition ni obligation préalable. Quand elle est de Dieu, cette miséricorde n’est pas simple sentiment, mais bel et bien la manifestation agissante de Dieu dans l’histoire de son peuple. Quand Dieu se souvient de ses miséricordes, il agit ! Marie nous l’a rappelé dans son fameux cantique (Luc 1, 54) tout comme Zacharie  dans sa louange (Luc 1, 72) durant le temps de l’Avent et les célébrations de Noël. Tout comme le vieux Siméon dimanche dernier  (Luc 2, 30-32).  Et pour Paul, Dieu est « Père des miséricordes et Dieu de toute consolation » (2 Corinthiens 1, 3).  Et c’est bien la compassion qu’est appelée à exercer avec joie toute personne membre du corps du Christ qui en a reçu le don (Romains 12, 8).

Cet amour et cette compassion initiés par Dieu ne sont pas à vivre dans une démarche mystique purement spirituelle et détachée du monde, ni dans un ritualisme répétitif, mais dans une démarche raisonnable, logique, en cohérence avec « la volonté de Dieu » (V.2). C’est cela qu’il faut scruter et discerner.

Scruter, discerner, ruminer la volonté de Dieu pour en tirer de quoi nourrir et développer notre foi, c’est chercher à trouver où et comment cette volonté de Dieu cherche à entrer en relation avec la volonté des hommes. Ainsi, dans la prière du Notre Père, la personne qui prie demande que la volonté de Dieu se réalise, en s’efforçant de discerner quelle est la volonté de Dieu sur sa personne originale et individualisée. Paul a beaucoup travaillé cette question (Romains 12, 2 ; Ephésiens 5, 17). Dans ce travail de discernement et de compréhension, c’est l’Esprit saint qui révèle à l’homme l’intelligence du Seigneur (1 Corinthiens 2, 16). L’être humain reconnaît que, pour que s’accomplisse cette volonté, c’est Dieu qui opère le « vouloir et le faire » (Philippiens  2, 13). Dieu donne et l’humain accueille. Ainsi, en discernant les choses invisibles, l’homme intérieur se renouvelle de jour en jour dans la grâce surabondante de Dieu (2 Corinthiens 4, 15-18).

Discerner la volonté de Dieu dans ce qu’elle a de meilleur, de plus agréable, de plus achevé (V.2) résonne comme en écho à l’invitation que fait Paul  aux croyants d’offrir à Dieu  leur personne tout entière, sanctifiée et agréable à Dieu.

Dans de multiples traductions de la Bible, il est lu que Paul invite les croyants à plaire à Dieu par un sacrifice personnel et total.  L’idée de sacrifice fait penser à une obligation prescrite et quantifiée, quelque chose  qu’il faut faire comme une condition pour obtenir en retour la grâce et la miséricorde divines.  Parfois même ce sacrifice est compris comme quelque chose de douloureux, un renoncement qui peut aller jusqu’à rechercher la mort par amour pour Dieu… Mais c’est là tout à l’opposé de la manifestation des miséricordes de Dieu, notamment de la manifestation de son amour à travers la vie et la passion de Jésus.

Pour Paul, c’est Dieu d’abord qui nous offre une immense miséricorde sous de multiples formes. Et c’est en cette miséricorde et grâce à elle que le don de notre vie peut alors se réaliser comme un service spirituel, un culte dévoué de toute notre personne, une célébration « logique » de l’amour reçu de Dieu et rendu à Dieu corps et âme.

III
L’apôtre Paul, à la suite de son modèle Jésus-Christ, ne conçoit pas de vivre sa foi loin des réalités du monde ambiant ni des questions sociales de son temps.  Toutes ses lettres montrent à quel point il examine avec soin et courage des questions souvent épineuses, compliquées, parfois même dangereuses. Il ne recule pas devant les questions d’ordre politique : relations aux autorités civiles, déviances sociales, hiérarchies professionnelles. Il n’esquive aucune controverse  religieuse : débats sur la tolérance, respect des rites et coutumes juives, ouverture du message chrétien aux païens. Il traite de même tout ce qui touche à la vie privée : les relations dans le mariage, les relations avec les domestiques, la vie en famille.

Pour Paul, « penser la foi », ce n’est pas une sorte de rêverie intellectuelle, abstraite, détachée du vécu concret. Au contraire : il cherche à donner aux frères et soeurs dans la foi des moyens de conduite et de vie sûrs et efficaces. Il ne s’agit pas d’être non-conformiste par principe ou par esprit d’opposition élitiste et minoritaire. Pour Paul il s’agit d’affirmer et de tenir, au cœur même de ce monde, les lignes directrices  d’une intelligence visitée, renouvelée, transformée par l’action de Dieu lui-même.

Cela ne va pas de soi. D’abord parce que le monde n’est pas tendre avec ceux qui osent le non-conformisme. Cela ne va pas de soi non plus, parce que l’être humain est plus naturellement porté à se fier à sa propre intelligence, dont il connaît les tenants et les aboutissants, plutôt que de laisser Dieu œuvrer en son intelligence d’homme pour la renouveler d’une manière inconnue et mystérieuse. Le défi est important, c’est un défi de confiance et de foi.

Paul nous invite à faire confiance : notre capacité de discernement particulière découle de la volonté même de Dieu d’agir par nos dons humains au cœur du monde.  Ainsi, c’est grâce à la force de Dieu agissant en nous que nous sommes préservés de nous pétrifier en nous conformant aux schémas contraignants du monde ambiant.  Paul nous donne à voir que nous pouvons même contribuer à transformer les schémas du monde, par notre discernement et par notre action, le tout dans la confiance et l’espérance. Ce sera là le thème de la suite de cette lettre aux chrétiens de Rome.Pour Paul, la vie chrétienne s’atteste au fil des jours et en fonction des circonstances. La vie chrétienne n’est pas dictée par des règles ou des principes prédéterminés, mais elle requiert « l’intelligence » renouvelée par Dieu pour discerner sa volonté à l’épreuve du quotidien.    AMEN

                Pasteur Marc WEISS, La Robertsau

Propositions de chants.

ARC :  113  -  608  -  633  -  221 –
NCTC :  113  -  284  -  278  -  180  -
Alleluia :  113 A /  B   -  45 / 01  -  22 / 04  -  22 / 05 -     

¼ - Service des Lecteurs – SL – 2 – 10.01.2009 – Marc WEISS

 

 

PREDICATIONS DU SERVICE DES LECTEURS DE L'UEPAL

Ces prédications sont fournies par le Service des Lecteurs de l'UEPAL.

Ce service a été dirigé par le pasteur Georges HUFFSCHMITT de Wingen-sur-Moder
puis 67290 VOLKSBERG (tél O3.88.01.55.41, courriel: Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.),
jusqu'en 2009.

A partir de cette année 2010, Mme Esther LENZ, de 67360 MORSBRONN-LES-BAINS
(tél: 03.88.90.07.02, courriel: Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.) reprend la direction.

Le Secrétariat est assuré par Madame Suzanne LOEFFLER, au Secrétariat
de la Paroisse de 67340 INGWILLER
(tél: 03.88.89.41.54, courriel : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.).

   

 

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