« Pasteur Yves Kéler, retraité de l'Eglise de la Confession d'Augsbourg d'Alsace
et de Lorraine (ECAAL)/Union des Eglises Protestantes d'Alsace et de Lorraine (UEPAL)
»

*1939 - † 2018


5e dimanche après l’Epiphanie

Dimanche 6 février 2011

Esaïe 40, 12-25

Le Christ, Seigneur de l’histoire

Le dernier mot de ce passage en est le plus important : « Le Saint ». Il nous faut explorer cette sainteté. Elle précise le sens de la puissance divine. La conséquence inattendue, c’est que les humains ne sont pas écrasés par ce Dieu, bien au contraire…

La Sainteté.

En français, deux mots sont face à face: « la sainteté » et le « sacré ».
Le sacré, c’est ce qui est tabou, ce que les hommes mettent à part pour l’adorer. Dans ce poème, le sacré est représenté par l’idole faite de bois recouvert de feuilles d’or, orné de chaînettes d’argent, que le croyant façonne pour représenter Dieu . Il y en a pour tous les goûts : les riches font appel à des artistes et à des matières précieuses, les pauvres se contentent d’un bout de bois non pourri pour représenter la divinité et faciliter la dévotion.

Le prophète dénonce cette démarche en précisant que Dieu ne peut pas être représenté, il est au-dessus de tout. Il a une qualité qu’il ne partage avec personne d’autre, la sainteté.

La Bible explique tout d’abord que la sainteté de Dieu est à la fois sa puissance et sa justice, il n’y a en lui aucune tricherie. Mais ce Dieu saint conclut une alliance avec son peuple pour l’appeler à devenir saint lui aussi. La sainteté n’est pas une « mise à part » ou un « tabou », c’est le miracle de ce Dieu tout puissant qui fait alliance avec les humains pour les mettre en route vers cette sainteté qui est en lui et qu’il est prêt à partager avec eux. Dans le livre du Lévitique, les lois, destinées à faire régner la justice dans le peuple, sont fondées sur la déclaration : car je suis saint, moi votre Dieu !
Ici, le Saint parle au peuple pour lui éviter la tentation de  l’idolâtrie. Cela nous interpelle, car nous avons aussi nos ta-bous, nos idoles : succès, pouvoir, argent. Lorsqu’un chanteur a brûlé un jour un billet de banque devant les caméras, ce fut un choc : il avait brisé un tabou et détruit quelque chose de sacré, l’argent !

Le prophète dit : l’un se fait une statue en or, l’autre prend un bout de bois, à chacun selon ses choix et ses moyens. Nous risquons de faire la même chose. Mais cela n’a rien à voir avec la sainteté qui comporte justice et respect des autres.

Le Dieu tout puissant

Ce poème, l’un des plus anciens à parler de la puissance du Dieu créateur, insiste sur le pouvoir absolu de Dieu, qui peut même se servir d’un roi étranger, en l’occurrence Cyrus le Per-se, pour réaliser son plan.

Le peuple d’Israël a mis du temps pour découvrir le Dieu créa-teur. On est passé du Dieu d’une tribu, à celui d’un peuple, constitué de plusieurs tribus alliées au nom d’un Dieu semblable à ceux des autres peuples. Plus tard, les prophètes ont dit que leur Dieu était supérieur aux autres. Ici, c’est la découverte du Dieu unique et universel.

En fait, les dieux du polythéisme représentent les forces de la nature ou les passions de l’esprit humain. Actuellement, des penseurs affirment que le polythéisme est supérieur au mono-théisme biblique, car s’il y avait plusieurs dieux, le risque de guerre entre religions serait moins grand. Belle illusion !

Le prophète qui parle ici révèle au contraire un Dieu qui n’est pas la projection des passions des hommes. Il est au-delà de toute représentation . Il est créateur, plus puissant que les forces de la nature : il peut soulever les îles qui résistent à toutes les tempêtes. Il est au-dessus de tous les cultes car le bois des plus grandes forêts ne suffirait pas pour un sacrifice digne de lui. Il est au-dessus des forces de la politique, puisque les nations qui essaient de mettre Dieu au service de leurs aspirations ne sont rien devant lui. Il peut même se servir des autres nations pour réaliser ses plans. Devant lui les humains sont comme des fourmis…insignifiants.
En un mot, le prophète le place au-delà de toute représentation humaine. Il le fait par des images poétiques qui suggèrent l’immense pouvoir du Dieu de l’univers.

Ce Dieu et nous

Evidemment, cette représentation de Dieu peut être terrifiante, car celui qui tombe entre ses mains n’a aucune chance. L’humain est face à lui comme, il y a 21 ans à Pékin, ce manifestant chinois sur la place Tien An Men, seul, les mains nues, face à un char. Ce jour-là ,comme par miracle, le char s’est arrêté …mais le pouvoir chinois a réagi ensuite avec violence pour réprimer .
Est-ce que Dieu écrase l’humain ou non ? Des philosophes athées l’ont affirmé. « Si Dieu existe, je n’ai plus ma liberté », disait Jean Paul Sartre.

Mais ceux qui ont rencontré Dieu en parlent autrement. Certes, ils font l’expérience d’une présence terrifiante, devant laquelle nous ne sommes rien. Et cela est résumé par la phrase  de Hébreux 10,31 : « Il est terrible de tomber dans les mains du Dieu vivant »

Mais les mêmes témoins affirment que s’ils lui parlent, l’appellent et s’abandonnent à lui en confiance, ils ne sont pas écrasés, mais secourus. C’est le témoignage de Moïse sur le Sinaï. Plus près de nous, c’est aussi le témoignage très discret du mathématicien Blaise Pascal lors de sa rencontre avec Dieu, témoignage écrit découvert après sa mort : il a rencontré le Dieu vivant, terrible mais plein de compassion.

Cette rencontre n’est pas une démarche facile, car c’est en quelque sorte une capitulation devant Dieu et sa puissance. Mais ce qui, à vue humaine, est une capitulation, permet en même temps la rencontre avec l’immense amour que Dieu porte à sa création. Le prophète le dit un peu plus loin: « il redonne des forces à celui qui faiblit, il remplit de vigueur celui qui n’en peut plus. Les jeunes eux-mêmes connaissent la défaillance, les champions trébuchent parfois. Mais ceux qui comptent sur le Seigneur reçoivent des forces nouvelles ; comme des aigles ils s’élancent. Ils courent, mais sans se lasser, ils avancent, mais sans faiblir ».

C’est l’expression de la foi la plus profonde en ce Dieu saint, ce Dieu immense, qui ne veut pas écraser les humains, mais conclure avec eux une alliance de paix, afin qu’ils puissent devenir saints eux aussi..


Conclusion

Le prophète évoque l’action du Dieu saint , il ne parle pas de l’une de ces brutes cosmiques qui apparaissent dans les romans et les films de science fiction. Le Dieu saint est tout puissant, mais le prophète nous dit qu’au lieu de détruire l’humain, il préfère le conduire à la découverte de sa vérité d’humain faillible et de l’immense grâce, que rien ne peut détruire et qui vient de lui. L’apôtre Paul a fait la même découverte en rencontrant le Christ ressuscité. Il nous dit que rien ne pourra nous détacher de cet amour. Que ceux qui sont parfois poussés à bout sachent qu’ils peuvent appeler le Dieu tout puissant, il ne méprise personne, même pas nous, ses fourmis ! Amen


Cantiques possibles :

Arc 99 Dans tout l’univers, le Seigneur est roi
(ou d’autres Psaumes de ce genre)
Arc 252  Nous te célébrons, Dieu de vérité
Arc 504  Viens Saint Esprit Dieu créateur

Pierre Kempf

¼ - Service des Lecteurs – SL – 6 – Pierre Kempf – 06.02.2011


Remarques exégétiques sur Esaïe 40, 12-25:

Ce texte ne présente pas de difficultés particulières. Il faut faire attention à la traduction de « Saint », et ne pas confondre avec « sacré » qui, en français, a une signification différente. Le « sacré », c’est le « tabou », le « mis à part » alors que la « sainteté » de Dieu s’exprime dans son alliance avec le peuple et insiste sur la relation et le rayonnement de sa justice.

Ce texte se trouve au début de ce qu’on appelle « Le second Esaïe », prophète anonyme qui, vers 540 avant J.C. , a donné aux Israélites en exil le courage de reprendre confiance en Dieu et d’envisager la fin de l’épreuve. Ce prophète a expliqué aussi que Cyrus, le Perse, était un instrument dont Dieu se sert pour libérer son peuple.

Ce passage présente quelques similitudes avec Job 38 où Dieu énumère ce qui, dans son œuvre, dépasse la compréhension humaine. C’est un thème courant dans la littérature de sagesse à laquelle on peut apparenter ce texte.

Ici, l’évocation de la majesté de Dieu, devant qui toute créature n’est  qu’insignifiance, est placée entre un chant de réconfort et un poème qui affirme que ce Dieu est proche de ceux qui sont faibles (29-31) pour les rendre forts, contrairement à ce que s’imaginent certains, qui pensent que Dieu les ignore (v.27). La prédication devra prendre en compte ce contexte qui allie la grandeur de Dieu à sa proximité.

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