« Pasteur Yves Kéler, retraité de l'Eglise de la Confession d'Augsbourg d'Alsace
et de Lorraine (ECAAL)/Union des Eglises Protestantes d'Alsace et de Lorraine (UEPAL)
»

*1939 - † 2018

 

A. 10/3.  TEXTES NOTRE PERE ET CREDO APOSTOLIQUE erronés:  CONCLUSIONS
 

B.   1ère CONCLUSION QUANT A LA VARIATION  c. : REPETITION DU 
              « JE CROIS »

        On distingue nettement une tradition luthérienne et une tradition réformée :

-  les luthériens et les anglicans ne répètent pas le « je crois » dans le 3e Article
-  les réformés répètent le « je crois » dans le 3e Article.

        Les Réformés allemands et suisses allemands ne font pas cette répétition.

1.   Question 1:  quand cette répétition a-t-elle été introduite chez les Réformés?

        Car on constate un point important :

        Calvin, dans « La forme des prières ecclésiastiques, partie : le baptême » de 1542, donne la même forme que le latin et l’allemand :

                               Ie croy en Dieu le Père, ….
                               Et en Iesus Christ son seul Filz, …
                               Ie croy au sainct Esprit. La saincte Eglise universelle,…

        Le Catéchisme de Heidelberg (EG Ref p.1584) donne le même texte que Calvin et les luthériens :
                              Ich glaube an Gott Vater, den Allmächtigen,...
                              Und an Jesus Christus, ...
                              Ich glaube an den Heiligen Geist,
                                    eine heilige allgemeine christliche Kirche   („allgemeine“, que donne
                                                    aussi le Credo au n° 789, n’est pas précisé par les luthériens).

        Cette répétition du « je crois » n’est certainement pas due au hasard. Il semble qu’elle provienne de Genève, après Calvin et Bèze, et pourrait remonter au 18e Siècle, sinon auparavant, et que de là elle a été introduite chez les réformés de France, des Pays-Bas et de Hongrie, lesquels suivaient généralement Genève. Il faudrait préciser ce point, historiquement, et voir pourquoi, dogmatiquement, on a voulu cette répétition.

2.   Question 2 :  pourquoi les Réformés ont-ils introduit cette variation ?

        Il faudrait vérifier ce point, en retrouvant la source.

        Il existe un débat ancien, qu’on trouve déjà dans l’Antiquité, qui est de savoir sur quoi porte le « eis » et le « in » qui suit le verbe « pisteuô » et « credo ». Il semble que cette préposition porte seulement sur les trois personnes de la Trinité, et pas sur ce qui suit dans chaque article. La suite du texte est en apposition à la personne, et donne les attributs qui s’y rattachent :

                       personne                  apposition des attributs

         Credo in Deum,                     Patrem omnipotentem, Creatorem…
            Et    in Jesum Christum,      Filium ejus unicum, Dominum nostrum, …
            Et    in Spiritum sanctum,    unam ecclesiam catholocam

         Cela a fait que dans la théologie classique du Moyen-Age et des Réformateurs, on n’a pas vu de problème à la chose.

        Mais dès l’Antiquité, quand on commença à compléter le Credo primitif plus court, il y eut des problèmes pour le troisième article. Certains ont dit : l’Eglise est-elle une apposition du Saint-Esprit ? Elle en est la création, de ce fait il faudrait distinguer plus clairement le Saint-Esprit des propositions qui suivent. Car le raccord grammatical n’est pas parfait et pourrait porter à erreur.

3.    Le texte primitif du Symbole des Apôtres :
 
                    Grec(vers 150)                                  latin ( chez Nicetas de Remesiana vers 400)
           chez Marcel d’Ancyre 370)                                  ( chez Pirmin de Reichenau +753)

Pisteuô eis theon patéra pantocratora.                     Credo in deum patrem omnipotentetem.
Kai eis Christon Ièsoun,                                          Et in Chritum Jesum
huion autoû ton monogénê,                                     filium eijus unicum,
ton kyrion èmôn,                                                   dominum nostrum,
ton gennenthenta ex pneumatos hagiou                   qui natus est de spiritu sancto
    kaï Marias tès parthénou,                                    et Maria virgine,
ton epi Pontiou Pilatou staurothenta                         qui sub Pontio Pilato crucifixus est
     kaï taphenta,                                                    et sepultus,
tè tritè hèméra anastanta ek nékrôn,                       tertia die resurrexit a mortuis,
ananbanta eis tous ouranous,                                  ascendit in coelos,
kathèmenon en dexia tou patros,                             sedet ad dexteram patris,
hothen erchetai krinaï zôntas kaï nékrous.                inde venturus est judicare vivos et mortuos.

Kaï eis pneuma hagion,                                           (Credo *)Et in spiritum sanctum,  
hagian ecclèsian,                                                    sanctam ecclesiam,
aphesin tôn amartiôn,                                             remissionem peccatorum,
sarkos anastasin.                                                    carnis resurrectionem.
Amèn.                                                                    (le Amen est omis)
                                                                                             * Nicetas

       Theodor Zahn, dans « Das Apostolische Symbolum, Le Symbole Apostolique, Erlangen et Leipzig 1893, p.83 », fait la remarque suivante :

        « L’ancien Symbole (plus court), qui conservait la confession pour le baptême (du 2e Siècle), était sans équivoque. Dans la mesure où il place la préposition (eis=in) devant chacun des trois sujets de la divinité comme objets de la foi, mais la laisse tomber devant les autres objets de la foi, il veut clairement exprimer la différence. Il faut comprendre : « Je crois en Dieu, au Christ, au Saint-Esprit », et « Je crois une Eglise sainte, le pardon des péchés, la résurrection de la chair, etc.. »  Les commentateurs plus approfondis ont fréquemment fait remarquer cette différence ». Zahn cite Rufin, Nicetas et Ambroise.

        Auguste Sabatier, dans « Les religions d’autorité et les religions de l’Esprit » 1904 Paris Fischbacher, p 105, cite ce Credo primitif et dit : « On voit très clairement que la formule ternaire du baptême (Matth 28/20) en a donné la structure. A chacun des termes : Père, Fils et Saint-Esprit sont venues s’ajouter, pour préciser la foi des catéchumènes, des explications et des déterminations plus complètes. »

        C’est la raison pour laquelle certains mettent un point après « Je crois au Sain-Esprit. La sainte Eglise universelle,… » commençant ainsi une nouvelle phrase qui inclut toutes les cinq propositions suivantes. Calvin précisément fait cela, au contraire de Luther qui ne le fait pas.

4.    Réponse possible aux questions  1 et 2

        Au moment de la Réforme, le texte du Symbole latin de la fin du Moyen Age était la base. Il avait été complété à travers les siècles, en sorte que pour le Saint-Esprit, cinq points figuraient après cette personne de la Trinité : la sainte Eglise, la communion des saints, la rémission des péchés, la résurrection de la chair et la vie éternelle. De plus l’article de l’Eglise avait été augmenté de « catholicam », que les Papistes identifiaient à « Romaine ».  

        Il est probable que les Réformés, à Genève, affrontés à l’affirmation catholique romaine : « Extra ecclesiam = romanam nulla salus », ont voulu faire cette distinction : nous croyons au Sain-Esprit en tant que personne et Sauveur, comme le Père et le Fils, mais pas à l’Eglise en tant que salvatrice. D’où cette formulation répétée pour distinguer.

         Mais ce faisant, ils ont introduit une nouvelle difficulté : le mot « credo » apparaît quatre fois, et cela crée comme une « quatrième personne » : l’Eglise. Le remède crée un mal nouveau ! Il faut donc revenir à la clarification faite par les Anciens, et garder le texte de base du Symbole, avec une fois le mot « Credo » ou trois fois, mais pas quatre.

        Cela nous amène à voir combien de fois les Symboles classiques emploient ce mot.

C.   EMPLOI DU MOT « PISTEUÔ – CREDO »  DANS

                             LE SYMBOLE DES APÔTRES  (vers 150, texte donné vers 350)
                             LE SYMBOLE DE NICEE-CONSTANTINOPLE (381)
       

        Ces deux symboles antiques donnent une seule fois le mot « pisteuô = credo » au début du 1er Article, les 2ème et 3ème étant introduits par « kaï = et ». Mais par la suite on va ajouter un « je crois devant chaque personne de la Trinité. Ci-dessus, la forme de Nicetas de Remesiana contient dèjà cette répétition pour le Sain-Esprit, alors que Pirmin de Reichenau, au 8e Siècle, ne la met pas. Il y a donc eu très tôt cette tentative trinitarisante de placer le « je crois » devant chaque personne.

        Le tableau ci-dessous le montre bien :

1.  Symbole des Apôtres

               Grec 2e S.  Latin 4e S. Latin 16e S   Frs 1542    Alld 1530     RA 1952      EG 1995
                                                Catéch Rom   Calvin      Augustana                    + Réf. allds
                                                                   Heidelberg

1er Art.   pisteuô       Credo        Credo           Ie croy        Ich gläube    Ich glaube    Ich glaube

2e Art.        kaï             et               et              Et en           und               und               und

3e Art.        kaï           et (Credo) Credo           Ie croy        Ich gläube    Ich glaube    Ich glaube

        On constate que les luthériens allemands et les réformés en Allemagne, ainsi que Calvin en Suisse et les Réformés français au 16e Siècle, ont conservé la forme latine du Catéchisme romain du 16e Siècle : Je crois : Père ; Et : Fils ; Je crois : Saint-Esprit.

        La répétition du « je crois » pour l’Esprit est née de l’éloignement du « Credo » unique au début du Symbole, et de la commodité de la compréhension. Pour le Fils, plus proche du début, on n’a pas changé le « et » en « je crois ». Les Allemands en sont restés à ce stade.

        En revanche, les français, au cours des siècles qui ont suivi la Réforme, catholiques comme protestants, ont placé le « je crois » devant chaque personne.

        Dogmatiquement, au début, au considérait que l’unique « credo » régissait toute la confession : du début à la fin, c’était la même et unique foi, se diversifiant en articles et en propositions diverses. Par la suite, en conséquence des débats trinitaires du 4e et du 5e Siècle, on a perdu de vue cette unicité et on a accentué la particularité de chaque personne. Comme dit plus haut, la tendance se sent déjà chez Nicetas de Remesiana, vers 400, alors que Pirmin, le précarolingien, reste à la forme ancienne avec deux « et ».

        C’est donc cette forme avec les trois « credo » qu’on trouve actuellement en France et dans la francophonie.

2. Symbole de Nicée-Constantinople

                  Grec 4e S  Latin 16e S.    Alld 1538     RA 1952    EG 1995        Français 20e S
                                                      Luther+Réf                + Réf. allds       cathol       protest.

1er Art.       pisteuô      Credo              Ich glaube    Ich glaube  Wir glauben  Je crois     Je crois
2e Art.           kaï            Et                       Und              Und       Wir glauben  Je crois    Je crois
3e Art            kaï            Et                       Und              Und       Wir glauben  Je crois    Je crois 
l’Eglise           ---            Et                        Und              Und             Und         Je crois    Je crois

        On peut faire le même constat que pour le Symbole Apostolique : dans le Nicée-Constantinople, les Allemands, au 16e Siècle, luthériens et réformés, suivent le latin du 16e Siècle : ils ne disent qu’une seule fois « je crois », au début du Symbole. Plus tard, ils ont étendu le « je crois » au Fils et au Saint-Esprit. Mais ils n’ont pas introduit un 4ème « je crois » pour l’Eglise. (La mise au pluriel : « Nous croyons, Wir glauben », est récente et ne devrait pas figurer comme texte officiel des Eglises, mais à côté de la classique et officielle imprimée au singulier, être signalée comme une variante possible.) 

         En revanche, en France, les catholiques et les protestants ont introduit un 4e « je crois » pour l’Eglise. Cela vient probablement de l’éloignement entre le Saint-Esprit et le paragraphe sur l’Eglise. En effet, il y a, après l’affirmation : « Je crois au Saint-Esprit », un long développement sur l’Esprit lui-même.

        L’introduction du 4ème « je crois » dans le Symbole des Apôtres vient-elle d’une influence de cette forme du Nicée-Constantinople ? Il faudrait vérifier cette hypothèse.

3.   Conclusion de cette comparaison :

        a. La tendance à travers les siècles d’étendre aux trois personnes l’unique « je crois » initial est évidente. Elle est restée à mi-chemin en Allemagne : « Je crois en Dieu,… Et en Jésus-Christ, … Je crois au Saint-Esprit ». En France, et en Suisse, elle a été jusqu’au bout, en affectant « je crois » à chaque personne.

        Les Réformés, à partir de Genève vraisemblablement, ont ajouté un 4e « je crois ». Cette extension ne semble pas se justifier dogmatiquement aujourd’hui, même si en son temps elle était basée sur des raisons réelles. Car elle crée aujourd’hui un comme « 4e Article », et transforme une confession trinitaire en un texte « quaternitaire. »

        b. Il faudrait réduire les autres variantes , de fait inutiles comme :  il(s’)assied/ il est assis ; il viendra de là / de là il viendra ; Le Saint-Esprit / l’Esprit saint, selon ce que nous en avons dit plus haut.

 

D.  PROPOSITION D’HARMONISER LE TEXTE DES CONFESSIONS DE FOI
      EN FRANCE ET DANS LA FRANCOPHONIE

1. Propositions d’action

      POUR LE SYMBOLE DES APÔTRES

      Je résumerais les analyses et propositions émises ci-dessus en formulant les propositions suivantes, et en appelant les Présidents des différentes Eglises à les étudier et à les mettre en oeuvre :

1. Etudier l’origine de cette variante réformée française, étendue aux Pays-Bas et à la Hongrie

2. Constater que la liturgie de Calvin de 1542, le Catéchisme de Heidelberg, les liturgies et
    recueils de cantiques réformés allemands ne la contiennent pas.

3. Constater que cette variante n’a pas de justification aujourd’hui et qu’on peut la supprimer

4. Voir à harmoniser le texte entre protestants francophones.
        Cela concerne particulièrement l’Union des Eglises Luthérienne et Réformée d’Alsace-
    Lorraine, et la Fédération Protestante de France, et conséquemment les Eglises
    francophones dans le monde.

5. Voir à faire de même avec les Catholiques romains et les Orthodoxes en France

6. Informer les différentes instances responsables, les pasteurs et les célébrants du culte.

7. Corriger les livres de liturgie et les cantiques dans ce sens.

        POUR LE SYMBOLE DE NICEE-CONSTANTINOPLE

1. Voir à harmoniser le texte entre Catholiques romains, Protestants et Orthodoxes.

2. Diffuser ce texte aux instances responsables, en particulier aux pasteurs.

3. Corriger les liturgies et recueils de cantiques.

2.  Proposition d’un texte possible pour le Symbole des Apôtres:

        En fonction des analyses et mises au point faites ci-dessus, il semble qu’on pourrait proposer à l’étude le texte suivant :

Je crois en Dieu, le Père tout-puissant,
créateur du ciel et de la terre.

Et en Jésus-Christ,                               ou : Je crois en Jésus-Christ
son Fils unique, notre Seigneur,
qui a été conçu du Saint-Esprit
et qui est né de la Vierge Marie.
Il a souffert sous Ponce Pilate,
il a été crucifié, il est mort, il a été enseveli,
il est descendu au royaume des morts / aux enfers.*
Le troisième jour, il est ressuscité des morts,
Il est monté au ciel,
Il siège à la droite de Dieu,
Le Père tout-puissant ;
De là il viendra pour juger les vivants et les morts.

Et au Saint-Esprit,                                ou: Je crois au Saint-Esprit       
la sainte Eglise universelle,
la communion des saints,
la rémission des péchés,
la résurrection des morts / la chair*
et la vie éternelle.
Amen.

* Ces deux points : « enfers / Royaume des morts », et « chair / morts » devraient aussi
être abordés, cette fois dans l’optique d’une modernisation de la formulation. Sur ce point, les Allemands, catholiques, protestants et orthodoxes, ont fixé un texte nouveau :  « hinabgestiegen in das Reich der Toten – descendu au royaume des morts » et « die Auferstehung der Toten – la résurrection des morts. »

         Bien entendu, il faudrait réunir des Commissions compétentes, réunissant les protestants, d’une part, et ceux-ci avec les catholiques et les Orthodoxes, d’autre part.

 

      Destinataires

Yves KELER                                                             Bischwiller,  le  20.11.2006
23a, rue de Hanhoffen, 67240 BISCHWILLER              tél: 03.88.63.19.54.      
Email Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.                    .                                                         .
Site : www.chants-protestants.com           .                                                         . 
                                                                                                                      
                                               à      

            Courrier adressé à :      

         Mr Jean-François Collange,       Président de EpCAAL
         Mr Geoffroy Goetz,                  Président de EpRAL
         Mr Marcel Manoël,                   Président de l’ERF
         Mr Jean Tartier                       Président de l’EELF
         Mr Jean-Arnold de Clermont,    Président de la FPF
.                                                                                                                       . 

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