« Pasteur Yves Kéler, retraité de l'Eglise de la Confession d'Augsbourg d'Alsace
et de Lorraine (ECAAL)/Union des Eglises Protestantes d'Alsace et de Lorraine (UEPAL)
»

*1939 - † 2018

 

 E.04. AVORTEMENT ET HOMOSEXUALITE

Ce texte est un courrier des lecteurs adressé en son temps au Messager  

Yves Kéler                                      Bischwiller, le 22.12.04
23a, rue de Hanhoffen
67240 Bischwiller
03.88.63.19.54

             à                                       Le  Messager 
                                                      4, rue Gustave Doré
                                                      67000 STRASBOURG

 

Objet : Avortement et Homosexualité,
            de droite, de gauche ou de la foi ?

 

                      Chers amis,

          Le Messager en particulier et la presse en général ont publié beaucoup d’articles, souvent bien faits, à propos des élections américaines et des chrétiens évangéliques de ce pays. La façon dont ces groupes, et les Eglises importantes que certains forment, sont présentés fait comprendre qu’ils sont opposés à l’avortement et à l’homosexualité, et que ces opinions caractériseraient les « protestants de droite ». Par ailleurs, on vient de commémorer les trente années d’application de la loi Veil sur l’interruption de grossesse. J’ai fait partie en son temps du Conseil de la Fédération Protestante de France, et ai, avec mes collègues, signé le texte de la Fédération qui approuvait l’application de cette loi, placée dans le cadre d’une hétérosexualité normale, texte par lequel nos Eglises sont toutes engagées. Or il ne semble pas que nos Eglises font partie du protestantisme « de droite » ou « intégriste ». A ce titre, je voudrais dire ceci :     

             1. L’opposition à l’avortement et à l’homosexualité fait par principe partie des positions du protestantisme, comme du catholicisme et du christianisme en général. Il faut donc mettre les choses au point . L’avortement est un acte grave, considéré comme un crime, et non un délit, par les législateurs des pays démocratiques, punissable lourdement en cour d’assises. La loi française de 1920 qui dit cela n’a jamais été abrogée. Les suites pénales de l’avortement, prévues par cette loi, sont suspendues par la loi Veil, pour un avortement fait dans les conditions légales prévues, dans le cadre d’une assistance sociale et personnelle précise, et après l’avis d’une commission chargée d’étudier les différents aspects du problème de chaque personne. C’est cela que le Conseil de la Fédération protestante a approuvé, et pas l’avortement par principe, ou l’avortement comme simple moyen anticonceptionnel. Pour ce dernier problème, il y la pilule, usage que la Fédération a également approuvé, au contraire de l’Eglise catholique, qui rejette la contraception.
                     
             2. L’homosexualité est considérée par toutes les branches du christianisme, et par toutes les grandes religions, comme une anomalie sexuelle, l’union sexuelle normale de deux êtres humains étant hétérosexuelle, comme d’ailleurs celle des animaux sexués. Laissons de côté les exceptions qui confirment la règle. De même, le mot de mariage, monogamique ou polygamique, n’a jamais été compris par aucune société ou religion autrement que comme hétérosexuel. Pour les autres sortes de relations sexuelles, il y a d’autres mots. La Bible, en tant que témoin de la volonté de Dieu vécue dans diverses sociétés : juive, chrétienne ou païenne, est claire là-dessus. Tout le débat est résumé par St Paul dans Romains 1. C’est sur cette base scripturaire et doctrinale que les quatre Eglises Luthériennes et Réformées de France et d’Alsace-Lorraine ont décidé que le « mariage homosexuel » ne serait pas célébré chez elles et que les homosexuels ne pouvaient pas y être reçus comme pasteurs.

             Si on trouve aujourd’hui des gens pour approuver l’avortement ou l’homosexualité par principe et qui se disent protestants, c’est qu’en fait ils ne le sont pas ou plus ! Ils sont dans l’air du temps, et adoptent le point de vue de la société qui les entoure. Or le rôle des croyants et des Eglises n’est pas d’approuver la société et ce qui s’y passe, mais d’y vivre et d’y prêcher un message de vérité et d’amour. Ni d’approuver un gouvernement parce qu’il est le gouvernement. Dans ce piège étaient tombés les « Deutsche Christen », qui avaient approuvé les lois raciales ou répressives de Hitler.

            Alors on entend dire : «  Mais, vous manquez d’amour envers les autres ! » , ou encore : « on ne peut pas juger les gens ! ». La vérité n’exclut pas l’amour, bien au contraire, mais elle exclut qu’on approuve l’erreur, et demande qu’on s’en repente, dans un esprit de pardon et de soutien du faible. L’amour n’est pas contraire à la vérité, car il suppose la miséricorde, la compassion même, envers ceux qui souffrent, fût-ce de leur faute. L’amour suppose aussi le droit à l’erreur pour les pauvres pécheurs que nous sommes, mais n’oblige pas à considérer l’erreur comme la vérité. Au contraire, il exige « beaucoup de ceux qui ont beaucoup reçu », et leur aide envers les autres. Sinon pourquoi toutes nos œuvres diaconales ? Ce n’est certainement pas aimer les autres que de trouver normales les erreurs et les fautes dans lesquels ils se laissent attirer et tombent. Leur dire qu’ils filent un mauvais coton , et les aider à sortir de leur situation et à devenir plus que ce qu’ils étaient, est le début de toute cure d’âme et de tout progrès des personnes. Etre « gentil avec les gens », sous le prétexte de ne se brouiller avec personne, n’a jamais conduit à la solution des problèmes.
                                                                                 
              3.  Le protestantisme a pour référence doctrinale fondamentale la Bible, et pour règle d’action l’amour de Dieu, qui est amour et vérité, et celui du prochain. Les problèmes se discutent et se résolvent sur cette base, et pas sur le  consentement à l’erreur doctrinale et au laisser-aller moral. Ces deux derniers comportements sont ceux de la société, et de l’Etat qui la dirige, lesquels définissent la liberté comme le droit de faire ce que je veux aussi longtemps que je ne dérange pas les autres. Cette définition ne renvoie ni à la vérité, ni à l’amour. Les chrétiens définissent la liberté comme le droit de faire ce qu’il faut pour que le bien, c’est-à-dire cette vérité et cet amour si essentiels, puissent s’exercer, dans un projet pour que les hommes vivent mieux.     

           Dans cet esprit, le gouvernement canadien, par exemple, qui a légalisé le mariage homosexuel, a fait savoir aux Eglises et autres organisations religieuses qu’elles n’étaient pas tenues d’approuver cette décision et de bénir de telles unions, contraires à leurs disciplines. Ce que le gouvernement français a aussi rappelé à tout le monde à propos de la loi anti-propos homophobes ou racistes : les opinions ont le droit de s’exprimer, mais pas l’injure. De la même manière, il n’est pas interdit de parler contre l’avortement. Ce qui l’est, c’est d’attenter aux personnes ou aux lieux où l’interruption de grossesse est pratiquée. On a donc bien le droit de prêcher librement contre ce qui est contraire à l’évangile, à condition qu’on n’attaque pas des personnes, ce qui n’est rien de nouveau. Aujourd’hui on confond d’ailleurs racisme et homophobie, deux choses qui n’ont aucun rapport. Le racisme est un problème de race, donc de donné inné : personne n’est fautif d’être né alsacien ou chinois ! Alors que l’homosexualité est un comportement acquis, contre lequel on peut s’élever de la même manière que contre la prostitution, la pédophilie, la zoophilie et j’en passe. Si donc l’Etat lui-même nous laisse libres d’être nous-mêmes, soyons-le.

 
           On est donc sorti du débat sur le protestantisme de droite ou de gauche, ce qui ne veut pas dire grand-chose, mais on est dans le débat : dans le protestantisme ou non, c’est-à-dire dans cette fidélité exigeante à la parole d’un Dieu qui n’est pas là pour me faire plaisir « dans ce monde, mais pour que je n’y périsse pas ». Pour en revenir aux protestants américains, on n’est pas obligé de partager la théologie souvent étroite, simpliste ou nationaliste de certains groupes. Car il y a aussi des Eglises tout à fait remarquables aux U.S.A, qui ont des facultés de théologie réputées et font beaucoup pour beaucoup de gens. Mais si les protestants américains, de quelque tendance qu’ils soient, sont opposés à l’avortement et à l’homosexualité, sur ce point-là ils sont tout bonnement protestants. Comme nous !

 

 

 

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