« Pasteur Yves Kéler, retraité de l'Eglise de la Confession d'Augsbourg d'Alsace
et de Lorraine (ECAAL)/Union des Eglises Protestantes d'Alsace et de Lorraine (UEPAL)
»

*1939 - † 2018

 

Liturgie réformée

LA LOI et les REPONS à la LOI   

Quels répons faut-il employer après la lecture de la Loi, dans le culte réformé actuel ?

A.  Rapide historique de l'emploi de la Loi

        La lecture de la Loi faisait partie, au début, du culte réformé. On la trouve déjà dans la liturgie de Calvin de 1543, sous la forme chantée « Lève le cœur, prête l'aureille », dont le texte est de Clément Marot 1541, et la mélodie de Loys Bourgeois 1547. Ce chant est dans la première édition du Psautier de Genève de 1541, sous le titre « Les Commandemens ». De cette appellation est né le nom de la mélodie de bourgeois : »Mélodie des Commandemens » On chantait la Loi plus particulièrement aux quatre dimanches de Ste Cène, comme liturgie pénitentielle préparant à la Cène.

         Plus tard, à la fin du 17e Siècle, des modifications apparurent dans la liturgie de Calvin. A cette époque apparaît aussi dans les livres de piété ou de cantiques, réformés comme luthériens, « l'examen de conscience », qu'on faisait avant le culte, ou même la veille au soir.

Au début du 19s Siècle, les liturgies réformées classiques, qui s'étaient maintenues en gros durant le temps des persécutions, subirent de profondes modifications à cause de l'irruption des courants « modernes », le rationalisme et son contraire, le piétisme, qui vinrent s'ajouter au calvinisme classique, qui prit le nom d'orthodoxie. Cette variété, de fait ce désordre, apparaît très clairement si on étudie les livres de cantiques du 19e Siècle ;

      La liturgie de Bersier et Louange et Prière

Bersier reconstitua la liturgie réformée et lui rendit un ordre cohérent, qui a trouvé sa place dans « Louange et Prière » de 1938. Bersier, pasteur de l'Etoile à Paris, établit en 1874 une « liturgie réformée », dont Mlle Hollard, sa belle-sœur, composa les mélodies. L'idée naquit de pourvoir la lecture de la loi d'un répons, comme d'autres parties du culte. On appela ces répons des « Chants spontanés », ou « Spontanés » tout court. C'est ainsi que Mlle Hollard mit en musique le « O Dieu, ta loi est sainte ».

      La liturgie pénitentielle fut établie en trois étapes :

      connaissance du péché :lecture de la loi,
                                        selon la parole de St Paul :Rom 3/20 :
                                        par la loi vient la connaissance du péché
      aveu du péché :           confession des péchés
      pardon du péché :        paroles de grâce
                                        déclaration du pardon

        Avec les répons préparés par Bersier, l'ordre adopté à l'époque fut donc :

           Loi  +  « O Dieu, ta loi est sainte »
           Confession des péchés  +  « Seigneur, du fond de ma misère »
           Paroles de grâce et déclaration du pardon  +  « Oh ! qu'heureux est celui ».
 

B.   La réponse à la question des répons dépend du plan de la partie pénitentielle

1.  Si on garde le plan réformé classique, les deux répons :
 
     LP 505  O Dieu, ta loi est sainte, de Mlle Hollard
     LP 537  O Dieu, ta loi est juste et bonne

sont excellents.

        Ces deux chants supposent le plan suivant du culte :

A. Entrée, avec Psaume
B. Partie pénitentielle
             
    Loi :          conscience du péché
                    connaissance de la volonté de Dieu , 
                    selon St Paul
                    examen de conscience
                                      
             Répons : LP 505  O Dieu, ta loi est sainte
                           LP 537  O Dieu, ta loi est juste et bonne

    Confession des péchés :        aveu du péché
             Répons : LP 506 = Ps 130 : Seigneur, du fond de ma misère
                                                     (6e Ps pénitentiel)
                           LP 508 = Ps 13   : Mon Dieu, je n'espère qu'en toi
    Paroles de grâce et Déclaration du pardon :       pardon du péché      
             Répons : LP 511 = Ps 103 : Oh qu'heureux est celui  
                                                     (Ps de l'absolution)
                           LP 512 = Ps 101 : Dieu tout-puissant, dont la grâce

C. Lecture de la Bible : 

                    (Credo)
                    Prière d'illumination
                    Lectures

      Or on est sorti depuis les années 1960 de ce plan classique

      Les livres de cantiques récents : NCTC 1979et ARC 1989 éludent la question. Ils ne parlent plus de la Loi dans la rubrique « Liturgie ». Le nouveau livre de cantiques  "ALLéluia" 2005 fait de même: il ne parle pas de la Loi dans la suite des répons, et dans le plan du culte, il place la Loi avant la confession des péchés, mais sans répons. Autrement dit, aucun livre récent, ni aucun ordre cohérent actuel ne répond à la question dans le culte réformé.

2.      Si on sort de ce plan, et qu'on veut placer la Loi après la pénitence et le pardon,

 celle-ci prend un autre caractère : on invoque actuellement pour ce faire l'idée que la Loi est « chemin de vie », plutôt que rappel du péché commis. ( Pourquoi pas, encore que je n'ai jamais entendu dire que la Loi ne serait ni l'un ni l'autre. Si on dit : « Ecoutez comment Dieu veut être servi », c'est pour dire que la Loi est le mode d'emploi de la vie chrétienne et pas le code pénal du Seigneur ! ) Mais dans ce cas, la loi ne peut plus être suivie des deux répons habituels qui supposent que la pénitence suivra. Or là, il n'y a pas de texte convenable à ma connaissance.

     Ps 116/7 LP = Ps 116/ 6 ARC  est bon.
                          Peut se poser le problème de la mélodie. En fait, celle-ci est facile et les gens la sauront rapidement.
     
      Ps 119/1 ne parle pas de la loi, et pose de nouveau la difficulté de la mélodie.

     Personnellement, je préfère le Ps 116, bref mais clair. Il ne rappelle pas la pénitence, il ouvre sur la suite du culte.

B.       A mon avis, deux solutions sont possibles :

       1. On garde l'ancien plan de la pénitence, théologiquement juste.

        Il suppose une vraie confession des péchés, claire et pas verbeuse comme on en entend trop, et une parole de grâce claire, suivie d'une déclaration non moins claire du pardon, le tout dans un rythme concis et allant. Beaucoup, dans le caractère pénible des choses du culte, tient à l'exécution des choses. Ce qui est le plus néfaste, c'est le style ampoulé ou écrasé, ou encore badin ou délayé. Or la liturgie pénitentielle se fait naturellement, clairement, avec décision, et évidence : qui ne trouve pas évident d'être un pécheur ? Et d'entendre que Dieu lui pardonne ? Le reste est du psychologisme, et n'a pas sa place ici.

        La succession :   Loi =                        conscience du péché
                                Confession =             aveu du péché
                                Grâce et absolution =  pardon du péché

est objective et fonctionne très bien, si on suit l'intention de ceux qui l'ont créée : passer de la conscience de son péché à la libération de la faute. On reste pécheur, mais on est délivré du poids de ce péché. Dans l'ancienne liturgie réformée, on se levait pour chanter le « Oh ! qu'heureux est celui ». Je me souviens de la puissance de ce chant, qui exprimait cette libération !

        2.   On place la loi après la pénitence :

        a.  Là je verrais un Gloria in excelsis : Gloire soit à Dieu, selon la vielle tradition de la messe et du culte luthérien, qui achève la partie pénitentielle et préparatoire par ce Gloria, avant de passer à la prière et aux lectures :

        LP 538 : Gloire soit à Dieu, de Greiter 1525 est inadapté, car sa musique suppose qu'on chante le Laudamus après. Tel quel, il reste en l'air.
        LP 514 : Gloire soit à Dieu, de Bach, est également inadapté, étant musicalement sans rapport avec le reste du culte. Je crois que cette pièce sort d'une cantate, et perd de ce fait son contexte musical et « scénique ».

        Le seul que je verrais, de Spangenberg 1545, n'est pas imprimé dans les livres français. Dommage, c'est le meilleur des trois.

        b.  Ou bien placer des extraits de Psaumes :

        Ps 116/7 LP = Ps 116/6 ARC me paraît bon, pour les raisons que j'ai dites plus haut : ce texte ouvre sur la suite du culte. 
        Ps 119/1 me paraît vague et sans vrai caractère à cet endroit

        c. Ou bien ne rien placer après la Loi

        Laisser un bref instant de silence et passer à la prière et aux lectures, en changeant de ton,  par un simple : « Prions », dit clairement, qui fait comprendre qu'on passe à autre chose. Cela fait de la Loi une transition vers les lectures de l'A.T, Epître et Evangile. Elle devient le socle vétérotestamentaire de la Bible, issue de la réflexion sur la sortie de l'Egypte et l'alliance du Sinaï.

C.    En conclusion :

        Si on déplace une pièce du culte, il faut restructurer les éléments pour leur faire retrouver un nouvel équilibre, afin que la dynamique du culte demeure et ne soit pas entravée. Pour cela, il vaut mieux à tel endroit de transition laisser tomber le répons, si on n'a rien de correct à proposer, que d'encombrer avec un chant sans intérêt ou « in-cohérent » avec le reste du culte.  

        De ce fait, selon le choix fait, on aura deux solutions différentes :

1. le plan classique, avec ses trois parties et ses trois répons
2. le plan non classique, avec ses trois parties et seulement deux répons liturgiques,
                                       et après la loi :   rien
                                                       ou : Ps 116/7
                                                       ou : Gloria, avec mélodie adaptée

 

                                                                         (Yves Kéler, 20.10.2005)

 

 

 

 

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