Yves Kéler                                                           Bischwiller, le 7.12.2001
23a, rue de Hanhoffen,                                                                      03.88.63.19.54   
67240 BISCHWILLER                      

                     à Monsieur l'Inspecteur Ecclésiastique de Brumath,
                                     
              et aux autorités de l‘Eglise, ECAAL  ( et éventuellement  ERAL ).
                     

               Objet :    LE CULTE PUBLIC DE NOS EGLISES PROTESTANTES,
                                     LES SACREMENTS ET LES CASUELS.

 

                        Monsieur l'Inspecteur

le culte public du dimanche et des fêtes est un des éléments constitutifs de l'Eglise. De même les sacrements et les casuels, eux aussi actes publics. Depuis des années, je travaille les pro- blèmes du culte et les sacrements qu'il englobe, baptême, Sainte Cène et pénitence, et les li- turgies, chants et prédications qui y sont associés. Je l'ai fait dans le cadre des paroisses que j'ai conduites. Dans le même temps, j'ai observé autour de moi l'évolution du culte et le tra- vail qui se fait ailleurs. Suite à ce travail et à cette observation, je constate, comme tout le monde, que le culte protestant en Alsace-Lorraine depuis 40 ans a beaucoup changé.

A.  On a recherché plusieurs choses :
 
1. rendre le culte plus chaleureux, plus convivial, moins «  faussement «  solennel.
2. changer le vocabulaire et les tournures vieillies héritées des diverses couches du
    passé.
3. changer l'ordre du culte, pour aérer et simplifier.
4. introduire plus de français à côté de l'allemand, pour tenir compte de l'évolution
    linguistique dans les trois départements.
5. faire participer plus activement les laïcs, adultes et enfants.

B. Les résultats de cette recherche sont très inégaux d'une paroisse à l'autre. Sans
     tomber dans une généralisation facile, on peut constater les faits suivants :   
    
 
1. on a effectivement obtenu plus de convivialité et de cordialité, mais au détriment d'
      une bonne solennité.
2. on a beaucoup changé les façons de parler, mais souvent introduit du verbiage, ou 
      des textes sans intérêt, des répétitions inutiles.
3. on a beaucoup modifié l'ordre du culte, mais souvent en supprimant la liturgie, 
      partiellement  ou complètement, en remplaçant les chants liturgiques par des 
      strophes de chants le plus souvent inappropriées, en faisant se succéder les
      parties  n'importe com- ment. On a obtenu ainsi beaucoup d'incohérence.
               
      Voici quelques exemples vus dans diverses églises en 2001:      

    - Psaume, terminé par un Amen du pasteur + Prière collecte, terminée par un 
      Amen du pasteur  +  Chant du « Gloire soit au Père » , en l'air, annoncé comme 
      un cantique !  
 
    - Confession des péchés annoncée en allemand, dite en allemand, sans Amen. 
      Sans transition, on passe au français, qui se termine par : par J.C, ton Fils,...
      Amen, dit par le pasteur. Entre cette confession des péchés, annoncée, et cette 
      collecte non annoncée, ni Kyrie, ni Paroles de grâce, ni Gloria, ni salutation ! 
                
    - Cultes d ‘enterrement dans lesquels on ne lit même pas un évangile.

4. on a introduit plus de français, mais, au lieu de traduire et d'adapter nos matériels, on s'est inspiré de modèles liturgiques et hymnologiques de Vieille France, eux- mêmes de mauvaise qualité. Car l'ERF, entre autres, a également abandonné une bonne partie de sa tradition, excellemment fixée dans la liturgie de 1963, et plutôt convenablement dans Louange et Prière, malgré les insuffisances de ce recueil.  
                
      Cela a introduit chez nous:

      a. un grave désordre liturgique, puisque les livres français qu'on a laissé
          s'imposer, NCTC et ARC, ne correspondent pas au plan liturgique et
          hymnologique de nos Eglises, et pour tout dire, ne contiennent aucun plan
          liturgique cohérent, ni pour les textes, ni pour la musique. 
      b. une chute de la qualité des chants, entraînant d'ailleurs une chute très sensible
          de la qualité du chant de l'assemblée. Nos paroisses, réputées naguère pour la
          force de leur chant, offrent souvent le spectacle de troupeaux bêlants !

      De plus, on a supprimé en grande partie le chant et la liturgie allemands, d'un
      niveau nettement supérieur.

5. on a effectivement obtenu une plus grande participation des laïcs, laquelle varie 
    d'ailleurs selon les lieux  et nécessiterait aussi une réflexion.
    

C.  Le constat actuel pourrait se résumer en ces mots :

1. le culte protestant en Alsace-Lorraine est en partie coupé de ses racines:         

    a.  bibliques : culte du Temple et de la synagogue.
    b.  occidentales : culte antique, culte médiéval, culte de la Réforme.
         ( le culte oriental développé à partir du 3e S. ayant eu peu d'effet sur le culte   
           occidental ).

2. le culte protestant a perdu en qualité structurelle, liturgique, méditative, littéraire
3. il a perdu sa cohérence et ne satisfait ni à la raison ni au cœur du croyant

4.  il a perdu en partie sa fonction, n'obéissant pas à la volonté des Réformateurs :  
     amener le croyant à Dieu et laisser celui-ci agir dans sa vie, afin qu'il parvien-  
     ne au salut, selon l'ordre du Christ à ses disciples : Matth 20/ 16-20, Mc 14/15, 
     Luc 24/46-53.

D. Quelles sont les causes de cette situation ?

1.  une ignorance des questions du culte chez beaucoup de pasteurs, qui sont certes
     de bonne volonté, mais manquent de connaissances techniques.
2.  une méconnaissance de cette situation par les directions et les responsables des  
     Eglises, lesquels ne vérifient pas sérieusement les capacités des candidats au
     ministère, et ne vérifient pas non plus ultérieurement ce que font les pasteurs.
3.  une ignorance de ces choses chez les paroissiens, lesquels connaissaient il y a
     trente ans l'ordre du culte, mais ont été déroutés par les initiatives des pasteurs  
     « qui ont toujours raison », et ont fini par se laisser faire. L'impression de   
     passivité, parfois résignée, de l'assemblée qui « subit » le pasteur, me frappe 
     dans beaucoup d'églises.
4.  l'absence d'une liturgie propre à notre Eglise. De tout temps, cela a manqué. 
     Le plus souvent, on a utilisé les liturgies allemandes, en général bien faites, et 
     on a  adopté selon les lieux le modèle Lutherische Agende ou Uniert, type Ba-  
     den. Avec la mutation linguistique et le passage au français dans beaucoup de 
     paroisses, on a quitté le grand corps des Eglises allemandes et on s'est retrouvé 
     en grande partie devant le vide. A part la liturgie  ERF de 1963, déjà citée, et 
     celle de l'ANELF de1983, assez cohérente malgré quelques faiblesses, 
     on n'a pas publié de liturgie complète, ni surtout normative.  Il existe beaucoup
     de choses partielles, mais si l'ordre général du culte n'est pas connu, on
     emploiera ces matériels de façon anarchique .
5.  la désaffection des livres ce chant allemands, RA ou EG, (même pas employés
      dans les pastorales ), dans lesquels les plans des cultes figurent, imprimés avec
      leurs variantes, fait perdre les repères aux pasteurs et aux fidèles. Les livres de
      chants français, déjà cités, ne contiennent aucun ordre liturgique auquel le pas-
      teur ou le paroissien pourrait se référer.
6.   la pente de la facilité et du moindre effort, caractéristique de notre temps, chez
      les pasteurs comme chez les paroissiens y contribue aussi : on ne veut plus se
      lever pour les prières, on reste assis pour l'évangile et la Sainte-Cène. Même
      l'affirmation : au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Amen, est « écou-
      tée » assis ! On ne sait même plus qu'on est devant Dieu !!
7.   le développement, qui découle de tout cela,  d'un tas d'affirmations  à partir de
      l'ignorance et pas de la connaissance me frappe : décisions intempestives et in-
      fondées concernant la liturgie, les sacrements, en particulier les espèces et les
      attitudes et même l'aménagement des lieux.  
     

E. Comment remédier à cet état de choses ?

1.   rendre les différents partenaires conscients du problème.
2.   étudier les questions du culte, des sacrements et des casuels.
3.   proposer une liturgie pour notre Eglise, avec des plans simples mais clairs pour la
      préparation des cultes
4.   mettre à la disposition des pasteurs et des paroisses des matériels : liturgies,
      prières, chants, textes de qualité.
5.   proposer des stages de formation professionnelle pour les pasteurs et les laïcs 
      appelés à diriger les cultes.

F. Conclusion :

Par ce courrier je veux attirer l'attention sur ce problème qui me paraît grave. Mais
je ne voudrais pas me contenter d'une critique non constructive, et du coup stérile. Je suis prêt à collaborer à cette tâche, dans la mesure de mes compétences et de mes moyens, et à faire profiter mon Eglise de mon expérience en la matière.

              
             Recevez, Monsieur l'Inspecteur, mes respectueuses et cordiales salutations, et mes meilleurs vœux d'un Noël béni.    

                                                                       Kéler Yves

 

 

 

Qui Suis-je?

 

Pasteur retraité de l'Eglise luthérienne de la Confession d'Augsbourg d'Alsace et de Lorraine.

 

 

Vous souhaitez me contacter?

KELER Yves

23A Route de Hanhoffen
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Tél. : 03 88 63 19 54
keler.yves@orange.fr

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