« Pasteur Yves Kéler, retraité de l'Eglise de la Confession d'Augsbourg d'Alsace
et de Lorraine (ECAAL)/Union des Eglises Protestantes d'Alsace et de Lorraine (UEPAL)
»

*1939 - † 2018

 

Yves KELER                                                               Bischwiller,    le 11.01.2006
23a, rue de Hanhoffen, 67240 BISCHWILLER                tél: 03.88.63.19.54.                                 
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                                               à                   Mr le Président de l'ECAAL
                                                                   1a, Quai St Thomas
                                                                    67081 STRASBOURG CEDEX
                                                             .                                                          .

                                                             .                                                          .

                   Objet :  Fixation d'objectifs pour 2006
                               Culte et vie spirituelle du peuple de l'Eglise
                              

                                       Monsieur le Président,

        il semble que la Direction d'Eglise veuille fixer chaque année une série d'objectifs à réaliser pour assurer la vie de l'Eglise. Au vu de diverses propositions faites dans les années passées, un point central est quasiment absent des préoccupations des responsables de l'Eglise : le culte, dans ses diverses manifestations : dominical, de semaine, de casuels, et la vie spirituelle qui l'accompagne : étude de la Bible, formes de prière, formes liturgiques, etc...

a.  La situation   

        Le culte a été quasiment oublié depuis une génération. On a abandonné aux pasteurs son organisation et sa structuration.. De ce fait, on y voit faire le meilleur et le pire. Personne ne semble s'inquiéter des connaissances des pasteurs, ni des matériels qu'ils emploient : liturgies, livres de cantiques, ni des langues qu'on pratique. Ni du fait que beaucoup de pasteurs, par ignorance ou commodité, imposent aux paroisses des façons de faire erronées et dommageables. On laisse tout simplement faire n'importe quoi, que ce soit bon ou mauvais.

        Pour ce qui est de la vie spirituelle, le constat est moins dur. Beaucoup a été fait dans le sens des études bibliques, des réunions de prière, mais dans beaucoup de paroisses on voit peu se faire.
 
        La situation est réellement préoccupante. L'état de dégradation du culte est grand, et je pense que c'est une des raisons de la faible fréquentation des cultes : que vais-je faire dans cette galère, se disent certains ? Ce n'est pas une boutade, c'est ce que quelqu'un m'a dit. La mauvaise image actuelle du protestantisme est entretenue par le spectacle ridicule ou sinistre des cultes, enterrements ou mariages dans nos églises.

        Assurant un certain nombre de remplacements de pasteurs à travers l'année, je suis frappé des doléances que les gens expriment, le plus souvent spontanément. Les fidèles se plaignent beaucoup de cette situation, mais on ne semble pas les entendre. Ils se résignent à subir, ne pouvant trouver d'oreille et d'aide. Il faudrait écouter la plainte des gens du peuple des croyants, et ne pas attendre que le dernier se retire sur la pointe des pieds.

b.  Les causes

        J'en vois trois principales :

        1.  L'ignorance des pasteurs : il est clair, quand on assiste à la plupart des cultes, que beaucoup de pasteurs ne connaissent pas les questions du culte, théologiquement et pratiquement.   

        2. La négligence des facultés de théologie et des directions d'Eglise : les facultés prétendent que la liturgique et l'hymnologie ne sont pas de leur ressort. Pourtant, ce sont des branches éminentes de la théologie pratique. Et la Bible est truffée de références au culte, qui est un des lieux de vie de la communauté. Du simple point de vue scientifique, cette position des facultés n'est pas tenable.

        Les directions d'Eglise ne vérifient pas les connaissances des pasteurs qu'elles engagent. Les quelques stages proposés ne remédient pas à des années de non-apprentissage

        3. Le système de direction des paroisses : on dit : tout cela relève du Conseil Presbytéral. Belle théorie, qui ne prend pas en compte l'ignorance des conseillers, dont ce n'est pas le métier d'apprendre au pasteur à présider le culte. Dans les faits, les responsables présument que le pasteur sait, alors que c'est souvent faux. Du coup, ils le laissent faire, tout en comprenant que manifestement ce qu'il fait n'est pas juste. Un tel système laisse le champ libre au pasteur : s'il connaît son affaire, les choses se passent bien. Mais s'il ne les connaît pas ?

        Une illustration de ce phénomène est la suppression des cultes dans les annexes de nombreuses paroisses : on ne fait plus qu'un culte, une fois dans la paroisse-mère, une fois dans l'annexe, ce qui fait par lieu un culte tous les quinze jours. Sous le prétexte de regrouper les gens ! On oublie que les annexes sont des paroisses, à l'identité propre, qui ont besoin de leur culte, et que le culte dominical, étymologiquement, se célèbre chaque dimanche et jour de fête. Et que les paroissiens n'ont jamais demandé la suppression du culte dans leur paroisse. L'opinion des paroissiens est vite faite : le pasteur est paresseux. Mais comment un Conseil presbytéral peut-il lutter contre un pasteur qui refuse de faire son travail ?

c.   Que proposer ?

        1.  D'abord placer la préoccupation du culte dans les priorités des années à venir. On a laissé les choses se dégrader depuis les années 60, ce qui fait 40 ans. Il faudra des années pour redresser la barre. Autrement dit, il faut commencer dès maintenant.

        De même que notre Eglise a créé avec raison des Etats généraux de la Jeunesse, et que ce travail est un effort à long terme, de même il faudrait prendre cette question au sérieux et mettre en place une instance ouverte à tous, qui étudierait cette question sous ses différents aspects.

        En fait, c'est une question de politique d'Eglise : que voulons-nous : un peuple de protestants confessants ? Une Eglise se définit par le culte qu'elle célèbre, devant Dieu et devant les hommes. Il est une des expressions de la Confession de foi. Ou voulons-nous des mini-groupes en voie de disparition ? Il ne faut pas se leurrer : dans certaines paroisses et dans quelques années, on en sera à la situation de St Nicolas de Strasbourg dans les années 70 : fermer l'église, faute de paroissiens au culte.

        Dans un tableau des objectifs 2006, le culte devrait figurer en 2ème ou 3ème place.

        2.   Revoir la formation des pasteurs, à la faculté, dans les années préparatoires du ministère et dans la formation continue.

        Je pense qu'une position comme celle des facultés de théologie n'est pas défendable à la longue. Le Réveil du début du 19e Siècle à Genève, avec César Malan, Lutteroth, Ami Bost, est né d'une réaction contre l'enseignement libéral et rationaliste de la faculté de théologie. La faculté actuelle n'est peut-être pas dans la même situation dogmatique. Mais dans la pratique, elle est réellement libérale et considère qu'elle n'a rien à dire à personne. Ce qui ne va pas à la longue. Même les théologiens à prétention scientifique n'ont aucune raison d'ignorer le culte. Les Eglises catholique romaine et orthodoxe n'imaginent pas qu'un théologien diplômé ignorerait la célébration correcte de la messe ou de la liturgie. Or nous avons certains docteurs incapables de célébrer une Sainte-Cène correctement.

        De même, la formation exigée par l'Eglise dans le cadre du Pro ministerio est actuellement insuffisante. On remarque un phénomène intéressant : les étudiants qui sortent de faculté sont inconscients du problème et ont le sentiment de savoir, et ne paraissent pas disposés à apprendre autre chose que ce qu'ils savent depuis leur paroisse d'origine. Or là déjà, la génération actuelle est victime de la dégradation entamée après 1960. On a affaire à la 2ème génération victime du processus.

        Il en va de même pour la formation continue : on n'estime pas que le pasteur a le devoir d'apprendre et d'améliorer sa pratique. Une véritable formation professionnelle reste à mettre en place.

        3.Revoir le problème de la direction des paroisses et du contrôle de l'action cultuelle du pasteur. 

        Il est clair que le système du Conseil presbytéral censé régler ces questions ne fonctionne pas. Ces questions théologiques et techniques dépassent les laïcs. Ce qui ne signifie pas qu'ils n'auraient rien à dire.

        En résumé de ces trois points:

         Je propose qu'on crée une instance, dépendant de l'Inspecteur ecclésiastique, qui s'occuperait de suivre ces choses. On pourrait créer des groupes de travail et de suite des questions, en employant des pasteurs en activité et des retraités dont la compétence est reconnue, et des professeurs de la faculté, en activité et retraités, ainsi que des lecteurs compétents. Pour constituer ces groupes, un appel large aux pasteurs et aux laïcs permettrait de dégager des compétences ignorées, qui ne demandent qu'à être utilisées.

         Une instance au niveau général de l'Eglise, sous la forme d'une émanation des commissions de Liturgie et d'Hymnologie pourrait mener l'ensemble.

d.   En conclusion : objectifs et finalités

        Les objectifs, comme le mot l'indique, sont des programmes matériels qu'on veut réaliser. Dans le but de viser une finalité, qui est la raison d'être de toute l'action. Quelle est la finalité d'une Eglise ? Elle est double :

        a. rendre à Dieu le culte qui lui est dû, et qui convient à sa gloire 
        b. faire que les fidèles puissent atteindre le Royaume de Dieu

        C'est la vocation de l'Eglise protestante, laquelle s'exprime dans le culte qu'elle célèbre.

                            Vous remerciant de votre attention, je vous prie d'agréer, Monsieur le Président, l'expression de mes respectueuses salutations.                  

                                                                           Kéler

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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