« Pasteur Yves Kéler, retraité de l'Eglise de la Confession d'Augsbourg d'Alsace
et de Lorraine (ECAAL)/Union des Eglises Protestantes d'Alsace et de Lorraine (UEPAL)
»

*1939 - † 2018


1er Dimanche après Noël

Dimanche 26 décembre 2010

Siméon

Matthieu  23, 34-37

I
Nous venons de fêter Noël qui est pour beaucoup de gens avant tout la fête de la paix et de la joie. Nos chants de Noël profanes et religieux chantent l’amour, la réconciliation, le pardon, la paix, la douceur, la tendresse. Le divin enfant n’est-il pas venu pour ouvrir nos cœurs à l’amour divin ?
Alors le contraste est rude, même plus, il est choquant : dans le texte de ce jour Jésus, le divin enfant de la nuit de Noël, professe des paroles d’une extrême violence, des paroles qui ne laissent aucune porte ouverte à la moindre étincelle d’espérance… Quel choc pour nous qui avons les yeux encore pleins des lumières de la fête et la tête déjà tournée vers les préparatifs du réveillon de Nouvel An avec là aussi tout plein de vœux de bonheur, de paix et de joie !

Dans le passage de l’évangile de Luc qui a été lu juste auparavant, ce que le vieux Siméon dit à Marie et Joseph au sujet de la destinée de leur fils Jésus il n’est déjà pas question de paix, bien au contraire. Siméon, qui parle comme un prophète, annonce des événements douloureux pour Marie et Jésus. Ce matin, avec ce passage de l’évangile de Matthieu, nous en plein dedans, surtout si nous lisons ce chapitre 23 en entier !

II
Tout au long de l’exercice de sa mission Jésus a constamment eu à affronter les prêtres, les scribes et les pharisiens : c’étaient les piliers et les défenseurs de la religion en place. Chacun dans sa fonction et à sa manière, prêtre, scribe et pharisien, veillait à ce que personne ne vienne troubler le bon déroulement des choses par la transgression des règles ou la contestation de la tradition. Les prêtres étaient membres d’une caste héréditaire : tous issus de la tribu de Lévi, ils étaient prêtres de père en fils : ils veillaient à la bonne pratique et au respect des rituels. Les scribes venaient de toutes les couches sociales et suivaient de longues années d’étude des Écritures et des enseignements des grands maîtres de religion, avant d’exercer : ils enseignaient la bonne doctrine et veillaient à sa mise en pratique par les gens. Les pharisiens étaient les membres d’une confrérie de croyants zélés désireux d’être parfaits aux yeux des hommes et de Dieu. Beaucoup d’entre eux étaient également scribes et maîtres de religion. C’étaient les plus scrupuleux parmi les gardiens de la bonne religion ! Ils étaient tellement obnubilés par l’observance des règles religieuses par peur de se rendre coupables ou impurs aux yeux de Dieu, qu’ils en arrivaient à se crisper sur un petit détail, comme si tout dépendait de ce seul détail ! Et gare alors à ceux qui ne respectaient pas ce détail en question de façon absolument identique : il était déclaré ennemi de Dieu et passible de châtiments parfois extrêmes. Scribes et pharisiens étaient souvent accusés d’hypocrisie parce qu’ils faisaient plus de discours que d’actes concrets et exemplaires. Pourtant les pharisiens étaient pleins de zèle et soucieux de bien faire : mais à force de vouloir trop bien faire, ils en venaient à ne plus voir que les petits détails des règles et traditions au point d’oublier que Dieu avait donné les commandements comme « paroles de vie »… et ce faisant, ils en venaient même à oublier Dieu ! Quand une tradition, si bonne soit-elle au départ, perd sa référence première, elle tourne à vide et n’est plus porteuse de vie.

C’était là le principal enjeu des discussions et des affrontements entre Jésus et les gardiens de la bonne religion : montrer aux gens le chemin vers le Dieu d’amour et de vie, leur ouvrir chaque jour à nouveau le chemin de l’espérance, du pardon et de la joie de Dieu. Ce faisant, Jésus est dans la droite ligne des patriarches et des prophètes venus avant lui de la part de Dieu pour raviver dans les cœurs la parole de vie.

III
À présent, au terme de sa mission, avant le dernier acte qui sera sa Passion, Jésus ne peut que constater que prêtres, scribes et pharisiens ont le cœur endurci et s’obstinent à maintenir le peuple dans la servitude de traditions rigoureusement figées. Dans leur endurcissement, ils s’aveuglent et se trompent eux-mêmes : croyant servir la cause de Dieu, ils en viennent à être eux-mêmes pour les autres des obstacles sur chemin vers Dieu ! Comme les prophètes avant lui, Jésus souffre de cela et laisse éclater sa douleur et sa colère : prêtres, scribes et pharisiens se jettent d’eux-mêmes sous la rigueur du Jugement, ils causent par eux-mêmes leur égarement et leur perte. Au terme de leur endurcissement, il y a la mort : leur mort spirituelle, la mort aussi pour quiconque ose se dresser face à eux pour proclamer la parole de vie qu’ils ne veulent et ne peuvent plus entendre ! Par leur endurcissement ils se font complices de tous ceux qui avant eux, ont déjà éliminé par la violence les justes qui témoignaient de la parole de vie : complices et donc coupables, depuis le meurtre d’Abel, le premier juste assassiné par jalousie meurtrière, jusqu’au meurtre de Zacharie fils de Barachie  ou Joïada, le dernier juste assassiné en plein sanctuaire ! La violence des paroles de Jésus est l’expression de la souffrance de son amour désespéré pour le peuple de Dieu et ceux qui avaient mission de le guider sur le bon chemin.

IV
Et maintenant, en quoi tout cela nous concerne-t-il ? Nous, nous croyons en Jésus, nous faisons partie de l’Église, nous sommes venus au culte ce matin… Jésus s’en est pris aux prêtres, aux maîtres de religion et aux pharisiens, pas aux simples gens : ce chapitre de l’évangile ne serait-il pas plutôt pour les prêtres, pasteurs, professeurs de théologie, catéchètes et autres gens engagés dans l’Église ? Il y aurait parfois à redire et à critiquer chez eux ! Et ce n’est pas nouveau : l’histoire de l’Église est riche en mauvais exemples que Jésus aurait vertement apostrophés. Oui, ces paroles dures de Jésus sont toujours d’actualité. Mais seulement pour les ministres de l’Église ? Tout un chacun est ministre de l’Église, nous a appris l’apôtre Paul, nous sommes un peuple de prêtres. Alors, sincèrement, ces paroles de Jésus passent-elles si loin que ça de nous ? Qu’est-ce qui est l’essentiel de la foi pour chacune et chacun d’entre nous ? Ne sommes-nous pas nous aussi, dans notre pratique religieuse, fascinés et obnubilés par bien des détails, des traditions, des façons de faire qui en fin de compte nous font rater l’essentiel ?

Nous venons de fêter Noël, laissons Jésus entrer chez nous sans préalable !

A titre d’exemple une anecdote. Un jeune pasteur arrive dans sa nouvelle paroisse. Quelques mois après, un conseiller lui fait remarquer que le vieux père Gaston, un fidèle du culte, ne va plus à la sainte Cène depuis la venue de ce pasteur. Y aurait-il un problème ? Le pasteur va voir le père Gaston. « Mr. Le pasteur, vous falsifiez la Bible ! C’est pour ça que je ne peux pas communier avec vous ! »… Après discussion l’accusation de falsification de la Bible est éclaircie : le jeune pasteur utilise une version récente de la Bible, alors que pour le père Gaston seule l’ancienne version était vraie parole de Dieu ! Durant trois mois il s’était privé de communion et en avait souffert. Et cela, pour un « détail » de traduction de la Bible en langage plus compréhensible aujourd’hui !   AMEN.

Pasteur Marc WEISS, La Robertsau


Propositions de chants.

ARC : 374 –  364 - 361 - 453 après la prédication.
AL : 32/08 –  32/10  – 32/02 – 32/34 après la prédication.
NCTC : 179 –  174 - 213 - 176  après la prédication.

¼ - Service des Lecteurs – SL – 55 – 26.12.2010 – Marc WEISS

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