« Pasteur Yves Kéler, retraité de l'Eglise de la Confession d'Augsbourg d'Alsace
et de Lorraine (ECAAL)/Union des Eglises Protestantes d'Alsace et de Lorraine (UEPAL)
»

*1939 - † 2018

 

Miséricordias Domini

Dimanche 6 avril 2008

Le bon berger

Hébreux 13,20-21


Série VI (Reihe VI)  : liste complémentaire II :

 (Texte Les traductions de la Colombe ou de la TOB sont préfé-rables à la traduction de Français courant qui introduit le mot « sacrifice » , absent du texte grec)

Soeurs et frères
Ce passage fait partie des recommandations qui terminent la lettre aux Hébreux. Son thème est très proche de ce que nous avons entendu dans la lettre de Pierre et de l’évangile selon Jean sur le berger. Dire que Jésus Christ est le « grand berger » est cohérent avec l’ensemble du Nouveau Testament, mais il convient de voir d’un peu plus près ce que cela signifie. Ensuite, la mention du sang de l’alliance nous mène dans un univers assez étrange qu’il faut regarder avant de comprendre les conclusions que l’auteur aux Hébreux en tire.

1.    Le Christ – berger

Dans la tradition biblique, le Messie, le Christ, a un triple ministère : il est prophète, c’est à dire qu’il annonce la volonté de Dieu. Il est prêtre qui réconcilie les hommes avec Dieu. Il est enfin un roi, qui apporte la justice. La lettre aux Hébreux insiste sur ces deux formes de son action : prêtre, il a offert l’ultime et suprême sacrifice, qui règle une fois pour toutes la question du salut de l’humanité. En offrant sa propre vie il a rendu superflu voire impossible dans le christianisme tout autre sacrifice : aucun ne le surpasserait. Il est aussi roi, mais la fonction royale comporte, dans la Bible, une particularité.

En effet, le roi n’est pas le souverain divinisé que s’imaginent être souvent ceux qui ont le pouvoir sur les autres humains, même aujourd’hui. Le roi biblique est un serviteur qui s’occupe de son peuple sur le modèle de David, jeune berger devenu roi. Il est resté dans l’histoire comme le Roi Serviteur, qui a aidé son peuple à vivre. Les prophètes utilisent l’image du bon et du mauvais berger quand ils critiquent les élites : les bons bergers donnent à manger aux brebis alors que les mauvais bergers délaissent et exploitent les brebis à leur profit. Les élites qui ne pensent qu’à leur propre carrière sont indignes d’être appelées « bergers ».

Dans la lettre aux Hébreux, Jésus-Christ est non seulement le « bon » berger, mais il est le « grand » berger, le berger suprême, qui surpasse tous les autres.

Cette lettre rend attentif aussi au fait que le berger est d’une autre nature que les moutons : les moutons sont des animaux désemparés quand ils sont seuls, alors que le berger est un humain qui voit plus loin et conduit le troupeau. Les bergers humains que prétendent être les rois, les présidents, les pasteurs ou les évêques ne sont, en fait, que des humains, brebis parmi les brebis, aussi limités que leurs administrés. Le grand berger qu’est le Christ, lui, est en communion avec la divinité. Dès ses premières lignes la lettre aux Hébreux affirme que Jésus est « Fils » , supérieur aux hommes et aux anges.

C’est ce berger-là, Christ ressuscité, qui garantit notre relation de paix et de confiance avec Dieu, une relation d’humains sauvés.

2.    Le sang d’une alliance éternelle
Cela nous mène au centre du passage entendu tout à l‘heure : « le Dieu de la paix a fait ressusciter d’entre les morts, par le sang d’une alliance éternelle, le grand berger des brebis ». Le centre, c‘est la résurrection du Christ, qui s’est donné sur la croix, mais que Dieu a ramené à la vie. C’est une réalité que nous célébrons en ce temps après Pâques. Ce n’est pas par sa valeur morale ou son intelligence qu’il est devenu berger, mais par sa mort et sa résurrection.
Cet événement a été l’occasion de conclure une nouvelle alliance avec Dieu, différente des alliances passées avec Noé, Abraham et Moïse. Ces alliances-là ont été proposées par Dieu pour garantir au peuple la vie et une espérance. Mais elles étaient fragiles, car elles présupposaient que le peuple restât fidèle, faute de quoi elles se briseraient. Jésus Christ offre une alliance de meilleure qualité, où c’est lui, le médiateur, qui garantit l’éternité de ce pacte. Même si le peuple avec lequel Dieu se lie devient infidèle, Dieu restera fidèle car il ne peut se renier lui-même. .

Cette alliance est garantie par le sang. Cette affirmation nous fait entrer dans un monde particulier que nous avons plus ou moins perdu, nous qui vivons en un temps où les animaux sont abattus industriellement, loin du public et où beaucoup de gens pensent ne pas pouvoir supporter la vue du sang sans être cho-qués. Dans les sociétés traditionnelles où l‘on égorge le mouton, la chèvre ou la poule, le sang n’est pas la chose horrible liée à la souffrance et la mort, il est lié à la vie qui peut renaître d’un sa-crifice. Nous avons perdu cette façon de voir. Chez nous, le seul endroit où il peut avoir cette signification, c’est le centre de transfusion sanguine où on peut donner du sang pour sauver des vies. Là, nous pouvons renouer avec ce qui est visé dans l’affirmation de l’alliance éternelle avec le sang : la mort du Christ et sa résurrection ouvrent une ère nouvelle où la vie triomphe de la mort, le bien du mal et l’espérance du désespoir. Les paroles d’institution de la Sainte Cène font allusion à cette réalité quand il est question de « la nouvelle alliance en mon sang ».

3.    Il agit en vous

Cela devient tout à fait concret quand se précise l’oeuvre du berger pour son troupeau : il « vous rend aptes » et il « agit en vous pour que vous deveniez capables de faire ce qui plaît à Dieu ». On est proche de la découverte et de l’enseignement de l’apôtre Paul : le Christ ressuscité n’est pas seulement un être d’autrefois, perdu dans un lointain passé, il agit aujourd’hui dans l’esprit et le coeur des croyants pour leur permettre de changer de comportement, de ne pas être centrés sur eux-mêmes et leurs propres désirs violents, mais de devenir capables d’entrer dans le projet du Dieu de paix.

Cela est à la fois individuel, dans l’esprit de chacun, et communautaire, dans ce peuple appelé par Dieu et réconcilié avec lui dans une fraternité nouvelle, dont la lettre aux Hébreux énumère toute une série de caractéristiques dans ses chapitres 12 et 13. C’est une communauté d’esprit avec les témoins de tous les temps et avec les témoins actuels, dans un esprit d’entraide et d’amour mutuel. Cette communauté s’attache à faire le bien, à rendre service, à aimer, à partager.

Ce discours ouvre un chemin vers l’avenir de paix que Dieu veut pour une humanité que le grand berger peut conduire à la vie.
Cl : Car le berger n’est pas un être immobile qui se contente de rester au bord du pré en attendant que les moutons se remplis-sent le ventre, une clôture suffit à cela, clôture qui ne protège pas contre les loups, les bergers des Alpes l’apprennent au-jourd’hui à leurs dépens. . Le Grand Berger avance au milieu de son troupeau et le conduit sur les chemins de la vie, vers les bons pâturages et les sources rafraîchissantes, vers la fraternité et le souci des uns pour les autres, vers le pardon et l’espérance alimentés par la puissance de Celui qui a appelé le grand berger dans une alliance nouvelle et éternelle, celle de la paix du royaume de Dieu. Amen

Pierre KEMPF, pasteur

Cantiques possibles :

23  Dieu mon berger me conduit
245 Remplis d’amour et de reconnaissance
457 Tu nous aimas ô bon berger
475 Mon Rédempteur est vivant
608 Ta volonté, Seigneur mon Dieu

¼ - Service des Lecteurs – SL – 15 – 06.04.2008 – Pierre KEMPF

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