« Pasteur Yves Kéler, retraité de l'Eglise de la Confession d'Augsbourg d'Alsace
et de Lorraine (ECAAL)/Union des Eglises Protestantes d'Alsace et de Lorraine (UEPAL)
»

*1939 - † 2018


Dimanche de Pâques

23 mars 2008

Résurrection

1 Corinthiens 15,19-28


Série VI (Reihe VI)  : liste complémentaire II :



Note du rédacteur. Paul débat ici sur leenjeux de la foi en la résurrection avec des chrétiens encore tout imprégnés de la culture religieuse de la mythologie et de la philosophie grecques, dont l’un des thèmes majeurs était l’immortalité de l’âme, le corps de l’homme n’étant qu’une chose périssable. Difficile pour eux de saisir que dans la culture biblique où s’enracine le concept de résurrection, vie terrestre et vie ressuscitée sont liées autant que le corps et l’âme qui ne font qu’un tant pour les juifs d’alors que pour les premiers chrétiens et Paul. Tentons donc de percevoir cet enjeu et de le situer pour nous aujourd’hui. Pour préparer le terrain à cette prédication il est indispensable, au moment des lectures du jour, de lire 1 Corinthiens 15,1-8.

I
Aujourd’hui nous fêtons Pâques, la plus ancienne et la plus fondamentale des fêtes chrétiennes. Elle est au cœur de notre foi. Le passage de la 1°Epître de Paul aux Corinthiens qui nous a été lu au cours de la liturgie de la Parole le dit clairement : « Christ est mort, il est ressuscité, il est apparu » , Dans cet enseignement fondamental Paul ne met pas en avant des idées ni des raisonnements, mais des faits. Et pour lui, ces faits sont au cœur de l’histoire de Dieu avec les hommes. Ce Seigneur qui est présent parmi les siens est le Christ réel qui a vécu, est mort et a été ressuscité, et non pas un Christ mystique « qui est au ciel » , et qui serait comme les dieux de la mythologie gréco-romaine. A Pâques nous fêtons le « Fils unique que Dieu a donné au monde afin que quiconque croit en lui ne périsse pas, mais qu’il ait la vie éternelle ».
C’est en ce Jésus-là que nous mettons notre espérance, tant pour notre existence terrestre et pour l’heure de notre mort, que pour le jour de notre résurrection à venir et notre entrée dans le Royaume de Dieu. Si telle n’était pas notre foi, nous serions, comme le dit ici Paul, « les plus à plaindre de tous les hommes ». Cette détresse extrême, Jésus l’a connue lorsqu’il poussa sur la croix ce cri déchirant : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » A ce cri de son Fils, le Père céleste a répondu au troisième jour, après le délai attestant la réalité de cette mort, par cet acte éclatant : « Christ est ressuscité des morts, prémices de ceux qui sont morts ».

II
Ce terme de « prémices » que Paul emprunte à la liturgie juive des offrandes exprime bien une des dimensions de l’événement du matin de Pâques. C’est l’offrande à Dieu du premier-né du troupeau, des premiers épis de la moisson, des premiers raisins de la vendange. Selon la foi d’Israël, la raison d’être des prémices était de reconnaître et de proclamer que tout, tout le troupeau, toute la récolte, tout le pays et toute la vie de son peuple, TOUT appartient à Dieu. Ici, en disant du Christ ressuscité qu’il est les prémices de ceux qui sont morts, Paul souligne le fait que Jésus, le mort qui a été ressuscité par Dieu, est le premier de tous les morts qui appartiennent à Dieu et qu’ils vont, eux aussi, au temps voulu par Dieu, être ressuscités. Ainsi, Paul nous fait bien voir que la résurrection du « premier-né d’entre les morts » , qui pourrait être comprise comme signe de la distance qui sépare les hommes mortels du Christ ressuscité, est en réalité un des moments (avec sa naissance, sa souffrance, l’honneur proclamé le jour des rameaux) de sa PLEINE HUMANITE, de sa TOTALE INCARNATION. Jésus est le TOUT-PREMIER et les autres, dont nous aussi, suivront à leur tour !
Quand il est question de l’incarnation, de « Jésus-Dieu-fait-homme » , nous pensons plutôt à la fête de Noël. Paul lui, rattache la pleine humanité du Sauveur à sa passion et à sa résurrection, plutôt qu’à sa naissance. Une réflexion théologique déjà ancienne parle des deux natures du Christ, pleinement Dieu et pleinement homme. Cette compréhension du Christ ne sépare pas le Seigneur des hommes pour lesquels il est allé jusqu’au bout de sa passion en donnant sa vie et pour lesquels il a été ressuscité par Dieu. Au contraire, affirme Paul dans notre texte de ce jour comme dans d’autres de ses lettres. Puisque « la mort est venue par un homme, c’est par un homme aussi que vient la résurrection des morts. Et comme TOUS meurent en Adam, en Christ TOUS recevront la vie ! » La mort concerne tous les humains, c’est évident… alors, pourquoi douter de la résurrection pour tous ? « Tous meurent en Adam, en Christ TOUS recevront la vie ! »

Pour Paul, la mort est « le dernier ennemi qui sera vaincu ». Cette puissance, ennemie de Dieu, s’impose à tous les humains comme à tous les êtres vivants de la création. Elle est devenue la loi implacable de la première création dont le premier jour avait pourtant jailli d’une parole de vie : « Que la lumière soit ! ». Avec le second Adam, Jésus-Christ, c’est une nouvelle création qui apparaît ( « Voici je fais toutes choses nouvelles ! » ), un monde nouveau dont le premier jour, celui de Pâques, a vu la défaite de la puissance de néant qu’est la mort. Dieu, le Père et le créateur, serait-il le Tout Puissant, si son plus grand adversaire, la puissance de mort, s’avérait finalement plus fort que la vie que lui Dieu, donne à tous les siens ?

III
Jusqu’à leur conversion à la foi en Jésus-Christ, les Corinthiens chrétiens n’avaient connu que la culture religieuse et philosophique gréco-romaine, pour qui l’âme humaine était immortelle, le corps lui n’étant qu’une chose périssable à laquelle l’âme se mêlait le temps d’une existence. Difficile pour ces grecs et ces romains de saisir que pour Paul, comme pour Jésus, l’homme était un tout, corps et âme, et que, même dans l’événement de la résurrection, vie terrestre et vie à venir étaient intimement liées. Pour Paul, c’est là un enjeu fondamental. Si la résurrection de Jésus, moment-clé dans l’histoire, ne concernait que la vie terrestre et ne devait avoir aucune incidence sur la vie à venir, par-delà la mort, elle n’aurait aucun intérêt. Si cette même résurrection ne devait concerner que l’au-delà, le domaine des âmes immortelles, sans aucune incidence sur la vie ici et maintenant, aucun intérêt non plus, car elle ferait de Jésus un « immortel mythologique » , un « non-frère en humanité » ! Dans un cas comme dans l’autre, Dieu aurait ressuscité Jésus pour rien, ou tout au plus pour son bon plaisir … mais pas POUR NOUS, par amour pour nous !

Aujourd’hui, dans notre monde, dans notre culture, c’est tout aussi foisonnant et varié que chez les gréco-romains du temps de Paul : réincarnation à variante multiple, new-age, pratiques ésotériques et spirites de tous genres, culte du corps (la personne « réduite » à un corps parfait), clonage psychologique par imitation idolâtrique des vedettes en tous genres, survalorisation des pouvoirs de la médecine et des techniques, etc… Et à l’heure de la mort d’un proche, le désir d’avoir la certitude de retrouver le disparu dans l’au-delà tel qu’il était, comme si le monde de la résurrection ne devait être qu’un recommencement « comme avant ».

Aujourd’hui comme hier, il est fondamental d’entendre Paul nous rappeler que la foi en la résurrection des morts, enracinée dans la résurrection de Jésus le Christ concerne et l’au-delà et l’ici-bas : sans l’espérance d’une résurrection, sans la confiance en Dieu qui au temps voulu procèdera à une nouvelle création, non pas à partir du chaos originel mais à partir des éléments de la première création, construire notre vie sur la parole du Christ et les valeurs de l’Evangile serait vain. Sans l’horizon de la résurrection et de la nouvelle création, nous resterions désespérément limités à cette vie-ci, et ce serait le triomphe de la puissance de mort, car ce serait uniquement « chacun pour soi ».
Heureusement, avec la résurrection, c’est Dieu pour tous en Jésus-Christ, et chacun pour Dieu et son prochain. Ainsi, la vie est possible. Alors, bonne et heureuse Fête de Pâques ! Amen.

                            Marc WEISS, pasteur à La Robertsau.

Propositions de chants :

ARC 491 - ARC 475 - ARC 488 (après la prédication) - ARC 490
NCTC 211 - NCTC 212 - NCTC 204 (après la prédication) - NCTC 209

¼ Service des Lecteurs – SL – 13 – 23.03.2008 Marc WEISS

Visiteurs en ligne

133743
Aujourd'huiAujourd'hui96
HierHier203
Cette semaineCette semaine96
Ce moisCe mois5878
Tous les joursTous les jours1337437
Template by JoomlaShine