« Pasteur Yves Kéler, retraité de l'Eglise de la Confession d'Augsbourg d'Alsace
et de Lorraine (ECAAL)/Union des Eglises Protestantes d'Alsace et de Lorraine (UEPAL)
»

*1939 - † 2018

Dernier Dimanche de l’année ecclésiastique - Matthieu 25, 1-13
EPAL - Service des Lecteurs - Jehann Claude HUTCHEN


                       Dernier Dimanche de l’année ecclésiastique
 
                                  Dimanche 25 Novembre 2007

                                                La Cité éternelle

                                               Matthieu 25, 1-13

(Série de Prédication V (Predigtreihe V) : liste complémentaire I)

Ce personnage phare qui nous est désigné ici comme un marié dont les noces mettront fin à une attente plus ou moins bien vécue, ce personnage principal qui, bien entendu, est une figure du Christ, eh bien, d'emblée, on nous en avise, il « tarde à venir ». Rien n'indique un contretemps, un imprévu, un empêchement, un accident indépendant de sa volonté. Matthieu nous dit simplement : « Il tardait à venir. » C'est à prendre tel quel ; c'est une situation totalement assumée par ce marié. Finalement, on pourrait penser que c'est de propos délibéré qu'il arrive en retard, pardon : il serait plus juste de dire qu'il arrive tard, tard à nos pendules, ou sur notre calendrier ; tard par rapport à notre fatigue, ou à notre manque de résistance, de persévérance, de foi, d'espérance. Aucune justification, aucune raison n'est donnée, seulement cet énoncé : il vient tard.

Conclusion : il nous donne à gérer, en pleine responsabilité, une longue attente. L'Évangile n'est pas à vivre seulement dans l'instant mais sous forme de patience, de persévérance, dans la durée d'une vie, dans celle d'une Église, dans celle d'une Tradition, dans la durée indéfinie de l'humanité. La foi au Crucifié Ressuscité consiste à l'attendre, à mener sa vie comme une attente de Celui qui lui offre tout son sens et toute sa vraie richesse. Croire en Jésus Christ, c'est nécessairement l'attendre, de diverses façons, certes, mais pas n'importe comment.

Les dix demoiselles d'honneur se savent invitées et tiennent à cette invitation. Il n'est pas question ici des athées, des agnostiques ou des adeptes d'une autre religion, mais de celles et ceux qui disent avoir accepté une invitation qui les honore et les réjouit. En quelque sorte, c'est nous « les demoiselles d'honneur ». Abandonnons le titre donné traditionnellement à cette parabole : les dix vierges, puisqu'il n'est nulle part question ensuite de virginité. Et redisons nous en quoi consiste l'unique différence entre celles qui, à l'heure H, pas avant, seront reconnues avisées et celles qui sont dites folles ou insensées. En tout cas, il ne nous est pas permis d'appliquer nous mêmes, avant cette heure H, cet étiquetage ! Observez plutôt la ressemblance des comportements des unes et des autres : toutes s'endorment, parce que après tout, la fatigue est légitime, et le repos un droit et une sagesse. Et personne ne semble en mesure de faire à l'avance la leçon à d'autres. Mais la parabole fait de nous des femmes et des hommes prévenus, avertis que leur vie prend tout son sens de l'attente de Quelqu'un qui la transformera en fête. C'est à nous mêmes, dans nos rassemblements et dans nos moments de tête à tête avec nous mêmes, qu'est adressée cette leçon d'Evangile Certes, nous ne sommes pas des sentinelles au garde à vous devant le tombeau de notre fondateur. Il a quitté le pays de l'ombre et de la mort. Il vient dans les prémices de l'aube. Son linceul a l'éclat du jour sans déclin. Et si nous habitons encore la nuit chargée des pièges qui l'ont encerclé, nous ne sommes plus pour autant des enfants des ténèbres. Nous ne sommes plus les plantons de la mort, mais des guetteurs d'aurore qui vivent déjà des promesses du petit matin de Pâques.

La consigne est ferme et insistante : « Veiller » : C'est d'abord se tenir dans la nuit où nous sommes sans chercher à la déserter au profit des faux jours, des éclairages artificiels et des certitudes superficielles. Habiter la nuit, plutôt que de la fuir en s'abrutissant de sommeil et de drogue. Et il faut y demeurer longtemps pour que le regard s'accoutume à son obscure clarté.
Veiller, c'est respecter la nuit, aimer notre condition nocturne, la peupler d'une présence, la remplir d'une attente, d'une intercession fervente. Mais est il besoin de le dire, l'expérience de la veille est une épreuve, une épreuve proche de celle de l'insomnie. Le silence nocturne provoque un véritable effroi. Car ce silence, alors même que le monde est endormi, est rempli d'un brouhaha obsessionnel, d'une rumeur assourdissante dont on ne peut être délivré que par le sommeil ou le lever. Epreuve épuisante en même temps que fécondante : n'est ce pas dans la nuit qu'ont lieu les grandes créations, n'est-ce pas aux confins du jour que germent les plus beaux projets ? La veille met à nu le désir, elle met l'homme en tension vers la clarté.

Mais sommes nous des veilleurs ? Nous serions plutôt des couche tard qui s'affairent et se divertissent jusqu'à épuisement pour n'avoir pas à traverser cette épreuve. Nos nuits deviennent les dépotoirs de journées trop tassées et qui débordent, comme des poubelles, de toutes les aigres fatigues du jour. Veiller, ce n'est pas refuser la nuit, mais être tenu en éveil par l'ardent désir de ne pas manquer ce jour de fête : « Voici l'époux ! Sortez à sa rencontre. » Ce qui est reproché aux « demoiselles d'honneur » insouciantes, ce n'est pas d'être tombées de sommeil en pleine nuit puisque aussi bien « elles s'assoupirent toutes » précise le texte, y compris celles qui sont dites « prévoyantes ». Ce dont elles sont coupables c'est de ne pas avoir prévu suffisamment d'huile pour alimenter leur lampe. Et l'huile, dans les moeurs du temps, c'est bien plus que de l'huile. On l'utilise comme source de lumière, baume pour adoucir les plaies, onguent pour assouplir les muscles et fortifier les malades, cosmétique pour faire resplendir les visages et les corps. Ces multiples usages en ont fait un des plus beaux symboles de la vie chrétienne, je veux dire de la foi, de l'espérance et de l'amour. Le disciple qui a fait provision d'huile et celui qui ne laisse pas éteindre le désir de la venue de son Seigneur La parabole au contraire célèbre l'attente, l'insatisfaction, l'impatience, le désir de ceux auxquels le Seigneur manque. On peut parler de Dieu à perdre haleine, dire qu'il existe, dire qu'il est amour, tous ces mots n'ont à peu près aucun sens quand ils se tiennent en deçà du désir de Dieu, du désir de le chercher.

Oui, la vigilance est affaire de désir et disposition du coeur. Mais aurions nous pu veiller deux mille ans sans que soit restaurée notre attente au livre des Écritures ? Sous le règne tyrannique de la télévision, l'image paraîtra surannée : mais la veille, la veillée, n'est elle pas le temps privilégié de la lecture commune ? Les chrétiens, pour ne pas désespérer de la nuit, scrutent les Écritures pour y discerner comme au premier jour la promesse d'un avenir pour le monde. Et au long de leur veille, ils refont ce que Jésus fit la veille de sa mort pour anticiper le monde nouveau. La veille dont parle l'Evangile est acte d'espérance. Une espérance qui se nourrit de ce qui la provoque et la met parfois à dure épreuve. Mais que deviendrait notre espérance si elle n'était stimulée par l'irruption de l'autre dans nos vies ou par la brutalité des événements, si elle n'était mise en alerte par l'appel au secours des désespérés qui, tout près de nous, vivent sans foi ni loi, sans travail et sans patrie, sans famille et sans amis ?

Car le désir, il ne suffit pas de le nommer pour le susciter. Le désir ne s'enseigne pas, ne se transmet pas, ne s'innocule pas, ne se commande pas. Il ne s'échange pas, il ne s'achète pas : les jeunes filles imprévoyantes de la parabole en font la cruelle expérience. Et il y a quelque raison d'être angoissé à la pensée que l'homme d'aujourd'hui puisse être déserté par tout désir, à force de vivre dans une société dite de consommation qui entend combler toutes ses faims, à force de vivre dans la familiarité des technologies qui font reculer chaque jour les limites du possible.

Au fond, il n'y a plus rien à désirer, mais tout à savoir, même ce qui se dérobe au savoir. En cherchant à combler les faiblesses de son savoir, chacun ne fait en réalité que tuer en lui le désir par une volonté de savoir. Savoir ce qu'il y a de l'autre côté de la mort, savoir de quoi sera fait demain en consultant l'horoscope du journal. Savoir des choses cachées depuis la fondation du monde, quelque part dans les pyramides d'Égypte, le triangle des Bermudes, les sagesses occultes et quelque arrière- monde extra terrestre. Savoir pour s'épargner le combat de la liberté et le risque de l'aventure. Connaître Dieu pour n'avoir pas à le chercher, comme s'il n'était qu'une boîte à mystères qu'on pourrait violer. Oui savoir, par peur de l'inconnu, pour conjurer l'imprévisible.

Manque de chance, notre Dieu est imprévisible. Il entre toujours dans l'histoire par effraction, comme un voleur, par surprise, à une heure que ne peuvent prévoir ni les états supérieurs de conscience, ni aucune science de l'étrange. Et pour cause, car Dieu est imprévisible au coeur même de la familiarité de la vie. Il fait irruption dans deux événements auxquels personne ne peut échapper et que pourtant nous cherchons tous à escamoter. Je veux parler d'abord de la rencontre du prochain qui survient à tout instant, ce prochain que je n'ai pas choisi, qui s'interpose sur ma route, qui me dérange, me déstabilise, qui m'expulse de moi-même pour me sommer de nouer une intrigue avec lui et de l'aimer tel qu'il est : imprévisible, inattendu comme ce Dieu qui, en Jésus, s'est fait notre prochain, s'est approché de nous. Et puis il y a cet autre événement, le rendez vous inopiné avec la mort qui nous prend toujours à revers, qui fait éclater la bulle de notre quant à soi, qui nous plonge dans l'angoisse du néant, qui nous jette à la figure notre impuissance radicale de créature.

Là encore, n'est ce pas dans la mort de l'homme Jésus que Dieu nous a manifesté son mystère ? Le face à face avec l'autre et le face à face avec la mort ont ceci de commun, c'est qu'ils traumatisent notre suffisance, ils nous mettent en présence de ce qui est radicalement autre que nous. Un visage inconnu, une mort inattendue, voilà qui vient rompre le charme d'un petit bonheur sur mesure, briser la trajectoire savamment programmée de notre réussite et secouer tous nos engourdissements.

 « Voici l'époux ! Sortez à sa rencontre. » Il n'y a pas d'autre manière de se disposer à entendre ce cri proféré dans la nuit que d'entrer en relation, en histoire, avec les autres et d'affronter à mains nues l'épreuve de la mort   plutôt que de vouloir combler par de pseudo certitudes toutes les brèches qui exposent notre vie à l'abîme des incertitudes et de l'inconnu. On finit par ne plus rien voir du tout, par perdre tout discernement quand on baigne dans la trompeuse lumière des opinions convenues et des pensées toutes faites.

Et si nos nuits étaient plus belles que nos jours, préférables à nos fausses clartés ! La nuit, certes, est menaçante comme la mort. Mais n'est elle pas aussi la complice des vagabonds que nous sommes, qui sont nés, tel l'aveugle de l'Évangile, dans un monde qu'ils n'ont pas choisi et s'inventent des chemins dans une obscurité dont ils ne sont pas coupables. Alors veillons.

Jehan Claude HUTCHEN

NCTC 186-283-275-290

¼ - Service des Lecteurs – 49 – 25.11.2007 – J.Claude HUTCHEN

 


PREDICATIONS DU SERVICE DES LECTEURS DE L'UEPAL

Ces prédications sont fournies par le Service des Lecteurs de l'UEPAL. Ce service a été dirigé par le pasteur Georges HUFFSCHMITT de Wingen-sur-Moder puis 67290 VOLKSBERG (tél O3.88.01.55.41, courriel: Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.), jusqu'en 2009. A partir de cette année 2010, Mme Esther LENZ, de 67360 MPRSBRONN-LES-BAINS (tél: 03.88.90.07.02, courriel: Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.) reprend la direction. Le Secrétariat est assuré par Madame Suzanne LOEFFLER, au Secrétariat de la Paroisse de 67340 INGWILLER (tél: 03.88.89.41.54, courriel : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.).

 

 

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