« Pasteur Yves Kéler, retraité de l'Eglise de la Confession d'Augsbourg d'Alsace
et de Lorraine (ECAAL)/Union des Eglises Protestantes d'Alsace et de Lorraine (UEPAL)
»

*1939 - † 2018


Avant dernier dimanche de l’année ecclésiastique

Le jugement dernier

Dimanche 13 novembre 2005

Luc 16, 1-8

(Version Segond ou TOB)


( Série de Prédication III (Predigtreihe III) : nouveaux évangiles )



Plan de la prédication :

1.    Une parabole étrange et osée empruntée au monde d’affaires louches.
2.    Des gens à ne pas imiter : les « enfants du monde ».
3.    Comment les « enfants de lumière » gèrent-ils leurs richesses ?
4.    Jésus invite les siens à être aussi habiles et inventifs dans le service du Royaume de Dieu, que les filous de ce monde dans leurs affaires malhonnêtes.

Cet  avant-dernier dimanche de l’année liturgique porte toujours l’empreinte d’une certaine mélancolie. Il nous rappelle un peu le chant en canon, qui se chante encore çà et là dans les groupes de jeunes : « Tout doit sur terre mourir un jour, mais la musique etc.… » Mais avec l’Evangile d’aujourd’hui, qui parle du jugement dernier, et surtout, avec la parabole du gérant infidèle, Jésus nous tire brutalement de toute rêverie mélancolique : (Lecture de Luc 16, 1-8)

C’est là, sans doute la plus étrange et la plus osée des paraboles de Jésus. Avec cette histoire absolument immorale il nous fait regarder dans les coulisses d’un monde où l’argent est roi, d’un monde d’affaires frauduleuses et de corruption totale, d’un monde, où les rapports sont tout ce qu’il y a de plus mafieux. Dès le départ le gérant est malhonnête : il dilapide les biens et la fortune de son patron. En falsifiant les contrats des débiteurs il pratique la corruption active et vole, en même temps, encore une fois son patron. Mais, en acceptant sciemment ces « faux en écriture », les débiteurs, eux aussi, sont coupables de corruption, mais de corruption passive. Et, le grand propriétaire terrien, en faisant avec admiration l’éloge de l’habileté et de la ruse de son gérant,  prouve qu’il trouve la corruption normale, et, qu’il est donc de la même trempe que son gérant.

Il nous faut donc tout de suite prévenir : Attention, ne prenez surtout pas cette parabole au premier degré. Car aucun de ces personnages n’est un modèle pour un chrétien. Aucun n’est un exemple à suivre. Jésus ne veut absolument pas que nous soyons malhonnêtes, ou des gens prêts à se laisser acheter, ou à corrompre d’autres.

Non, tout cela, ce sont des habitudes ou des manières de faire des « enfants de ce siècle », ou des « fils de ce monde », comme il est dit textuellement. C'est-à-dire, de ceux qui ne connaissent que le monde présent et la vie actuelle, et qui ne veulent même pas entendre parler d’autre chose. Ils se mettent à ricaner quand ils entendent parler de Dieu et de vie éternelle ou de justice et d’idéal.

Pour bien comprendre ce que Jésus veut nous dire par cette parabole mystérieuse, il est de la plus grande importance, de savoir, à qui il s’adresse à ce moment-là. C’est pour cela que l’Evangéliste commence son récit par ces mots : « Jésus dit aussi à ses disciples ». C’est donc à des disciples qu’il dit cette parabole déroutante, et non pas à des auditeurs inconnus ou occasionnels. C’est à ses douze apôtres, et, éventuellement encore à quelques autres, qui faisaient partie du cercle de disciples un peu plus large. C’est à des disciples qu’il parle et seulement à eux. Donc, à des gens, dont il sait : ceux-là ne me comprendront pas de travers. En suivant Jésus-Christ ils sont devenus « enfants de lumière ». Ils agissent, ils vivent à la lumière. Contrairement aux « enfants du monde », ils n’ont rien à cacher. Ils n’ont pas peur de la lumière. Ou, plus exactement, ils n’ont plus peur de la lumière, parce que leur maître Jésus-Christ a entièrement clarifié et purifié leurs rapports avec Dieu et avec les hommes.

Et, cette purification globale englobe aussi leur attitude à l’égard des biens de ce monde, à l’égard des richesses, à l’égard de l’argent. Pour un disciple de Jésus, ce n’est plus l’argent qui règne sur le monde et sur sa vie. Mais, c’est lui qui gère son argent et ses biens dans ce monde, de manière entièrement libre et responsable.
Mais voilà, chers amis, toute cette description du disciple « enfant de lumière », n’est-elle pas trop belle pour être vraie ? Jésus sait bien que ses disciples ne sont pas des anges. Il sait même, que l’un des siens le trahira pour trente pièces d’argent. Car, même si les « enfants de lumière » ne sont plus du monde, et ne veulent plus imiter les « enfants du monde » et leur inavouable « système D » (D = débrouille-toi), ils sont pourtant toujours dans le monde. Et, à tout moment, ils peuvent être tentés de céder à ce qui est admiré et considéré dans ce monde visible et palpable : l’argent, la richesse, le pouvoir. Mais, en cédant à cette tentation du monde, ils perdront peu à peu, et sans s’en rendre compte, toute notion de justice et de respect des autres. Et cela ne serait certainement pas démenti par notre époque avec ses horreurs économiques, ses pressions d’actionnaires avides, ses délocalisations éhontées, mais aussi avec ses passions, des jeux d’argent et autres tentations d’argent facile qui font le malheur de beaucoup de familles.

Eh oui, chers amis, c’est à ses disciples, et c’est à nous que Jésus donne deux leçons par cette parabole ! D’une part, un avertissement que nous sommes toujours à nouveau tentés d’oublier : richesses, pouvoirs et biens de ce monde, nous sont seulement confiés pour un temps. Un jour, il nous faudra les abandonner à d’autres, comme le gérant de la parabole. Le linceul des morts n’a pas de poche.

Et d’autre part, pour éviter toute mauvaise surprise le jour du jugement dernier, Jésus nous recommande de gérer ces biens intelligemment. Notre avenir en dépend. Le gérant de la parabole a préparé habilement et avec ruse son avenir ici-bas. Il a utilisé son pouvoir pour se faire, parmi ses semblables, des amis qui l’hébergeront quand tout lui sera pris. Et cela pour quelques années de retraite seulement.

Ces quelques années de retraite, nous les partageons aussi avec les « enfants du monde » et, nous les préparons par toutes sortes de cotisations, de placements et d’économies. Mais, notre avenir d’ « enfants de lumière » ne se résume pas à ces quelques années, il a la promesse et l’espérance de l’éternité que Jésus confère aux siens. Ne faudrait-il pas nous y préparer avec un peu plus de conviction ? Là, ce ne sera pas ce que nous avons épargné qui sera déterminant, mais ce que nous aurons donné pour aider et soulager ceux qui étaient dans le besoin. Car le roi juge nous répondra : « dans la mesure où vous avez fait cela à l’un des plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait… venez, vous qui êtes bénis de mon Père ». Amen.

        Martin DEUTSCH, pasteur


Cantiques :

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