« Pasteur Yves Kéler, retraité de l'Eglise de la Confession d'Augsbourg d'Alsace
et de Lorraine (ECAAL)/Union des Eglises Protestantes d'Alsace et de Lorraine (UEPAL)
»

*1939 - † 2018


Avant dernier dimanche de l’année ecclésiastique

Le jugement dernier

Dimanche 19 novembre 2006

Apocalypse 2/8-11


( Série de Prédication IV (Predigtreihe IV) : nouvelles  épîtres )

Les chapitres 2 et 3 de l’Apocalypse contiennent 7 messages adressés à 7 Eglises contemporaines de l’apôtre Jean, l’auteur du livre. Le Seigneur lui-même prend la parole pour analyser différentes situations symboliques, typiques de l’Eglise ; il parle avec douceur et fermeté au cœur et à la conscience de son Eglise.

Nous avons entendu ce que le Seigneur dit à l’Eglise de Smyrne, ville très ancienne de l’actuelle Turquie (aujourd’hui Izmir). C’était la plus belle cité de l’Asie Mineure, un port d’attache important entre l’occident et l’orient ; la ville était très riche grâce à son activité commerciale.

Dans ce contexte de richesse vit une Eglise chrétienne pauvre extérieurement - et pourtant riche dans la pauvreté et victorieuse dans l’adversité. Elle est pauvre de biens matériels, mais riche de biens spirituels ! Le Seigneur encourage cette Eglise persécutée et lui promet la victoire. Une Eglise pauvre et faible, mais le Seigneur la connaît et ne l’oublie pas. Elle reçoit la promesse de la vie éternelle.

Chaque être humain est comme un grain de sable, et pourtant le Dieu tout-puissant connaît chacun de nous ; il connaît nos difficultés et nos luttes ; il nous encourage dans l’adversité ; il nous conduit à la vie éternelle. Il voudrait que notre vie puisse s’épanouir, devenir une vie pleine  et sans limites auprès de lui. Il veut nous donner la « couronne de la vie ».

La « couronne de la vie » : le couronnement de notre vie par Dieu. Le souhait de chacun, son voeu le plus cher, n’est-ce pas de voir que sa vie n’a pas été vaine, qu’elle n’a pas manqué son but ? Nous voudrions que Dieu approuve ce que nous avons été et fait, qu’il prononce un jugement positif sur notre existence.

La Bible, et cette lettre à l’Eglise de Smyrne en particulier, nous avertit : lors du jugement, il y aura des vainqueurs et des vaincus, des gagnants et des perdants ; il y aura ceux qui prendront part au festin du Royaume et ceux qui en seront exclus. C’est ce que le texte nomme la « deuxième mort ». Lorsque nous pensons à la mort, c’est la première mort qui nous préoccupe : la fin de l’existence terrestre, le corps qui s’arrête de fonctionner, qui va se décomposer ; c’est le côté naturel de la mort. Mais la mort a une dimension plus tragique, plus radicale encore. La deuxième mort, c’est la mort de l’âme si l’on peut dire, la fin de tout, la séparation d’avec Dieu.

Quels sont les critères de jugement ? De quoi cela dépend-il ? Réponse : de la fidélité ! « Sois fidèle jusqu'à la mort, et je te donnerai la couronne de vie ». Celui qui est fidèle, la deuxième mort ne pourra rien contre lui. Oui, ce qui est décisif, c’est la fidélité vis-à-vis de notre Créateur et Sauveur, la fidélité dans les petites et les grandes choses, la fidélité dans le combat de la foi, car la foi n’est pas possible sans combat. La route qui aboutit au couronnement est semée d’embûches, marquée par les épreuves de toutes sortes.

C’était le cas jadis pour les croyants de Smyrne. Ils souffraient des calomnies, des accusations mensongères des Juifs et des persécutions des Romains. Plusieurs d’entre eux sont déjà en prison ; la menace d’une condamnation à mort plane au-dessus d’eux. Les Juifs dénoncent et accusent les chrétiens chez les Romains. Dieu démasque ces Juifs hostiles à l’Evangile : ce sont de faux Juifs ; leur synagogue est une « synagogue de Satan ». L’expression est forte et osée. D’après les paroles du Seigneur, quand ils lèvent la main sur l’Eglise de Smyrne pour lui faire du mal, c’est en fait le diable qui lève sa main. Ils sont comme le bras du diable, ... eux qui auraient dû être le doigt de Dieu. Quel terrible jugement et quelle redoutable condamnation sur eux ! Un avertissement aussi pour l’Eglise chrétienne qui, au vu de son histoire, n’a aucune raison de se croire meilleure, dans ce domaine, que le  peuple juif.

Notre situation aujourd’hui est différente. Et pourtant notre foi est attaquée, menacée, mise à l’épreuve ; cela fait partie de l’être-même de la foi. Il s’agit souvent de croire sans voir.

Qu’est-ce qui menace notre foi ? - On peut énumérer longuement : les prières qui apparemment ne sont pas exaucées ; les déceptions causées par des gens qui se nomment  chrétiens ; les tentations auxquelles nous n’arrivons pas à résister ; la résignation (« on ne peut rien y changer ») ; des hommes sans foi ni loi auxquels tout semble réussir ; les innombrables formes d’injustice dans le monde ; un destin incompréhensible ; un décès prématuré ; ou tout simplement la fatigue, la lassitude spirituelle qui conduit à l’indifférence.

Tout cela fait que notre foi reste un combat. Jésus parlait une fois à ses disciples du sérieux de l’engagement à sa suite, des sacrifices qui sont demandés, et ses disciples furent effrayés et se demandèrent : « Mais alors, qui peut être sauvé ? » Et Jésus leur répondit : « C’est impossible aux hommes ; mais tout est possible à
Dieu ! »  Notre texte, entre les lignes, dit exactement la même chose.

Sachons que nous ne sommes pas seuls dans le combat ! Dieu sait, Dieu connaît, Dieu est là. Si ce n’était pas le cas, il n’y aurait aucune perspective de victoire. Chaque année, lors de la fête de la Réformation, nous le confessons en chantant la deuxième strophe de « C’est un rempart que notre Dieu » (« Ein feste Burg ist unser Gott » qui dit : « Mit unsrer Macht ist nichts getan... ») :

« Seuls, nous bronchons à chaque pas, Notre force est faiblesse. Mais un héros dans les combats, pour nous lutte sans cesse. Quel est ce défenseur ? C’est toi, puissant Sauveur, Dieu des armées ! Tes tribus opprimées connaissent leur libérateur. »

La fidélité victorieuse est possible parce que le Seigneur victorieux est fidèle. « Sois fidèle » et sache que le Seigneur est fidèle. Il y a l’exigence du Seigneur, et il y a aussi le fondement solide qui nous permet de répondre à cette exigence.

Le message que le Seigneur adresse à l’Eglise de Smyrne veut l’aider à vaincre la peur et lui redonner courage. Sa Parole est décisive, car il est « le premier et le dernier, celui qui était mort et qui est revenu à la vie ». Lorsque nous avons à porter notre croix, levons les yeux vers le crucifié qui a cru un moment être abandonné par Dieu, mais que Dieu a délivré des liens de la mort et du tombeau pour lui donner une vie nouvelle et glorieuse.

Levons les yeux vers le crucifié, et nous verrons le ressuscité qui accomplira pour nous le miracle qu’il a fait pour ses premiers disciples : d’hommes totalement désemparés, il a fait les piliers de son Eglise, des messagers d’espérance.

Smyrne est l’image de l’Eglise éprouvée, qui vit et qui meurt pour son Seigneur. Eglise heureuse, car au milieu de l’affliction, elle sait par la foi qu’elle est particulièrement chère au coeur de son Maître. C’est peut-être pour mieux lui ressembler qu’elle passe par le même chemin de la souffrance et de l’épreuve.

Oui, heureux ceux qui font cette expérience. Le deuil n’anéantira pas toute espérance en eux. « Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés. » Amen.

Cantiques :       ARC   313             NCTC   
                               622              289
                               425              301
                               609

Denis Klein, pasteur à Offwiller.

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