« Pasteur Yves Kéler, retraité de l'Eglise de la Confession d'Augsbourg d'Alsace
et de Lorraine (ECAAL)/Union des Eglises Protestantes d'Alsace et de Lorraine (UEPAL)
»

*1939 - † 2018

CANTATE 2007

Thème Le cantique nouveau

                            PREPARATION DE PREDICATION

                                        pour le 6 mai 2007

                                     Texte : Esaïe 12/1-6

 

1.      LE DIMANCHE CANTATE

        Comme 4e dimanche après Pâques, il s'insère dans une suite de 5 dimanches avant l'Ascension, qui insistent tous sur la vie nouvelle des croyants et de l'Eglise, apportée par le Christ ressuscité.

    a.  La succession des dimanches après Pâques:

1.  Quasimodo Geniti :

     la vie nouvelle des chrétiens par le baptême : mort et résurrection avec le Christ dans l'eau, " comme des enfants nouveau-nés ".

2.  Misericordias Domini plena est terra :

     " la miséricorde de Dieu remplit la terre ", écho au Gloria de Noël des anges, le Gloria in excelsis : " ...et paix sur la terre envers les hommes que Dieu aime ". Le Christ incarné à Noël devient par sa résurrection le bon Berger de son peuple racheté.

3.  Jubilate Deo omnis terra :

     " réjouis-toi, terre entière " : la création ancienne, née du Père,  se réjouit de la création nouvelle, apportée par le Fils. 

4.  Cantate Domino canticum novum :

     " chantez au Seigneur un chant nouveau ", que le peuple racheté doit entonner : Apoc 5/9 et 4/3 : " ceux qui peuvent chanter le cantique nouveau sont... les rachetés d'entre les hommes, comme prémices de Dieu et de l'Agneau ".

5.  Rogate, " priez " :

     Le peuple chrétien prie, pour soi, pour les autres, pour les récoltes aussi ( à partir de ce dimanche jusqu'à la fête des récoltes), que la nouvelle croissance des plantes va donner au printemps, résurrection de la nature.

       b.  les deux lignes conductrices de Cantate:

       Ce dimanche a deux lignes conductrices :

           1.  la vie nouvelle en Christ :

on le remarque dans les épîtres anciennes de ce jour, qui sont Jacques 1/17-21 et I Cor 15/12-20, et dans l'évangile : Jean 16/5-15, qui ne parlent pas de chant, mais de vie nouvelle.

            2.  le chant nouveau du peuple : 

signalé dans les deux psaumes, le principal Ps 98 et le secondaire Ps 96, qui commencent par : "  Chantez au Seigneur un chant nouveau ".

            Ramener Cantate à un simple " dimanche du chant et de la musique d'Eglise " est insuffisant. En revanche, délaisser cet aspect est aussi erroné. Une définition équilibrée, qui doit se ressentir dans le culte, est : " En ce dimanche, le peuple de Dieu, auquel le Christ a apporté la vie nouvelle , chante le cantique nouveau à la gloire de Dieu. " L'épître du jour, Colossiens 3/12-17, a aussi cette double tonalité et se divise en deux parties nettement distinctes : 

        1.  de 12 à 15 : la vie de l'homme nouveau, " élu de Dieu, saint et bien-aimé " 

        2.  de 16 à 17 : la louange, l'instruction et l'exhortation par le chant.

       c. Les chants du dimanche Cantate:

            Les chants de ce dimanche seront donc une association de chants de Pâques et de chants de louange. On rejoint d'ailleurs la liste de Paul au verset 16, qui donne trois types de chants : les psaumes, les hymnes et les cantiques spirituels. On commencera par le Psaume, selon la tradition ecclésiastique, et on continuera en alternant cantiques et psaumes. On pourra mettre plus de chants, intégrer la chorale ou des groupes de chants, développer les instruments. Mais veiller à ce que la paroisse chante au moins autant que les chorales ou instruments, car c'est le peuple de Dieu qui chante, et non des concertistes ou choristes. Trois ou quatre chants de l'assemblée, trois de la chorale, une entrée, un prélude, un postlude, une sortie par les instruments forment un culte festif solide et équilibré. C'est le principe de départ qui a conduit aux " cantates ", dont le nom provient justement de l'élaboration de ce culte en y intégrant toutes ces composantes. En faisant cela, on célébrera une " cantate " avec la paroisse.

2.      LE TEXTE

       a.  Un « Psaume en Esaïe »

        Esaïe 12/1-6 est ce qu’on appelle « un Psaume dans un texte », c’est-à-dire une glorification psalmique, insérée ultérieurement, dans un grand recueil de textes, ici la collection des prophéties d’Esaïe et de ses successeurs. Le double psaume du chapitre 12 clôt la section Ch1 à 11 d’Esaïe.

        Ces Psaumes dans un texte sont au nombre d’une cinquantaine dans l’A.T. Ils ne se superposent pas avec les 150 Psaume du Recueil canonique. De ce fait, ils représentent un enrichissement possible pour le culte, qu’il serait bon d’exploiter davantage. On connaît l’exemple du cantique de Moïse et de son antienne de Myriam, dans Exode 15/1-21, ainsi que le Cantique d’Anne, dans I Samuel 2/1-11. Dans Esaïe, deux autres psaumes sont insérés : Es 26/1-6, datant probablement de l’époque de la reconstruction des murs de Jérusalem, et Es 42/ 10-17, qui reprend des phrases d’autres psaumes, en particulier des Ps 96 et 98 : « Chantez au Seigneur un chant nouveau ». On a continué cette tradition dans le N.T., avec les trois Cantiques de Luc. 

        Ces psaumes sont peut-être la trace d’un chant liturgique de louange, après la lecture d’un extrait de texte, Torah ou prophètes, dans le culte du Temple ou de la synagogue.   

        b.      Esaïe 12 est composé de deux morceaux

        Psaume A : de 1 à 2, et Psaume B, de 4b à 6, introduits par deux formules identiques : « Tu diras en ce jour-là » et « Vous direz en ce jour là ». La deuxième formule est introduite par un ordre : « Vous puiserez de l’eau avec joie aux sources de salut ». Les deux morceaux semblent être composés de phrases prises, ou inspirées, d’autres psaumes qu’on retrouve dans le livre des Psaumes :

         Ps A :        Ps 118/21 : Je te loue parce que tu m’as exaucé
                         Ps 68/21   : Dieu est pour nous le Dieu des délivrances
                         Ps 116/13 : J'élèverai la coupe des délivrances
                                                    et j’invoquerai le nom de l’Eternel 

         Ps B :        Ps 105/1   : Faites connaître parmi les peuples ses hauts faits
                         Ps 8/2       : Et., notre S., que ton nom est magnifique par toute la terre    
                         Ps 89/19   : Le Saint d’Israël est notre Roi
                         Ps 98/1     : Car il fait des merveilles

         c.      les deux Psaumes ont un caractère différent

        Le Ps A rappelle la punition de Dieu sur son peuple, puis son pardon et son rétablissement. Il relève de la confession des péchés et de l’absolution. Le texte est particulariste et vise Israël même.

        Le Ps B est une acclamation de Dieu parmi les peuples, jusqu’au bout de la terre. Le texte est universaliste, il vise Israël dans le monde.

        Mais les deux se succèdent logiquement : ce qui est arrivé au peuple le concerne au premier chef, mais concerne aussi le monde entier, de par la nature même d’Israël chargé de faire connaître Iahveh aux nations.

        Cette différence et succession peut être un plan de prédication :

        1. Ps A : Dieu a fait de grandes choses ( à détailler) : il faut le glorifier

        2. Ps B :  Faisons-le savoir : Edification, Evangélisation, Mission

        d.      deux remarques

        1°   « Vous puiserez de l’eau »

        Cette parole fait peut-être allusion à une procession de l’eau, comme on en trouve une dans le cadre de la grande fête des Tabernacles à Jérusalem, dans Jean 7/37-39. Jésus reprend l’image de l’eau pour parler d’eau vive : v.38  « Celui qui croit en moi, des sources d’eau vive couleront de son sein, comme dit l’Ecriture ». Quelle Ecriture ? Esaïe 35/6-7 et 58/11, ainsi que Jérémie 31/12 pourraient être visés. De même, au puits avec la Samaritaine, Jean 4, Jésus dit : « Celui qui boira de l’eau que je lui donnerai à boire, n’aura plus jamais soif. » 

        L’eau du salut, issue de l’œuvre et de la parole de Dieu, et en particulier de la résurrection du Christ, est un thème de la nouvelle vie et du temps de Pâques. Voilà un thème qu’on peut aussi employer dans la prédication.

        2°   « le Saint d’Israël »

        C’est le titre donné à Iahveh par Esaïe et son école . Il désigne à la fois le Dieu de Jérusalem et de Juda, et de kol-Israël = tout Israël, le Dieu dynastique des descendants de David, le Dieu de la capitale de l’Etat, le Dieu national de Juda, le Dieu propre de tout Israël, selon les 10 commandements, résumé de la Loi. Et le Dieu universel, « l’Eternel des armées », dont la gloire remplit les cieux et toute la terre, kol haAretz.

        Au ch 6, le triple kadosh, repris dans le Sanctus de la Cène, l’exprime de façon magistrale et classique. On retrouve ici le caractère particulier et national de Iahveh, et son caractère universel.  Ce Dieu est notre Dieu : cette dimension peut aussi alimenter la prédication ;

        e.      emploi liturgique du texte dans le culte

        Si ce texte d’Esaïe a été choisi pour base de la prédication, il est intéressant de partir de sa fonction dans le litre du prophète, laquelle est liturgique : rendre gloire à Dieu pour ses exploits. En particulier ceux du chapitre 11 qui précède immédiatement, car le raccord de 12/1 : « Tu diras en ce jour-là », veut rattacher le Psaume aux évènements de ce chapitre, qui sont : 1. la naissance d’un nouveau Roi juste, un Messie. 2. la paix universelle du règne animal ; 3. la paix politique dans le règne humain par la paix entre les grandes puissances : Egypte, Israël, Assyrie.

        Au lieu de lire le texte simplement depuis la chaire, on peut le dire en alternance de deux chœurs I et II, ou en alternance d’un chœur , ou du pasteur, et de l’assemblée. En plaçant des antiennes, et même le Gloria Patri, dit ou chanté, pour achever, avec reprise éventuelle de l’antienne, selon la pratique ancienne classique.

        Le texte retrouve ainsi sa fonction liturgique de glorification de Dieu pour son œuvre, et devient le point de départ d’une proclamation de cette oeuvre dans la prédication.

        Voici le texte ainsi découpé :

Un Psaume dans Esaïe : le chapitre 12

Antienne (tous):  Vous puiserez de l’eau avec joie /
                         aux sources du salut. (12/3)

I.    Et tu diras en ce jour-là :  Je te loue, ô Eternel !

II    Car tu as été irrité contre moi,

      Ta colère s’est détournée, et tu m’as consolé ;

I.    Voici, Dieu est ma délivrance,

      Je serai plein de confiance et je ne craindrai rien ;

II.  Car l’Eternel est ma force et le sujet de mes louanges ;

      C’est lui qui m’a sauvé.

Antienne (tous):  Vous puiserez de l’eau avec joie / aux sources du salut. (12/3)

I.    Et vous direz en ce jour-là :

      Louez l’Eternel, invoquez son nom,

II.  Publiez ses œuvres parmi les peuples,

      Rappelez la grandeur de son nom !

I.   Célébrez l’Eternel, car il a fait des choses magnifiques :

     Qu’elles soient connues par toute la terre !

II. Pousse des cris de joie et d’allégresse, habitant de Sion,

     Car il est grand au milieu de toi, le Saint d’Israël !

Antienne (tous) :  Vous puiserez de l’eau avec joie / aux sources du salut. (12/3)

Gloria : Gloire soit au Père, gloire au Fils, Gloire au Saint-Esprit, comme au commencement,

             aujourd’hui, toujours, et d’éternité en éternité. Amen.

Antienne (tous) :  Vous puiserez de l’eau avec joie / aux sources du salut. (12/3)

 

3.      PRÊCHER

a.      Partir de l’histoire, c’est-à-dire d’un événement créé par Dieu, de l’œuvre de Dieu, selon la règle des prophètes. Leur prédication est l’explication de ce que fait Dieu, de ce qu’il a fait et qui vaut pour nous aujourd’hui, de ce qu’il va faire et qui concerne.

         On peut partir du ch 11 d’Esaïe et l’appliquer à aujourd’hui : la naissance du Messie : quelle est l’importance de la venue du Christ pour nous. Partir de son œuvre : pacifier les relations entre les animaux et nous, mais aussi entre les hommes : problèmes de la difficulté qu’ont les gens à vivre ensemble, à vivre avec une nature traitée hostilement et qui se venge terriblement aujourd’hui. La paix entre les hommes qui pensent autrement, comme l’Egypte, Israël et l’Assyrie : voir le monde arabe et Israël. La paix en Irak et en Afghanistan, où les fous de Dieu se vengent terriblement des humiliations imposées par l’Amérique bien-pensante. La paix dans les banlieues, où les immigrés réagissent violemment aux conditions qui leur sont faites. Des foules d’exemples peuvent servir.

        On peut aussi partir d’évènements locaux, vécus dans la ville ou la paroisse.

        Que fait Dieu, ou qu’a fait Dieu ? Y a-t-il des raisons de la glorifier maintenant ? Si oui, glorifions ! S’il ne se dégage rien de précis et de satisfaisant, alors disons avec Esaïe : quand les choses se seront réalisées, alors, en ce jour-là », nous pourrons glorifier : glorifions, dans l’espoir d’une solution future.

        Homiletische Monatshefte 2001, sous la plume de Heiz Beuler-Lotz, donne une belle histoire, qu’on peut raconter comme exemple d’un événement qui conduit à la glorification de Dieu : « L’arbre de la vie ».  

    L’arbre de la vie

        Un enfant était couché depuis des semaines à l’hôpital, sans que sa santé s’améliore. « Ne guérirai-je jamais ? Vais-je mourir ? » demanda l’enfant à l’infirmière. Celle-ci était une femme avisée, et elle dit : « Non, tu ne mourras pas. Vois-tu l’arbre devant ta fenêtre ? Maintenant, en hiver, il n’a pas de feuilles. Mais au printemps il reçoit des forces nouvelles. Quand cet arbre aura de nouveau des feuilles, tu guériras. » L’enfant se réjouit et regarda chaque jour l’arbre.

        Le printemps vint, les buissons et les arbres eurent des bourgeons. Et l’espérance de l’enfant grandissait de jour en jour. Mais son arbre n’avait pas de bourgeons ! « Qu’est-ce que cela veut dire ?  Pourquoi mon arbre n’a-t-il pas de bourgeons ? » Une nouvelle infirmière était arrivée dans le service, elle ne comprenait pas la question de l’enfant, et elle ne comprenait rien aux arbres ! Elle répondit : « L’arbre est probablement mort. » A partir de ce jour, l’enfant alla de plus en plus mal, sans que les médecins parviennent à trouver pourquoi.

        Par chance, l’ancienne infirmière revint dans le service. Quand elle vit l’enfant dans son fort mauvais état, elle fut effrayée et s’assit auprès de son lit. L’enfant pleura et lui raconta que son arbre était mort et que lui aussi devrait maintenant mourir. Alors l’infirmière comprit, et dit : « Mais non, l’arbre n’est pas mort. C’est un platane, et les platanes reçoivent leurs feuilles beaucoup plus tard que la plupart des autres arbres. Attends encore quatre semaines, et il aura des feuilles, et toi tu guériras ! »

        Deux semaines plus tard, le platane poussait ses bourgeons, et l’enfant commença de se lever. Et après deux autres semaines, le platane avait ses feuilles et l’enfant rentrait à la maison.

      b.    Arriver à la glorification de Dieu :   Cantate est le 4ème dimanche du temps de Pâques : tirer les leçons de la résurrection du Christ et de la vie nouvelle apportée par cette résurrection : renouveau de la nature, célébré le dimanche précédent : Jubilate, mais aussi de l’homme nouveau, de la nouvelle créature, célébré aussi à Jubilate.

        Divers chants de Pâques parlent de ce double renouveau de la nature, la création ancienne, et de l’homme, la création nouvelle.

 

4.      CHANTER

    Le chant nouveau :    Ce thème est central, et domine la liturgie de Cantate. Employer des chants puissants et solides. Employer le Psaume du dimanche, le 98, de façon alternée ou chantée : « Entonnons un nouveau cantique. » Ou le 100, qui donne le cantique de la semaine : « Nun lob den Herren, alle Welt ». Ou encore le Ps 96 : « Chantez à Dieu strophe nouvelle ».        Divers chants de Pâques parlent de ce double renouveau de la nature, la création ancienne, et de l’homme, la création nouvelle.

      « Christ ist erstanden » est un bon chant, en particulier après l’évangile. Si on peut chanter l’original allemand, c’est évidemment mieux. Car le texte des livres français actuels n’est pas heureux : il ne respecte pas le rythme du chant, variable d’une strophe à l’autre, et ne traduit pas le texte. Je propose la traduction suivante :

 

             CHRIST, LE RESSUSCITE,
             DE LA MORT A TRIOMPHE
               ( Christ ist erstanden )

 

                   Christ, le Ressuscité,
                   De la mort a triomphé !
                   Réjouissons-nous tous en chœur :
                   Christ est notre Défenseur.
                   Kyrieleis              

                   S'il n'était ressuscité
                   Nous n'aurions pas été sauvés !
                   Puisqu'il est ressuscité,
                   Nous bénissons Dieu pour l'éternité.
                   Kyrieleis  

                   Alléluia, Alléluia, Alléluia !
                   Réjouissons-nous tous en chœur :
                   Christ est notre Défenseur.
                    Kyrieleis.

        Le choix des cantiques proposé par le plan de lectures donne la traduction du Wochenlied « Lob Gott gtrost mit Singen » : « Dans toutes nos détresses ». Mais le 2ème chant proposé : « Oui, je veux te bénir », est faible pour un culte aussi important que Cantate.  

        Sur le site internet :  www. Chants-protestants. com , on trouvera, dans la Table analytique,  sous Pâques et Cantate, divers chants possibles sont proposés

 

                                       (Kéler Yves 2007)

 

 

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