« Pasteur Yves Kéler, retraité de l'Eglise de la Confession d'Augsbourg d'Alsace
et de Lorraine (ECAAL)/Union des Eglises Protestantes d'Alsace et de Lorraine (UEPAL)
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*1939 - † 2018

 

5 STALINGRAD 1944
5e chant d'une série de 5 sur Stalingrad 



 

 

 

LA MERE DE DIEU DE STALINGRAD
Die Mutter Gottes von Stalingrad

 Arno Pötsch 1944

 

 

 

 

1. La mère de Dieu de Stalingrad

    Près des soldats allemands habite.

    Dans la nuit mordante du grand hiver

    Des steppes russes, sous le ciel ouvert,

    La mère de grâce s’invite.

 

2. La mère de Dieu de Stalingrad

    Visite aujourd’hui les plus pauvres,

    Tapis dans les ruines, dans leur terrible sort,

    Où seule est là, toute proche, la mort,

    Et prend pitié de leur épreuve.

 

3. La mère de Dieu de Stalingrad

    Traverse ferme la nuit glaciale,

    Elle entre dans les huttes et les trous,

    Elle s’installe où l’éclairage est flou,

    La femme à l’enfant, amicale.

 

4. La mère de Dieu de Stalingrad

    S’assied près des vieux et des jeunes,

     Et chez les hommes s’ouvrent de grands 

                                                 yeux.

    Ils voient la mère, avec le Fils de Dieu,

    Et simplement leurs mains se joignent.

 

5. La mère de Dieu de Stalingrad

    Ecoutez ! doucement, elle chante.

    Ils sentent, tout près d’eux, la patrie !

    Les visages se décrispent dans la nuit.

    Miracle de la voix aimante.

 

6. La mère de Dieu de Stalingrad

    Vêtue de sa longue tunique,

    Que vois-je ? ouvre large son grand 

                                              manteau

    Et dit : « Je vous ramène chez vous, au      

                                              chaud ;

    En mère, de vous je m’occupe. »

 

7. La mère de Dieu de Stalingrad,

    Ses mains sur tous, ici, se posent.

     Le tourment se calme, les maux, la douleur.

    Et la paix vient remplir le plus seul des cœurs,

    Qui heureux et serein repose.

 

8. La mère de Dieu de Stalingrad

    Connaît les indicibles souffrances.

    Elle sait chaque plainte du faible et du fort,

    Et mille et mille fois elle a vu leur mort,

    Quand sur son bras trône l’enfance.

 

9. La mère de Dieu de Stalingrad

    Vient aussi, la mère de grâce,

    Parmi les plus pauvres dans la sainte nuit,

    - Car une mère pense à ses petits-

    Les soldats perdus dans la glace.

 

10. La mère de Dieu de Stalingrad,

      Venue d’un ciel de grâce, d’amour,

      A béni dans ce monde de feu, de sang,

      Les fossés, les trous, les tombes, les

                                                  champs,

      Les vivants et les morts sur place.

 

 

 

Die Mutter Gottes von Stalingrad

Weilt heut bei den deutschen Soldaten.

Sie hat in der eisigen Winternacht

der russischen Steppe sich aufgemacht,

die Frau und die Mutter voll Gnaden

 

Die Mutter Gottes von Stalingrad

besucht heut die Ärmsten der Armen.

Sie hocken in Trümmern in bitterster Not,

nur einer ist nahe, und das ist der Tod;

da will sich die Mutter erbarmen.

 

Die Mutter Gottes von Stalingrad,

sie kommt durch die eisigen Winde

in Hütten und Höhlen, sie findet sich ein

und läßt sich dort nieder im kärglichen Schein,

die Frau mit dem himmlischen Kinde.

 

Die Mutter Gottes von Stalingrad

sitzt still bei den Jungen und Alten.

Und den Männern weiten die Augen sich groß,

sie schauen die Mutter, das Kind ihr im Schoß,

und sachte die Hände sich falten.

 

 

Die Mutter Gottes von Stalingrad -

o hört doch, jetzt singt sie ganz leise!

Den Männern kling es wie Heimat und Licht.

Da löst es sich heimlich im starren Gesicht.

O Wunder der Göttlichen Weise!

 

Die Mutter Gottes von Stalingrad,

im weiten Gewande geborgen -

was seh ich! Jetzt breitet den Mantel sie aus!

 

Jetzt spricht sie: Kommt alle, ich bring euch nach Haus,

 

ich will euch, die Mutter, versorgen!

 

Die Mutter Gottes von Stalingrad,

jetzt legt sie auf alle die Hände.

Da still sich der Kummer, das Leid und der Schmerz,

da füllt sich mit Frieden das einsamste Herz,

wird fröhlich und still bis ans Ende.

 

Die Mutter Gottes von Stalingrad

die weiß um unsägliche Schmerzen;

sie kennt allen Jammer, sie weiß alle Not,

und tausendmal, tausendmal litt sie den Tod,

sie trug doch ein Kind einst am Herzen!

 

Die Mutter Gottes von Stalingrad -

so kam sie, die Mutter voll Gnaden,

zu den Ärmsten der Armen in heiliger Nacht,

weil die Mutter noch immer des Ärmsten gedacht,

sie kam zu den deutschen Soldaten.

 

Die Mutter Gottes von Stalingrad,

aus Liebe vom Himmel entboten,

sie hat sie gesegnet in schauriger Welt,

in Gräbern und Gruben, im grausigen Feld,

 

die Lebenden und auch die Toten!

  

         Texte        Die Mutter Gottes von Stalingrad

                         Arno Pötsch 1944

                         fr. : Yves Kéler 20.12.2014

 

 

 

 

 

Le texte 

La madone de Stalingrad : histoire du dessin

         La « madone de Stalingrad » est un dessin exécuté au charbon à Stalingrad, sur le dos d’une carte soviétique : 

         « Das Weihnachten 1942 von dem evangelischen Pastor, Oberarzt im Lazarett und Künstler Dr. Kurt Reubergezeichnete Bild entstand in einem Unterstand im Kessel von Stalingrad. Reuber starb 1944 in sowjetischer Kriegsgefangenschaft; das Bild gelangte mit einem der letzten Flugzeuge, einer Ju 52 Transportmaschine, durch einen schwer verwundeten Offizier in die Hände der Familie im Pfarrhaus Wichmannshausen, Kreis Eschwege in Deutschland.[3] Die Familie übergab es am 26. August 1983 auf Anregung von Karl Carstens (Bundespräsident 1979 bis 1984) der Kaiser-Wilhelm-Gedächtniskirche in Berlin. Dort hängt es als eine Anregung für Gedenken und Gebet und als eine Erinnerung an die Gefallenen und Mahnung zum Frieden » (Wikipedia : Stalingradmadona).

         Traduction : « L’image dessinée à Noël 1942 par le pasteur protestant, médecin-chef à l’hôpital militaire et artiste, le Dr. Kurt Reuber, naquit dans un abri souterrain dans Stalingrad encerclée. Reuber mourut en 1944 en captivité de guerre soviétique (dans le camp de Jelabuga). L’image parvint avec un des derniers avions (à quitter Stalingrad), un avion de transport JU 52, grâce à un officier grièvement blessé, dans la famille Reuter du presbytère de Wichmannhausen (en 1946, accompagnée d’un autoportrait et d’une lettre, deux ans après la mort de Reuters), district d’Eschwege, en Allemagne. La famille l’offrit le 26 août 1983, sous l’impulsion de Karl Karstens, président de l’Allemagne fédérale, à la KaiserWilhelm-Gedächtniskirche (l’église commémorative de l’empereur Guillaume) à Berlin. Là elle est exposée comme une incitation à la mémoire et à la prière et comme un souvenir des soldats tombés et un appel à la paix. »

         L’image avait été suspendue par Reuber dans un abri fortifié obscur, éclairée par des bougies. On raconte que beaucoup de soldats passaient voir l’image, qui leur apportait quelque réconfort.

         Kurt Reuber a fait beaucoup de dessins au charbon pendant la guerre, dans les Balkans et en Russie, en contact avec les populations et représentant des vieux, des enfants et des femmes, entre autres parmi les malades civils dont il s’occupait. Une exposition de 90 de ses dessins a été faite à Ansbach , Bavière), en 2014, à l’occasion du 70e anniversaire de sa mort.

 les thèmes du texte

         Le texte du poème de Pötsch essaye de rappeler ce que furent ces souffrances et ces morts dans Stalingrad encerclé. L’hiver 1942 était particulièrement froid, comme tous les hivers de la 2e Guerre mondiale. On a atteint des – 40. Le froid est donc un thème récurrent. Encerclés par les Russes à partir du 10 septembre 42, jusqu’à la capitulation le 2 février 1943, les allemands souffrirent de plus en plus de la faim, et beaucoup moururent d’épuisement. La faim est le second thème récurrent. Le 3e est la mort, qui rôdait partout, à la fois à cause des canonnades des soviétiques, en particulier des « orgues de Staline », des lance-missiles hurlants et dévastateurs, et des tirs des tireurs d’élite. Ces derniers étaient des héros dans les deux camps. Le film « Stalingrad », de Jean-Jacques Annaud en 2001, montre la rivalité de 2 tireurs délite, l’un allemand, l’autre soviétique. Le 4e thème fondamental est le combat dans la ville et ses ruines, en particulier d’usines. Les corps à corps et le nettoyage de chaque carré de ruines coûtait des vies humaines, et chacun avait la hantise de voir déboucher un groupe d’ennemis prêt à massacrer tout le monde sans faire de prisonniers. Ajouter à cela l’éloignement des siens, l’arrêt de la poste et des journaux et la quasi-certitude qu’on tombera aux mains des Russes plus ou moins vite, et vous aurez le tableau de la vie et des sentiments des soldats allemands.

         Dans ce contexte, le dessin de la « madone de Stalingrad » représente une consolation et un espoir. L’image centrale représente une Vierge à l’enfant assise et recroquevillée, qui protège de son voile un enfant. Les formes générales sont rondes, enveloppantes, rassurantes.  Le voile a deux mouvements : d’abord il remonte le dos de la mère, puis il forme un cercle autour de son visage et de l’enfant, que la main droite soutient. A l’évidence, c’est un geste de protection et non de présentation de l’enfant. Ce geste correspondait aux angoisses des soldats, incertains de leur avenir. Le texte autour de l’image centrale.

        Le texte autour de l’image fait le tour du rectangle et se présente ainsi : voir Site Die Madona von Stalingrad

 

 

W    1942                      L I C H T

E

I                                                     L
H                                                    E
N                                                    B
A                                                    E
C                                                    N
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T                                                   
E                                                    L

N                                                    I

                                                      E

I                                                     B

M                                                   E

 

K

E S S E L

                FESTUNG STALINGRAD

 

 

N     1942            L U M I E R E

 

                                                 V

O                                                  

                                                  I

                                                  

Ë                                               E

                                                 

 

L                                               A

                                                 M

D                                               O

A                                               U

N                                               R

S

L’ENCERCLEMENT
           FORTERSSE STALINGRAD

 

 

 Ce poème a été écrit par Arno Pötzsch, qui était Marineoberpfarrer – Aumônier principal de la Marine, à Noël 1944. Né à Leipzig en 1900, éducateur et diacre dans les communautés moraves de Kleinwelka et Herrnhut, maison centrale des Moraves, puis pasteur à Wiederau bei Rochlitz (Saxe), pasteur de la Marine à Cuxhaven et Helgoland, où il est mort en 1956. (Notice biographique de EG 1995.)l’auteur

Arno Pötzsch a écrit de nombreux chants, dont 4 figurent dans EG :

N° 224 Du hast zu deinem Abendmahl – A ta Cène tu nous as invités
N° 408 Meinem Gott gehört die Welt -A mon Dieu est la terre
N° 533 Du kannst nicht tiefer fallen -Tu ne peux pas tomber plus bas (voir sur ce site Chants
français « Qui se retire à l’ombre »
N° 586 Es ist ein Wort ergangen – Une parole a été dite


la Mère de Dieu

Cette image est appelée la « Madone de Stalingrad – die Stalingrad-Madona », mais son vrai titre est « Mutter Gottes von Stalingrad – Mère de Dieu de Stalingrad. »

La différence est que la Vierge Marie n’est pas le centre, l’italien Madona signifiant Notre Dame, selon la piété catholique de la vénération de la Vierge protectrice. Reuber est un pasteur protestant et luthérien : la Réforme a retenu les 5 premiers conciles œcuméniques, ou universels, comme canoniques et fidèles à la parole de Dieu 1. Jérusalem 50 ; 2. Nicée-Constantinople 321 et 381 ; 3. Ephèse 432 ; 4. Chalcédoine 451.

D’après le 3e concile, d’Ephèse 431, Marie est la mère du Christ, lequel étant de nature divine, entraîne l’appellation pour Marie de « Théotokos – Mater Dei- Mère de Dieu », qui désigne le fait que Marie met au monde les 2 natures du Christ, l’humaine et la divine. Ce 3e Concile définira cette maternité double de Marie en créant le titre de « Théotokos », conséquence de Nicée - Constantinople de 381 (2e concile universel), qui définit le Christ comme « Homo factus est, …, Deus de Deo – Devenu homme,…, Dieu issu de Dieu. » Le Concile de Chalcédoine de 451 (4e concile universel) définira les 2 natures en Christ. Plus tard, la piété catholique naissante introduira la piété mariale. Les orthodoxes reconnaissent les 8 premiers conciles, jusqu’à Constantinople IV, de 869-70, le dernier universel avant le Schisme d’Orient de 1080. Les conciles occidentaux latins suivants ne sont reconnus que par l’Eglise romaine. Les protestants reconnaissent les seuls 4 premiers, jusqu’à Chalcédoine.

Nous sommes donc dans la piété protestante, plus exactement luthérienne, dans laquelle la Vierge Marie est respectée en tant que « porteuse du Christ. », mais pas davantage. Les « Marientage – Jours mariaux » propres des luthériens sont au nombre de trois : 1° « Présentation du Seigneur, 2 février, Chandeleur ; 2° « Annonciation », le 25 mars ; 3° « Visitation », le 2 juillet. Le temps de l’Avent et de Noël rend hommage à ce rôle de Marie, en particulier Au 4e Avent, avec la Visitation et le Magnificat, le 1er janvier avec la Circoncision et le 2e dimanche après Noël avec la Fuite en Egypte. A Noël, Marie est celle qui apporte le Christ au monde, c’est là sa fonction. Et c’est celle de la Mère de Dieu de Stalingrad : apporter aux soldats la présence du Christ, mais dans le cocon maternel et aimant, selon la volonté de Dieu, énoncée par l’ange de Bethléem : « Je vous annonce une bonne nouvelle, qui sera pour tous le sujet d’une grande joie. C’est qu’aujourd’hui il vous est né un Sauveur, qui est le Christ le Seigneur… Ils trouvèrent Marie et Joseph, et le petit enfant couché dans une crèche. »

Cet événement-là se reproduit à Stalingrad, à travers la mère de Dieu qui porte son enfant divin. Ce mélange de proclamation de l’évangile du Christ Sauveur divin par les anges et de tendresse maternelle de Marie l’humaine mère est la base de cette image de Stalingrad. C’est ce que Arno Pötzsch a voulu dire à Noël de 1944, après le Débarquement et l’entrée des premières troupes alliées en Allemagne en décembre, lorsque la défaite allemande devenait certaine.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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