« Pasteur Yves Kéler, retraité de l'Eglise de la Confession d'Augsbourg d'Alsace
et de Lorraine (ECAAL)/Union des Eglises Protestantes d'Alsace et de Lorraine (UEPAL)
»

*1939 - † 2018

7e dimanche après la Trinité

Dimanche 26 juillet 2009

À la table du Seigneur

Jean 6, 1﷓15

I)  Nous n'avons rien

Voilà un bon moment que Jésus n'avait pas trouvé une minute à lui, un petit moment pour s'isoler. Bien sûr, comme il guérissait les malades, la foule cavalait après lui. Il essaya de passer de l'autre côté du lac, espérant ainsi pouvoir s'isoler, mais déjà les gens avaient trouvé le moyen de le suivre. Il monta alors sur une colline, mais là encore, tous le rejoignirent. Quel désir animait donc tous ces gens ? Quelle soif les poussait ainsi ? Quelle faim les tenaillait au point qu'ils ne pensent plus ni à l'heure ni au lieu qui s'éloignait de plus en plus de leur maison ? La foule était là, troupeau en recherche de berger. Des hommes, des femmes, des enfants, des adolescents, tous poussés par des besoins différents. Mais écoutez les disciples. Ils discutent entre eux.

Rapprochons﷓nous un peu pour les écouter.
﷓ Non, mais tu as vu ce monde ?
﷓ Oui, mais ils ont faim !
﷓ Mais comment veux﷓tu que nous les nourrissions ? Je ne suis pas magicien moi !
﷓ Ils n'ont qu'à rentrer chez eux...
﷓ Ils vont tomber d'inanition en cours de route, moi je te le dis. Et alors ce sera pire.
﷓ Mais non ! Ils sont plus solides que ça !

À ce moment, Jésus arriva et leur demanda où acheter le pain pour tous ces gens... Là, les disciples n'en crurent pas leurs oreilles.
﷓ Comment ça, où ? Mais là n'est pas la question !!!
﷓ Exactement ! Notre bourse ne contient pas assez d'argent pour acheter du pain pour tout le monde !!!
﷓ Jésus, nous avons un problème d'argent. Lorsque nous aurons assez d'argent, le reste viendra tout seul...

Jésus n'avait visiblement pas la moindre notion de comptabilité, de salaire, de rentrées et de sorties, bref, de gestion. Heureusement, les disciples étaient là pour s'occuper de tout cela. Mais ceci ne faisait que les plonger encore plus dans la déprime parce que l'argent ne tombe pas du ciel. Et là, ils n'avaient rien : rien à manger, pas d'argent. La vraie dèche quoi. De toute façon, pour nourrir une foule aussi nombreuse et aussi affamée, ils auraient besoin du salaire journalier de 200 ouvriers. Alors la voie était vraiment sans issue.
Alors que la plupart des disciples baissaient les bras, s'asseyaient en désespérant, l'un des disciples, nommé André, commença à circuler dans la foule, à demander si quelqu'un avait quelque chose à proposer. Il passa de groupe en groupe. On le regardait de travers. Certains se disaient que ce Jésus pouvait bien faire un petit miracle ; il avait bien guéri des malades. Pourquoi ne ferait﷓il pas pleuvoir du pain, comme Dieu l'avait fait dans le désert, avec la manne ? Les autres gardaient leur manteau et leur sac soigneusement fermés : il ne faudrait tout de même pas qu'on voie qu'ils avaient un quignon de pain et quelques olives dans la poche ! Ils allaient encore se faire agresser non, mais !

Oui, parce qu'il faut vous dire que dans le pays de Jésus, et à cette époque﷓là, il ne serait venu à l'idée de personne de sortir de sa maison le matin sans un petit quelque chose à manger dans la poche. On faisait le grand repas chaud le soir, en rentrant à la maison. Alors à midi, on pique-niquait d'un morceau de pain, de quelques olives, d'un oignon, de quelques figues, et on emmenait aussi une gourde remplie de vin coupé d'eau. Le soir venu, il ne restait plus grand-chose de ces provisions, et surtout, le ventre criait famine, parce qu'on avait l'habitude du bon repas du soir. C'est pourquoi, lorsqu'André commença à passer entre les gens, chacun serra ses petits restes précieusement dans ses poches.

II) Voilà ce que j'ai.

Il y eut alors un petit mouvement de foule. André, le disciple un peu naïf, avait ramené un jeune garçon. Celui﷓ci avait dit qu'il avait à manger. On se mit à ricaner sec dans les rangs. 5 pains et deux poissons, la belle affaire pour autant de monde ! Ah la jeunesse ! Innocente, inconsciente de la réalité, qui pense changer le monde par la simple force de sa volonté... On ricanait, on ricanait, mais... on commençait tout de même à se dandiner, gêné, coincé aux entournures, parce que dans les sacs, on avait quand même quelque chose qui commençait à peser bien lourd. Alors oui, ça commençait à peser dans les sacs ; vous savez, le poids du"tout pour moi", de l'égoïsme, qu'est-ce qu'il est lourd à porter au bout d'un moment.
Les disciples eux﷓mêmes étaient attendris par le geste de ce jeune garçon, et ils allaient gentiment le renvoyer en le remerciant pour sa générosité, « c'est gentil, mais tu sais ça ne suffira jamais ! » lorsque Jésus prit cette nourriture, et fit installer les convives dans l'herbe. Et là, là, les disciples n'en crurent pas leurs yeux : Jésus fit un geste aussi fou que ridicule. En face de cette foule de 5000 personnes, il remercia Dieu pour les 5 pains et les 2 poissons que Dieu avait donnés pour toute nourriture. Et il commença à les distribuer. Les disciples regardaient avec envie ce repas qui était en train de leur filer entre les doigts et qui aurait juste suffi pour eux. Jésus avait remercié Dieu pour la nourriture, largement insuffisante d'ailleurs, et la distribuait. Il n'avait décidément aucune notion de gestion ni de comptabilité, cela se confirmait une fois de plus. Mais par contre, il rayonnait de confiance en Dieu. Il semblait démesurément heureux que ce garçon ait fait ce geste fou, et il le prolongeait par sa prière, par sa communion avec son Père. Bien sûr, ce qui se jouait là ne pourrait jamais figurer dans le moindre livre de comptes, ou dans le moindre programme Excel de nos ordinateurs. Ce serait le plantage assuré ! En partageant la totalité de ce qu'il avait là, en le remettant à Dieu, Jésus fit une opération comptable qui consistait à passer du moins au plus, et de la division à la multiplication. Parce que figurez-vous que tout le monde se mit à manger. Il n'est pas difficile de savoir d'où venaient les pains, les olives, les figues, le fromage. Lorsque les manteaux et les sacs se mirent à s'ouvrir, ce sont les coeurs des hommes qui s'ouvrirent en premier lieu. Et pour ouvrir un coeur, il faut un vrai miracle ; il faut que Dieu lui﷓même intervienne, je peux vous le dire ! Et Dieu est intervenu dans cette grande foule parce que son Fils lui﷓même s'est entièrement donné à lui, et s'est entièrement donné aux hommes. Nous allons aujourd'hui aussi, manger de ce pain qui a été partagé jadis par la foule. Nous sommes une foule, nous aussi, et nous voulons vivre nous aussi ce partage, comme ceux qui sont venus pour écouter Jésus.

III) Et il en reste !!

« L'homme ne vit pas de pain seulement » a dit Jésus, et lorsque vous rentrerez chez vous tout à l'heure, vous prendrez encore un repas. Mais ce que vous avez reçu là, pendant ce petit partage, c'est de la nourriture pour votre âme, pour votre coeur, pour votre foi, votre amour et votre espérance. Cette nourriture est surabondante, toujours présente. Le Christ qui s'est donné à nous pendant ces moments passés ensemble, qui nous a offert sa présence aimante et bienfaisante, sera toujours à nos côtés, dans les temps qui viennent. Mais l'étonnement des disciples et de la foule n'est pas encore à son comble, parce que voyez-vous, il nous reste 12 paniers pleins des restes de la nourriture qui manquait. Nous sommes passés du manque, de la faim, à la surabondance. Dieu creuse en nous la soif de sa présence. Et lorsqu'il se donne à nous, nous sommes comblés au﷓delà de nos espérances. Il reste à manger ici, pour le monde entier, ce chiffre 12 symbolisant la totalité du peuple que Dieu aime. Le Christ s'est donné à nous, il a nourri notre foi, il nous a unis à lui, mais il a soif de tous ceux qui n'ont pas pu venir partager ce repas, il a faim de tous ceux qui hésitent peut﷓être à se rapprocher de lui. Ayant reçu cette nourriture pour notre foi, nous sommes invités à la partager avec d'autres. À nous maintenant d'aller dire la bonne nouvelle de cet immense amour. À nous maintenant que nos coeurs se sont ouverts, de rayonner de la joie et de la tendresse de Dieu. Lorsque nous sortirons de cette célébration, nous ne serons plus tout à fait les mêmes, puisque Dieu nous aura visités de façon tout à fait particulière. Alors à nous d'inventer les gestes et les paroles, envers ceux qui nous entourent, de près ou de loin dans ce monde. À nous de vivre en ressuscités.
Amen        

Laurence Hahn

Note : cette prédication est prévue avec célébration de la Cène entre les paragraphes II et III. Si une Sainte Cène n'est pas possible, on peut également faire simplement passer des corbeilles de pain.

¼ - Service des Lecteurs – SL – 32 – 26.07.2009 – Laurence HAHN

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