« Pasteur Yves Kéler, retraité de l'Eglise de la Confession d'Augsbourg d'Alsace
et de Lorraine (ECAAL)/Union des Eglises Protestantes d'Alsace et de Lorraine (UEPAL)
»

*1939 - † 2018

10ème Dimanche après la Trinité

Le seigneur et son peuple

Dimanche 31 juillet 2005

Jean 2, 13-22

(Série de Prédication III (Predigtreihe III) : nouveaux évangiles)

Sœurs et frères,

Qu’on ne vienne pas nous dire que ce texte de l’évangile de Jean contient une incitation à l’antisémitisme ! Car comprendre uniquement sous cet angle cette scène de Jésus qui chasse les vendeurs du temple consisterait à nous mettre nous-mêmes complètement à l’abri et à montrer les autres du doigt, à nous disculper en faisant croire que ce sont les autres, en l’occurrence les Juifs, qui ont tort.

Il est vrai qu’ici Jésus se rend au temple, au lieu saint de la religion juive, au moment le plus significatif de sa tradition : la fête pascale.

« La Pâque des Juifs était proche et Jésus monta à Jérusalem. Il trouva dans le temple les marchands de bœufs, de brebis et de colombes ainsi que les changeurs qui s’y étaient installés »,  (v.13+14) lisons –nous au début de notre passage. Rien que des animaux destinés aux sacrifices rituels et des monnaies autorisées pour les offrandes. Mais que constate Jésus ? Que le lieu de rencontre qu’est le temple a été détourné de sa fonction première.

Au lieu de continuer à le considérer comme un lieu de prière, on en a fait une chambre de commerce. D’où cette protestation de Jésus : « Ne faites pas de la maison de mon Père une maison de trafic » (v16b).

Mais pour qu’il soit d’emblée clair que cela n’arrive pas qu’aux autres, demandons-nous un peu ce que souvent deviennent nos lieux de culte. Construits pour être des lieux de prière et de louange, ils deviennent par-ci, par-là des salles de concert. Edifiés pour soutenir les humains dans leur quête de Dieu, ils sont de plus en plus considérés comme des monuments architecturaux ou tout simplement des musées, ou encore des témoins d’une époque.

Il n’y a donc pas qu’au temps de Jésus que des détournements ont pu être constatés, à toutes les époques il y en a eus – souvenons-nous simplement de l’affaire des indulgences et des remous qu’elle a provoqués au temps de la Réforme – et aujourd’hui encore nous pouvons en constater !

C’est que la question de la présence de Dieu dans ce monde et dans nos vies n’est pas simple et reste toujours posée. Lorsque nous pensons à notre génération, nous pouvons dire que si du point de vue de la religion et de la spiritualité, la présence de Dieu était par exemple encore une évidence pour un grand nombre de personnes il y a 40 ou 50 ans, il n’en est plus de même aujourd’hui, du moins dans nos régions. Il fut un temps où il suffisait de s’en tenir à des lieux – des églises – à des gestes et à des paroles pour se savoir soutenu et porté dans sa quête de Dieu. Aujourd’hui on ne veut plus s’en contenter, on veut en savoir plus, on croit en savoir plus, et on ne se rend même pas compte que tout en refusant une telle démarche de foi, on s’adonne à la crédulité, à la superstition et à la dernière idée à la mode.

La présence de Dieu dans ce monde et dans nos vies, elle n’est de loin pas une évidence. Notre recherche a besoin de supports extérieurs. Les croyants juifs prenaient appui sur le temple auquel ils se rendaient en pèlerinage, et sur les sacrifices et les offrandes. Les chrétiens ont construit par la suite des églises, élaboré des liturgies de messes et de cultes, et peu à peu ils ont compris l’importance de la Parole prêchée et du pain partagé. Rien que des réalités qui viennent en appui à nos démarches de foi. Et nous disons bien en appui, car elles ne peuvent pas constituer le contenu final ou le but dernier de nos élans spirituels.
Ce ne sont ni le temple, ni les offrandes et les sacrifices qui peuvent constituer l’aboutissement de votre recherche spirituelle. Ce ne sont ni telle église, ni telle célébration liturgique, aussi belle fût-elle, qui doivent se trouver au bout de votre quête, mais c’est Dieu lui-même. Et comment le rencontrer ? L’évangéliste Jean, tel qu’il nous relate cet épisode de la purification du temple veut nous faire comprendre que c’est dans la personne de Jésus lui-même que nous pouvons rencontrer Dieu. Cela ressort du parallèle fait entre lui-même et le temple. Parlant de lui-même il dit : « Détruisez ce temple et, en trois jours, je le relèverai ». (v19) Le temple de Dieu pour tous les hommes, pour le monde entier, c’est Jésus. C’est là, dans ce qu’il dit et ce qu’il fait, que nous rencontrons Dieu. En lui, et non pas dans une religion quelle qu’elle soit !

Et voilà qui nous dérange, qui nous heurte autant que les contemporains de Jésus ! Ne vous agrippez pas à vos temples et à vos lieux de culte. Ne vous réfugiez pas dans vos célébrations liturgiques et dans vos formules dogmatiques. Mais ouvrez-vous à cette bonne nouvelle que « Jésus est le temple de Dieu ». Tout le reste n’est que support, donc secondaire.

Réjouissez-vous de ce que vous puissiez rencontrer, reconnaître Dieu dans cette vie toute humaine qui n’est pas figée, mais mobile, pas muette, mais parlante, qui n’offre pas une maison étroite, mais des demeures multiples, qui n’est pas une maison close, mais un abri et un refuge pour  la multitude.

Avec Jésus la demeure de Dieu parmi les hommes n’est pas sainte et inaccessible, mais toute humaine, proche et accueillante. Ce n’est pas ailleurs, dans des demeures saintes et inaccessibles que cela se passe, mais en nous et parmi nous selon cette autre parole de Jésus lui-même. (Matthieu 18,20)

« Là où deux ou trois se trouvent réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux. » AMEN.

        Michel HOEFFEL, pasteur

        NCTC         33    1,2,3
244    1-5
247    1-4
279    4  

 

PREDICATIONS DU SERVICE DES LECTEURS DE L'UEPAL

Ces prédications sont fournies par le Service des Lecteurs de l'UEPAL.

Ce service a été dirigé par le pasteur Georges HUFFSCHMITT de Wingen-sur-Moder
puis 67290 VOLKSBERG (tél O3.88.01.55.41, courriel: Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.),
jusqu'en 2009.

A partir de cette année 2010, Mme Esther LENZ, de 67360 MORSBRONN-LES-BAINS
(tél: 03.88.90.07.02, courriel: Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.) reprend la direction.

Le Secrétariat est assuré par Madame Suzanne LOEFFLER,
au Secrétariat de la Paroisse de 67340 INGWILLER
(tél: 03.88.89.41.54, courriel : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.).

   

 

 

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