« Pasteur Yves Kéler, retraité de l'Eglise de la Confession d'Augsbourg d'Alsace
et de Lorraine (ECAAL)/Union des Eglises Protestantes d'Alsace et de Lorraine (UEPAL)
»

*1939 - † 2018

9ème Dimanche après la Trinité

Gérants des biens de Dieu

Dimanche 24 juillet 2005

Matthieu 7, 24-27

(Série de Prédication III (Predigtreihe III) : nouveaux évangiles)

L’homme prudent construit sa maison sur un fondement solide ; celui qui néglige le fondement est un insensé. C’est par ces mots de bon sens que Jésus termine le Sermon sur la Montagne et cela semble clair et évident pour tout le monde. Mais il s’agit d’une parabole : il s’agit de la maison de notre vie !

La maison de notre vie. Une belle image toute simple. Notre vie est un bâtiment que nous construisons depuis notre naissance. Au début, ce sont les parents qui y ont travaillé, de manière décisive ; ils ont imposé leur plan, nous n’avions pas le choix. Plus tard, à l’âge adulte chacun est appelé à prendre lui-même les choses en main de manière responsable. Chez les personnes d’un certain âge, on voit ce qu’est devenue leur maison : peut-être un petit chalet, un modeste pavillon, une construction plus importante, une belle villa ou même un château. Mais ce n’est pas là l’essentiel ! D’après les paroles de Jésus, ce qui compte, c’est sur quel fondement est construit la maison ! Et ce n’est pas visible au premier coup d’œil ; on ne peut le constater qu’au moment de la tempête. Jésus veut dire par là que notre vie est exposée à des tempêtes et que des dispositions sérieuses sont à prendre le plus tôt possible, au moment de poser les fondations.

Oui, il y  des temps d’épreuve où notre vie est exposée à des dangers, où notre foi menace de chanceler. Qu’en est-il de mon existence lorsque ma vie professionnelle est un échec, lorsque ma santé devient fragile, lorsque ma famille est déchirée, lorsqu’un être particulièrement proche m’est enlevé ? Et en tant que chrétiens nous nous demandons : ma foi me permettra-t-elle de surmonter les obstacles sans désespérer ? Ne vais-je pas un jour me trouver devant des ruines ?... Parce qu’il veut nous en garder, Jésus raconte cette double parabole ; non pour nous faire peur, mais pour que nous soyons des gens prudents, sages, intelligents. Il dit : « Celui qui entend mes paroles et les met en pratique est prudent... Celui qui entend mes paroles et ne les met pas en pratique est un insensé ». Donc : entendre et mettre en pratique ; entendre et faire.

Entendre. C’est par là qu’il faut commencer. Beaucoup de gens pensent pouvoir faire l’économie de cette première étape. Le christianisme, on connaît ! On réduit la foi chrétienne à quelques règles de morale, à un vague humanisme : rester correct autant que cela  se peut, éviter de faire du tort aux autres, suivre sa conscience et sa conviction, essayer d’aider ceux qui sont dans le besoin. Ne sait-on pas ce qu’il faut ou qu’il faudrait faire ? Alors pourquoi se mettre à l’écoute, pourquoi lire et méditer la Bible, pourquoi prier, pourquoi se réunir à l’église avec d’autres ?... Il faut de l’humilité pour accepter d’écouter ; mais accueillir le véritable Evangile est à ce prix.

Ce que Jésus est venu apporter n’est pas avant tout une nouvelle morale, mais un message de libération pour les pécheurs. Jésus proclamait l’amour de Dieu pour chaque homme ; il disait que personne n’est assez bon pour mériter cet amour ; il disait aussi que personne n’est assez mauvais pour être exclu de cet amour. Message choquant, surtout pour les gens religieux, de l’époque de Jésus comme de la nôtre. Il y a une égalité fondamentale de tous les êtres humains : tous ont la même valeur aux yeux de Dieu, tous sont destinés à la mort, Dieu est le Père de tous et pour tous Jésus a donné sa vie ; tous sont appelés à une vie purifiée, renouvelée et finalement à la vie éternelle. Il reste une inégalité, une différence : il y a les pécheurs qui savent qu’ils sont pardonnés et ceux qui ne connaissent pas encore cette merveilleuse possibilité du pardon. Les premiers sont appelés à transmettre la bonne nouvelle aux seconds. Voilà qui conduit à jeter un regard neuf sur les autres et qui est la base d’une vraie fraternité.

Ecouter Jésus signifie entendre toujours à nouveau quelque chose d’étonnant, qui remet en question, qui invite à une réorientation. Plusieurs fois dans le Sermon sur la Montagne, Jésus emploie ces mots : « Mais moi je vous dis ! » A des gens convaincus d’être en règle avec la loi, donc avec Dieu, il montre que leur piété et leur pratique religieuse sont comme une maison risquant de s’écrouler d’un instant à l’autre. Ils croient savoir, ils croient qu’ils n’ont pas besoin d’en entendre davantage, ils croient faire ce qui est agréable à Dieu. Mais en réalité, le fondement de leur foi n’est pas solide. « Mais moi je vous dis : Celui qui se met en colère contre son frère est déjà un meurtrier... Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent... Ne jugez pas, afin de ne pas être jugés... Tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le de même pour eux... » Un programme exigeant ; la volonté du Seigneur est à rechercher constamment, on ne la connaît pas une fois pour toutes. D’où la nécessité d’écouter ! Notre foi doit être nourrie par l’écoute. L’action du chrétien est toujours réponse à ce que Dieu dit et fait pour nous.

Mais justement : là où cette réponse manque, la maison est construite sur le sable ! Il s’agit d’entendre, puis de faire, de mettre en pratique. Ecouter ne suffit pas. La parole entendue doit porter des fruits ; tout comme Jésus est la « parole de Dieu faite chair », la parole que nous avons entendue doit « s’incarner », c’est-à-dire devenir chair, devenir concrète, visible ; elle doit se traduire par des actes. Elle doit habiter parmi nous comme Jésus a habité parmi les hommes. Elle doit guider nos décisions là où nous avons à lutter contre le mal, le mal qui nous entoure et aussi le mal que nous trouvons dans notre propre cœur. Notre réponse à Dieu ne peut se limiter à une confession qui sort de notre bouche ; des paroles ne suffisent pas...

« Celui qui entend mes paroles et les met en pratique est semblable à un homme prudent qui a bâti sa maison sur le roc », dit Jésus. D’ailleurs ses paroles ne peuvent être vraiment saisies dans toute leur profondeur que si l’on est prêt à les mettre en pratique. Dans le domaine de la foi, la bonne méthode, c’est apprendre en faisant. Appliquer sa parole conduit à poser de nouvelles questions et à s’adresser à lui pour en savoir davantage. Appliquer sa parole nous mène à retourner vers lui pour lui demander son assistance, car cela n’est possible qu’en restant en contact avec le Maître. Autrement dit : la vie chrétienne c’est écouter, mettre en pratique ; et cette mise en pratique fait écouter à nouveau, pour encore mieux mettre en pratique...

Le thème de ce dimanche nous le rappelle : nous sommes « gérants des biens de Dieu ». Ce que le Seigneur met à notre disposition n’est pas à enterrer, mais à faire fructifier ! Albert Schweitzer s’est mis au service des autres parce qu’il avait conscience d’être un privilégié ; il avait beaucoup reçu du Créateur, et il a compris que cela l’engageait à donner, à partager, à utiliser ses dons pour d’autres. Il écrit : « Tout ce que vous avez pu recevoir de plus que les autres, santé, talent, succès, enfance heureuse, conditions de vie familiale harmonieuses, vous ne devez rien prendre pour vous comme un bien qui va de soi... En retour, vous devez offrir votre vie pour les autres vies... »

Beaucoup de gens se demandent ce que l’Eglise peut leur apporter. La bonne question est : qu’est-ce que je peux apporter à mon Eglise ? Pour terminer, une petite histoire : Un pêcheur est assis au bord de l’eau, sa canne à la main, attendant que le poisson morde à l’hameçon. Un passant s’arrête et regarde. Après un moment, il dit au pêcheur : « Voilà une demi-heure que je vous regarde, et il ne se passe absolument rien ; je ne connais rien de plus ennuyeux que la pêche à la ligne. » Le pêcheur se retourne et lui répond : « Moi, si : ce qui est encore plus ennuyeux, c’est de rester à côté en spectateur ! » Pour la foi, c’est pareil ; on peut rester à côté et observer ; il ne faut pas s’étonner ensuite si l’on s’ennuie. Jésus dit : ne pas rester spectateur, mais agir, participer ! En obéissant à son ordre, nous travaillerons à la construction de la maison de notre vie et de la maison commune qu’est l’Eglise, non comme des insensés, mais comme des gens prudents et sages. Amen.

Denis Klein, pasteur à Offwiller.
    

Cantiques :        ARC    127    NCTC    127
                428        296

 

 

PREDICATIONS DU SERVICE DES LECTEURS DE L'UEPAL

Ces prédications sont fournies par le Service des Lecteurs de l'UEPAL.

Ce service a été dirigé par le pasteur Georges HUFFSCHMITT de Wingen-sur-Moder
puis 67290 VOLKSBERG (tél O3.88.01.55.41, courriel: Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.),
jusqu'en 2009.

A partir de cette année 2010, Mme Esther LENZ, de 67360 MORSBRONN-LES-BAINS
(tél: 03.88.90.07.02, courriel: Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.) reprend la direction.

Le Secrétariat est assuré par Madame Suzanne LOEFFLER,
au Secrétariat de la Paroisse de 67340 INGWILLER
(tél: 03.88.89.41.54, courriel : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.).

   

 

 

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