« Pasteur Yves Kéler, retraité de l'Eglise de la Confession d'Augsbourg d'Alsace
et de Lorraine (ECAAL)/Union des Eglises Protestantes d'Alsace et de Lorraine (UEPAL)
»

*1939 - † 2018


13e dimanche après la Trinité

Dimanche 2 septembre 2007

Le bon samaritain

Matthieu 6, 1-4

(Série de Prédication V (Predigtreihe V) : liste complémentaire I)

L'aumône : est?ce encore un sujet d'actualité ? Qui pratique encore l'aumône aujourd'hui ? Des protestants ? Guère. Les catholiques ? Très peu. Les musulmans ? Eh oui ! Les musulmans ! L'aumône systématique faite aux pauvres est en effet l'un des piliers de la foi musulmane. Cela peut nous surprendre, et nous donner à réfléchir, n'est-ce pas ? Au temps de l'Ancienne Alliance juive, l'aumône était une pratique très importante. Partager une partie de ses richesses avec les pauvres était une des grandes exigences de la loi religieuse juive. L'Ancien Testament regorge de textes qui expriment ce souci. Ainsi, dans le livre du Lévitique (chap. 19, v.9+10) : « Quand vous moissonnerez vos terres, tu ne moissonneras pas ton champ jusqu'au bord, et tu ne moissonneras pas tout ce qui reste à glaner ; tu ne grappilleras pas non plus ta vigne ; tu abandonneras les fruits tombés au pauvre et à l'émigré ! » Ou dans le Deutéronome : « Il n'y aura pas de pauvre chez toi, tellement le Seigneur t'aura comblé de bénédictions ! (15v 4) Ce souci de partager avec les pauvres était très vivant du temps de Jésus, et Jésus lui?même le tint pour une composante fondamentale de la foi. Pensez au jeune homme riche, auquel le Seigneur donne la consigne « Va, et vends tout ce que tu as, distribue?le aux pauvres, et tu auras un trésor dans les cieux ! » Une autre fois, il dira (Luc 12, v.33) : « Vendez ce que vous possédez, et donnez?le en aumône ; faites?vous ainsi un trésor inusable dans les cieux ! » On ne peut guère donner plus d'importance à l'aumône. Mais alors, pourquoi adresse?t?il ici une si vive critique à la question de l'aumône ? Vous avez compris : ce n'est pas l'aumône qui est visée, mais la façon de la donner. Et comment est?elle si souvent donnée ? En le faisant claironner publiquement. Pour se faire voir, bien sûr, et se faire admirer par tout le monde. En fait, beaucoup de croyants ne donnent pas pour donner, mais pour se faire admirer. Ce n'est pas le partage avec le pauvre qui anime leur geste, mais le désir de briller. Leur religion est pervertie par l'égoïsme et la vanité. Vaines vantardises dit Jésus. Et, ironiquement, il ajoute : ceux qui sont esclaves de tels enfantillages « ont reçu leur récompense », c’est-à-dire : ils ont reçu ce qu'ils ont voulu : l'admiration des hommes. Admiration futile et combien éphémère ! Aux yeux de Dieu, tout cela n'est que vaine mascarade.

Nous avons à nous demander si nous sommes nous?mêmes libres de toute tentation de mettre la religion à notre service, de mettre notre petite personne en avant, lorsque nous apportons notre don à l'Église, aux missions, ou lorsque nous prions ou fréquentons le culte. Un petit fait divers est significatif à cet égard. Dans l'une des paroisses de notre Église, on venait de changer le système d'encaissement de l'offrande annuelle. C'est ce que le responsable d'un secteur expliquait à l'un des paroissiens qui, sous couvert, lui remit son offrande. Mais, lorsqu'il se rendit compte que le nouveau système permettait aux ouvreurs des enveloppes de déterminer l'identité du donateur, s'ils le désiraient absolument, il rappela l'encaisseur, reprit son enveloppe pour lui en donner une autre qui contenait certainement plus du double de la première. Cette petite vanité peut nous guetter jusque dans nos cercles de prière. Combien sont?ils qui s'appliquent beaucoup plus à formuler de belles phrases pieuses qui ronflent et charment l’auditoire, plutôt que de rester sobres et humbles ? Il faut le savoir et le reconnaître : le malin s'infiltre jusque dans nos rangs ! Mais voilà que Jésus est venu nous libérer de la tentation d'une religion à notre service pour une vraie religion au service des autres, nous conduire d'une religion pratiquée par vanité à une religion de la gratuité. Écoutez notre Maître : « Pour toi, chrétien, toi qui veux être mon disciple, quand tu fais l'aumône, que ta main gauche ignore ce que fait ta main droite, afin que ton aumône reste dans le secret ; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra ! » Et Jésus va concentrer toute sa pensée relative au don dans cette parole (Matthieu 10, v.8) : « Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement ! » Car le don, le partage d’une partie de ce que nous possédons en biens matériels est une expression fondamentale de notre foi. D'abord par reconnaissance envers Dieu pour tout ce que nous avons reçu de lui : nous avons envers Dieu une dette de reconnaissance qui ne s'éteint jamais. Mais il y a aussi ceux qui dans le monde ne mangent pas à leur faim, et qui ont réellement besoin de nous. L’aumône, le partage de nos biens matériels est l'expression du don de notre personne à Dieu et à ceux qui ont besoin de nous. Chacun d'entre nous est appelé à ce don, individuellement. Mais cet appel vaut tout autant collectivement pour les peuples riches. Car notre richesse, nous la devons toujours en partie aux autres. Et si la France et l’Allemagne, si les États?Unis et l'Angleterre comptent aujourd'hui parmi les pays riches, ils le doivent en partie aux pays pauvres dont ils importent les matières premières pour un rien, pour les revendre après transformation au prix fort.
Partager ses richesses n'est en fait autre chose que de s'acquitter de sa dette et de rétablir la justice. Vous me demandez : comment donner, où donner, quand et à qui ? Jésus, dans sa grande largesse, nous en laisse entière liberté, sans donner aucune consigne. Il y a tellement d'occasions qui se présentent à nous et à notre choix, vous les connaissez bien : les multiples oeuvres des Églises et des Missions, comme celles des Organisations Humanitaires. Nous avons un tel embarras du choix que nous risquons de ne rien faire du tout. C'est cela, le danger. Car il est essentiel, vital pour la vie de notre foi, d'intégrer réellement et régulièrement le don dans nos habitudes. Le partage d'une partie – oh, d'une toute petite partie seulement - de nos biens, devrait devenir pour nous aussi évident que le manger et le boire. Et nous découvrirons la joie, la joie de donner. C'est ainsi que « notre Père qui voit dans le secret nous le rendra ». Amen

E. MATHIS

 

 

PREDICATIONS DU SERVICE DES LECTEURS DE L'UEPAL

Ces prédications sont fournies par le Service des Lecteurs de l'UEPAL.

Ce service a été dirigé par le pasteur Georges HUFFSCHMITT de Wingen-sur-Moder
puis 67290 VOLKSBERG (tél O3.88.01.55.41, courriel: Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.),
jusqu'en 2009.

A partir de cette année 2010, Mme Esther LENZ, de 67360 MORSBRONN-LES-BAINS
(tél: 03.88.90.07.02, courriel: Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.) reprend la direction.

Le Secrétariat est assuré par Madame Suzanne LOEFFLER,
au Secrétariat de la Paroisse de 67340 INGWILLER
(tél: 03.88.89.41.54, courriel : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.).

   

 

 

 

(Série de Prédication V (Predigtreihe V) : liste complémentaire I)

L'aumône : est?ce encore un sujet d'actualité ? Qui pratique encore l'aumône aujourd'hui ? Des protestants ? Guère. Les catholiques ? Très peu. Les musulmans ? Eh oui ! Les musulmans ! L'aumône systématique faite aux pauvres est en effet l'un des piliers de la foi musulmane. Cela peut nous surprendre, et nous donner à réfléchir, n'est-ce pas ? Au temps de l'Ancienne Alliance juive, l'aumône était une pratique très importante. Partager une partie de ses richesses avec les pauvres était une des grandes exigences de la loi religieuse juive. L'Ancien Testament regorge de textes qui expriment ce souci. Ainsi, dans le livre du Lévitique (chap. 19, v.9+10) : « Quand vous moissonnerez vos terres, tu ne moissonneras pas ton champ jusqu'au bord, et tu ne moissonneras pas tout ce qui reste à glaner ; tu ne grappilleras pas non plus ta vigne ; tu abandonneras les fruits tombés au pauvre et à l'émigré ! » Ou dans le Deutéronome : « Il n'y aura pas de pauvre chez toi, tellement le Seigneur t'aura comblé de bénédictions ! (15v 4) Ce souci de partager avec les pauvres était très vivant du temps de Jésus, et Jésus lui?même le tint pour une composante fondamentale de la foi. Pensez au jeune homme riche, auquel le Seigneur donne la consigne « Va, et vends tout ce que tu as, distribue?le aux pauvres, et tu auras un trésor dans les cieux ! » Une autre fois, il dira (Luc 12, v.33) : « Vendez ce que vous possédez, et donnez?le en aumône ; faites?vous ainsi un trésor inusable dans les cieux ! » On ne peut guère donner plus d'importance à l'aumône. Mais alors, pourquoi adresse?t?il ici une si vive critique à la question de l'aumône ? Vous avez compris : ce n'est pas l'aumône qui est visée, mais la façon de la donner. Et comment est?elle si souvent donnée ? En le faisant claironner publiquement. Pour se faire voir, bien sûr, et se faire admirer par tout le monde. En fait, beaucoup de croyants ne donnent pas pour donner, mais pour se faire admirer. Ce n'est pas le partage avec le pauvre qui anime leur geste, mais le désir de briller. Leur religion est pervertie par l'égoïsme et la vanité. Vaines vantardises dit Jésus. Et, ironiquement, il ajoute : ceux qui sont esclaves de tels enfantillages « ont reçu leur récompense », c’est-à-dire : ils ont reçu ce qu'ils ont voulu : l'admiration des hommes. Admiration futile et combien éphémère ! Aux yeux de Dieu, tout cela n'est que vaine mascarade.

Nous avons à nous demander si nous sommes nous?mêmes libres de toute tentation de mettre la religion à notre service, de mettre notre petite personne en avant, lorsque nous apportons notre don à l'Église, aux missions, ou lorsque nous prions ou fréquentons le culte. Un petit fait divers est significatif à cet égard. Dans l'une des paroisses de notre Église, on venait de changer le système d'encaissement de l'offrande annuelle. C'est ce que le responsable d'un secteur expliquait à l'un des paroissiens qui, sous couvert, lui remit son offrande. Mais, lorsqu'il se rendit compte que le nouveau système permettait aux ouvreurs des enveloppes de déterminer l'identité du donateur, s'ils le désiraient absolument, il rappela l'encaisseur, reprit son enveloppe pour lui en donner une autre qui contenait certainement plus du double de la première. Cette petite vanité peut nous guetter jusque dans nos cercles de prière. Combien sont?ils qui s'appliquent beaucoup plus à formuler de belles phrases pieuses qui ronflent et charment l’auditoire, plutôt que de rester sobres et humbles ? Il faut le savoir et le reconnaître : le malin s'infiltre jusque dans nos rangs ! Mais voilà que Jésus est venu nous libérer de la tentation d'une religion à notre service pour une vraie religion au service des autres, nous conduire d'une religion pratiquée par vanité à une religion de la gratuité. Écoutez notre Maître : « Pour toi, chrétien, toi qui veux être mon disciple, quand tu fais l'aumône, que ta main gauche ignore ce que fait ta main droite, afin que ton aumône reste dans le secret ; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra ! » Et Jésus va concentrer toute sa pensée relative au don dans cette parole (Matthieu 10, v.8) : « Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement ! » Car le don, le partage d’une partie de ce que nous possédons en biens matériels est une expression fondamentale de notre foi. D'abord par reconnaissance envers Dieu pour tout ce que nous avons reçu de lui : nous avons envers Dieu une dette de reconnaissance qui ne s'éteint jamais. Mais il y a aussi ceux qui dans le monde ne mangent pas à leur faim, et qui ont réellement besoin de nous. L’aumône, le partage de nos biens matériels est l'expression du don de notre personne à Dieu et à ceux qui ont besoin de nous. Chacun d'entre nous est appelé à ce don, individuellement. Mais cet appel vaut tout autant collectivement pour les peuples riches. Car notre richesse, nous la devons toujours en partie aux autres. Et si la France et l’Allemagne, si les États?Unis et l'Angleterre comptent aujourd'hui parmi les pays riches, ils le doivent en partie aux pays pauvres dont ils importent les matières premières pour un rien, pour les revendre après transformation au prix fort.
Partager ses richesses n'est en fait autre chose que de s'acquitter de sa dette et de rétablir la justice. Vous me demandez : comment donner, où donner, quand et à qui ? Jésus, dans sa grande largesse, nous en laisse entière liberté, sans donner aucune consigne. Il y a tellement d'occasions qui se présentent à nous et à notre choix, vous les connaissez bien : les multiples oeuvres des Églises et des Missions, comme celles des Organisations Humanitaires. Nous avons un tel embarras du choix que nous risquons de ne rien faire du tout. C'est cela, le danger. Car il est essentiel, vital pour la vie de notre foi, d'intégrer réellement et régulièrement le don dans nos habitudes. Le partage d'une partie – oh, d'une toute petite partie seulement - de nos biens, devrait devenir pour nous aussi évident que le manger et le boire. Et nous découvrirons la joie, la joie de donner. C'est ainsi que « notre Père qui voit dans le secret nous le rendra ». Amen

E. MATHIS

¼ Service des Lecteurs – SL – 02.09.2007 – Ernest MATHIS

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