« Pasteur Yves Kéler, retraité de l'Eglise de la Confession d'Augsbourg d'Alsace
et de Lorraine (ECAAL)/Union des Eglises Protestantes d'Alsace et de Lorraine (UEPAL)
»

*1939 - † 2018

2009. 01 : 1er Dimanche après la TRINITE


1er Dimanche après la Trinité

14 Juin 2009

Luc 16, 19-31

Apôtres et prophètes : un Lazare et deux enterrements !

Chers sœurs et frères en Christ,

Avec cette histoire, qui n’est pas une parabole, nous entrons de plain-pied dans la tragédie humaine. Ce n’est pas non plus un conte moral ni même une fable qui présenterait une justice divine bon marché ; celle qui enverrait, sans coup férir, les pauvres directement au ciel et les riches rôtir en enfer. Ce passage nous livre encore moins un zoom fidèle sur ce qui nous attend dans l’au-delà en noircissant volontairement le tableau afin de nous effrayer. Il n’utilise ici que les représentations populaires de son époque issues de l’imaginaire collectif de ceux qui croyaient en une vie après la mort, pour transmettre le message de la vraie vie à notre monde et non celle d’un prétendu monde meilleur ! D’ailleurs, peut-on vraiment parler de vie et d’espoir dans ces images d’univers clos, compartimentés, séparés par des abîmes infranchissables ?

Tout commence pourtant comme une belle histoire par : « Il était une fois… » Le théâtre de la vie s’ouvre sur un premier tableau évoquant l’existence humaine. D'abord, un riche, drapé en permanence dans du pourpre et du lin, passe sa courte vie à faire la « teuf » dans l’abondance et l’insouciance. Il ne semble pas connaître la crise sinon la crise de foi (e) ! De l’autre côté du portail, Lazare est « vêtu » d’ulcères ; c’est un pauvre comme « Job ». Le riche n’a pas de nom, il n’existe que par sa richesse et ne manque de rien. Il consomme et profite de son pouvoir d’achat. Le pauvre Lazare, lui, n’a pas même droit aux miettes du gâteau. Il est un mort de faim, réduit à l’état de mort-vivant, car exclu, jeté dehors, solitaire, couvert d’une maladie honteuse et impure. Ses seuls amis sont d’autres pestiférés à quatre pattes – les chiens — qui se nourrissent des poubelles de table et le soulagent, en passant, tout en augmentant sa honte ! Et dire que Lazare signifie « Dieu aide » ; cela a, pour l’instant, tout de l’humour noir ! Lazare – Dieu aide — est comme transparent, inexistant ; le riche ne le voit pas ! Pas un regard, pas une parole entre les deux hommes. De toute façon lorsque l’on est riche, à quoi bon implorer le secours de Dieu ! Et si je suis riche, c’est peut-être parce que je suis béni alors que le pauvre est maudit ! Mais la vie ici bas est bien courte et expédiée en trois versets. La mort elle, a le goût de l’éternité et occupe le haut du « pavé ».

Le rideau se ferme sur les deux, enfin égaux au regard de la mort ? Et bien pas tout à fait : le riche a droit à des funérailles première classe, mais il est enterré avec un aller simple pour le séjour des morts. Lazare est directement emporté par les anges, sans passer par la case enterrement, vers le sein d’Abraham, image de la félicité éternelle. À partir de là, la situation est complètement inversée, ce n’est plus une simple porte à franchir, mais bien un changement radical de décor : le paradis et l’enfer. Et entre les deux, il existe un abysse. D’ailleurs, il y a pire et c’est précisément cela l’enfer ; ceux qui y sont tourmentés voient, en direct, les délices du paradis, mais sans espoir différé d’y parvenir. Et ceux du paradis, ne peuvent ni même par charité ou par amour, soulager les souffrances des persécutés de l’enfer. Trop tard, semble-t-il ? C’était avant qu’il fallait y penser ! Le riche est torturé, mais pour l’éternité, et le pauvre enfin consolé de ses infirmités ! Un happy end quoi !

En fait, rien n’a vraiment changé à y regarder de plus près. Le riche vivait déjà son enfer sur terre. Il faisait la fête avec lui-même, rejeté, sans contacts, sans issue et il ne le savait pas. Il pensait peut-être que son enfer c’était les autres. Maintenant il reconnaît son égoïsme et voilà qu’il se met à exprimer des désirs, des souhaits. Cet être gavé de biens et de nourriture est mis au régime sec et éprouve la soif. Il en appel à Abraham – grand négociateur auprès de l’Éternel des causes perdues — d’envoyer « Dieu aide » faire ce que lui n’a jamais pensé à « aider » durant sa vie lorsqu’il en avait l’occasion. Et le « doigt trempé dans l’eau » rappelle le chien qui a rafraîchi les ulcères de Lazare. Le riche pour la première fois de sa vie, alors qu’il est bel et bien mort, entre en communication avec Abraham et aperçoit enfin Lazare qu’il n’avait pourtant jamais vu, allongé devant sa porte durant sa « chienne de vie ». Abraham malgré toute sa douceur et sans jamais juger le riche, n’est guère plus en position de marchander. Il y a un prix plancher au-delà duquel il ne peut aller… Et au lieu d’accuser le coup, le riche se découvre soudain des sentiments, il pense même à ses cinq frères. Il ne se regarde plus dans le nombril. Il est sorti de lui, a levé les yeux et a constaté qu’il n’était plus seul. Ce riche pourtant mort commence à peine à vivre et surtout à souffrir…

C’est une des pointes de cette histoire. Faut-il donc être mort pour recommencer à vivre ? Pour le riche, en tout cas, c’est la relation avec les autres qui semble le ressusciter alors qu’il est sensé être mort. D’un point de vue symbolique, les cinq frères représentent certainement les cinq livres de la Loi. Une manière de nous dire que tout est déjà donné, à condition de savoir discerner et écouter autour de nous. On ne cherche pas à nous faire peur ici ni à nous culpabiliser, même si l’on vise une certaine théologie qui affirmait que celui qui craint Dieu s’enrichit et vit longtemps, alors que le pauvre infirme est forcément pécheur et victime du jugement divin. Le renversement de situation du second acte critique cette théologie de la prospérité qui n’est pas une garantie pour l’au-delà où les choses risquent de nous surprendre.

Ce qui importe avant tout, c’est de prendre au sérieux l’Écriture, car la Loi de Moïse était exigeante en matière d’assistance des plus démunis, et les prophètes n’ont eu de cesse de dénoncer avec force les injustices et les inégalités de leur temps. À nous de prendre conscience de la situation dans laquelle nous vivons afin de changer le monde et non-vouloir changer de monde. Avec cette histoire, nous ne pouvons plus dire, comme le riche, que nous ne savions pas. Il nous faut devenir vigilants et être attentifs aux signes de Dieu dans l’histoire des hommes. Il faut oser s’ouvrir à ceux qui sont couchés devant notre portail. Il faut susciter des guetteurs et des prophètes d’hier et d’aujourd’hui et ne pas attendre des miracles de la part de ceux qui se prétendent les messies de la reprise de la croissance mondiale. Non pas attendre en tremblant, mais agir avec espoir dans l’urgence de la détresse humaine, car comme le souligne avec force la conclusion de cette histoire ; rien – pas même la résurrection du fils de Dieu — ne peut obliger l’homme a aimer et à ouvrir ses yeux sur le monde qui l’entoure. Il y a bien des jalons posés, tout ce qu’il faut pour vivre a été donné à travers la Loi et les prophètes, mais au bout du compte c’est à l’humain de choisir. Il s’engagera dans la logique de l’action ou dans celle du refus. Or, souvenons-nous que notre vie ne dure que trois versets, il y a donc mieux à espérer que de faire la fête seul, mais tant qu’on y est, pourquoi ne pas en faire profiter les autres. Mais cela aussi dépend de nous. Dieu n’exerce aucune pression ni aucun chantage, nous sommes depuis la Bonne Nouvelle sous le régime de la miséricorde : l’être humain est libre, mais responsable, il ne tient qu’à lui d’entrer dans un univers où toutes les portes s’ouvrent, où l’on se rencontre et s’entraide. Et ces portes, personne, pas même le ressuscité « en personne », ne nous convaincra de les ouvrir si nous préférons rester cloîtrés derrière les fenêtres closes de nos vies.

                                
                                Frédéric Gangloff

Cantiques conseillés :

ARC 219, 1-4 ; ARC 526, 1-3 ; ARC 153, 1-3 ; ARC 631, 1-3

¼ - Service des Lecteurs – SL – 26 – 14.06.2009 – Frédéric GANGLOFF


PREDICATIONS DU SERVICE DES LECTEURS DE L'UEPAL

Ces prédications sont fournies par le Service des Lecteurs de l'UEPAL. Ce service a été dirigé par le pasteur Georges HUFFSCHMITT de Wingen-sur-Moder puis 67290 VOLKSBERG (tél O3.88.01.55.41, courriel: Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.), jusqu'en 2009. A partir de cette année 2010, Mme Esther LENZ, de 67360 MPRSBRONN-LES-BAINS (tél: 03.88.90.07.02, courriel: Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.) reprend la direction. Le Secrétariat est assuré par Madame Suzanne LOEFFLER, au Secrétariat de la Paroisse de 67340 INGWILLER (tél: 03.88.89.41.54, courriel : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.).

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