« Pasteur Yves Kéler, retraité de l'Eglise de la Confession d'Augsbourg d'Alsace
et de Lorraine (ECAAL)/Union des Eglises Protestantes d'Alsace et de Lorraine (UEPAL)
»

*1939 - † 2018

 2009. 05 : 5e Dim après la TRINITE

5e dimanche après la Trinité

Dimanche12 juillet 2009

L'appel qui sauve

Luc 5, 1﷓11

Frères et soeurs en Jésus﷓Christ,

Nous le savons tous pour en avoir fait maintes fois l'expérience : il y a dans notre vie des « jours sans », des jours où rien ne nous réussit, où tout va de travers. Au moment de prendre le volant de notre voiture pour aller au travail, voilà que la batterie a décidé de nous lâcher ; ou alors c'est un enfant qui tombe malade. À l'heure où nous attendons des invités, la mayonnaise ne veut pas prendre ou le cake au chocolat, pourtant toujours réussi refuse obstinément de monter. « Journée sans » également pour le disciple de Saint﷓Pierre quand, pour d'obscures raisons, le poisson ne mord pas à l'hameçon (s'will einfach net anbisse !) et qu'il faut rentrer chez soi la botte vide et la tête basse. Pour le pêcheur à la ligne qui s'amuse à taquiner le poisson pour passer son temps, un tel insuccès, pour décevant qu'il soit, n'a rien de tragique. Pour des pêcheurs professionnels qui vivent et font vivre leurs familles du produit de la pêche, cela peut être plus que navrant.

Tel était le cas pour un certain Simon et pour ses associés qui tiraient leur subsistance des eaux poissonneuses du Lac de Génésareth, appelé aussi Mer de Tibériade. Ce matin-là, ils étaient rentrés bredouilles. Avoir travaillé toute la nuit pour rentrer à vide, c'est bien ce qu'on peut appeler « une nuit sans ». Bien sûr, il y en avait eu d'autres. Mais si notre évangile en parle ici, c'est parce que cette nuit frustrante allait déboucher sur une journée non seulement gratifiante, mais décisive pour la carrière de Simon et de ses compagnons, comme pour l'histoire du salut qui nous concerne tous. La rencontre avec Jésus se situe à l'endroit du rivage où les pêcheurs sont en train de laver, de contrôler de raccommoder leurs filets. Comme par hasard, c'est en cet endroit, probablement peu distant de Capernaum, sa ville, que Jésus s'adresse ce jour-là à la foule qui le presse de tous côtés. Profitant de la présence des pêcheurs, il monte dans l'une de leurs barques, en l'occurrence celle de Simon.

Après avoir achevé son enseignement, Jésus ordonne à Simon d'avancer en eau profonde et de jeter les filets. Il ne s'agit pas là d'une récompense pour service rendu, mais d'un véritable défi. De nos jours encore, la pêche à certaines espèces de poissons et en certaines périodes de l'année se pratique de nuit. Simon, qui connaît bien son métier, ne peut être que déconcerté par l'ordre que lui donne Jésus. Aussi sa réponse témoigne-t-elle d'une étonnante confiance en ce prédicateur itinérant. Il est vrai que, lors d'une rencontre antérieure, Simon l'a vu guérir sa belle﷓mère (Luc 4,38 s.). Mais sa réaction n'en est pas moins surprenante : « Maître, nous avons peiné toute la nuit sans rien prendre, mais sur ta parole, je vais jeter les filets. » Ce « mais sur ta parole », expression d'une foi audacieuse, conditionne et prépare le raz﷓de﷓marée qui va déferler sur la vie de Simon et qui va lui donner un tout nouvel avenir.

Dès que les filets sont jetés à l'eau, ils s'emplissent jusqu'à se déchirer et leur contenu suffit à remplir deux barques au point qu'elles risquent de chavirer. Sans doute Jésus était-il resté assis dans le bateau de Simon. C'est donc là, devant cette masse de poissons tout frétillants, débordant des filets comme d'une corne d'abondance, que se produit la grande rupture : « A cette vue,﷓ — dit l'évangile, Simon Pierre tomba aux genoux de Jésus et dit : “Seigneur, éloigne-toi de moi, je suis un homme pécheur ». On aurait pu se représenter Simon fou de reconnaissance, baisant les mains du Maître ou le serrant dans ses bras. Mais non : il est saisi d'effroi, de même que ses compagnons. Simon réalise tout à coup qu'un abîme le sépare de ce Jésus, par l'intermédiaire duquel Dieu vient de manifester son pouvoir et sa bonté. C'est pourquoi ce n'est pas un flot de jubilations qui sort de la bouche de cet homme, mais un confiteor : « Seigneur, éloigne-toi de moi, je suis un pécheur ! » Ce n'est pas le souvenir d'une faute morale ou de quelque défaillance particulière qui arrache à Simon cette confession des péchés, mais la prise de conscience de toute sa carence face à la sainteté et aux exigences divines. Remarquons bien que cette prise de conscience traumatisante n'est pas l'effet d'une quelconque remontrance ni d'une menace, mais l'écho qu'éveille dans le coeur d'un homme l'ineffable grandeur de la bienveillance de Dieu et de son pouvoir créateur manifesté en Jésus, son Fils.

La « conversion de Simon », si l'on veut désigner ainsi l'aboutissement de cette « pêche miraculeuse », va changer fondamentalement le cours de la vie de cet homme et de ses compagnons. L'effroi qui avait fait suite à leur stupéfaction face au prodige aura été le prélude à leur envoi en mission, même si, dans un premier, temps, cet envoi n'est clairement signifié qu'à Simon : « Sois sans crainte, désormais tu seras pêcheur d'hommes » ou bien, selon une traduction rendant mieux le sens des paroles de Jésus : « Désormais, ce sont des hommes que tu prendras vivants » (Chouraqui)

Le pêcheur Simon a été pris lui﷓même au filet de celui dont le seul dessein est de capturer les hommes dans la nasse de l'amour divin afin de les faire participer à la vie en plénitude. Or, pour la réalisation de ce plan de salut, le Seigneur a besoin d'hommes et de femmes qui soient prêts à le servir en tant que témoins de son grand dessein.

Simon et les deux fils de Zébédée ont répondu OUI à l'appel que ce Jésus, qu'ils reconnaîtront plus tard comme le Fils de Dieu, leur adressa ce jour-là au bord du lac de Génésareth. « Ramenant les barques à terre, ils laissèrent tout et le suivirent ». Grâce au Seigneur, cette journée qui s'était annoncée comme un « jour sans » devint le point de départ d'une nouvelle existence, d'une aventure unique et incomparable sous la direction de celui qui « est venu chercher et sauver ce qui était perdu ». (Luc 19,10). Nous aussi, soeurs et frères en Jésus﷓Christ, sommes appelés à entrer au service du Maitre. Dieu laisse à chacun la liberté de suivre ou de ne pas suivre son appel. Sachons seulement que nul n'est indigne de servir la cause de l'Évangile. Comme il l'a dit à Simon, Jésus﷓Christ nous dit à toi et à moi aujourd'hui : « Sois sans crainte ». Ce que le Seigneur attend de nous, ce n'est pas que nous nous présentions devant lui munis d'un CV irréprochable, mais que nous mettions en lui notre entière confiance, nous fondant sur sa promesse donnée jadis à un autre de ses serviteurs, l'apôtre Paul : « Ma grâce te suffit, car ma puissance s'accomplit dans la faiblesse. » (2 Cor.12, 9). Amen.

Alfred LANGERMANN, pasteur

Lectures bibliques

Ancien Testament : Genèse 12,1 -4 a (lecture recommandée !)
Épître : 1 Cor.1, 18﷓25
L'évangile du dimanche étant texte de prédication, on pourra éventuellement le lire en allemand en tant que lecture liturgique, ou bien le remplacer à l'autel par le 2e évangile du jour : Jean 1,35 ﷓42

Cantiques proposés
                                                                      NCTC             ARC e. c.     ALLELUIA
Je veux répondre, ô Dieu                          415             43/05
Tu me veux à ton service             302             427             44/07
Ta volonté, Seigneur                 284             608             45/01
À toi, Jésus, mon Rédempt. 44/04
Qu'il fait bon à ton service ﷓                        426             44/08    

¼ - Service des Lecteurs – SL – 30 – 12.07.2009 - Alfred LANGERMAN

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