« Pasteur Yves Kéler, retraité de l'Eglise de la Confession d'Augsbourg d'Alsace
et de Lorraine (ECAAL)/Union des Eglises Protestantes d'Alsace et de Lorraine (UEPAL)
»

*1939 - † 2018


3ème Dimanche après la Trinité

Le message de la réconciliation

Dimanche 12 Juin 2005

Luc 15, 1-3 ; 11b-32

(Série de Prédication III (Predigtreihe III) : nouveaux évangiles)


Plan de la prédication :

§    La parabole du fils prodigue nous révèle Dieu comme Père
§    Les personnages de l’histoire
1.    Le cadet
2.    Le père
3.    L’aîné
§    En quoi cette parabole nous interpelle encore aujourd’hui

Le Psaume 103 proclame au verset 13 : « Comme un père a compassion de ses fils, le Seigneur a compassion de ceux qui le craignent ». Jésus connaissait ce psaume et avait à cœur de nous révéler Dieu comme Père. Ainsi en est-il dans la prière qu’il nous a apprise, le « Notre Père ». Dieu, notre Père, c’est Dieu est Amour. Les titres donnés traditionnellement à Dieu comme Seigneur, Créateur, Juge et Sauveur ne trouvent leur sens et leur dimension profonde que dans ce nom de Père. Pour illustrer cet amour de Dieu, Jésus nous raconte une histoire, une anecdote peut-être tirée d’un fait divers ou de la tradition populaire, l’histoire d’un homme qui avait deux fils. Ce passage transmis sous le titre : « Le fils Prodigue » est un des textes les plus connus du Nouveau Testament, mais il ne se trouve que dans l’Evangile de Luc, dans un contexte bien particulier. Au début du chapitre 15, on nous dit que les péagers et les pécheurs s’approchent de Jésus pour l’écouter mais que les pharisiens et les scribes en sont très contrariés. Jésus leur répond alors par des paraboles :

- Celle de la brebis perdue (Luc 15 / 4-7)
- Celle de la drachme égarée (Luc 15 / 8-10)
-    Celle du fils prodigue (Luc 15 /11-32)  
-      
Ces trois paraboles sont tirées de la vie quotidienne, ce sont des histoires qui peuvent arriver à n’importe lequel des contemporains de Jésus. Ce sont des histoires ouvertes qui touchent notre sensibilité, à nous de les actualiser, de les prolonger dans nos existences et de nous identifier aux différents personnages. Pour mieux comprendre notre parabole du « fils prodigue », nous allons à présent essayer de décrire et d’éclairer  le rôle que joue chaque personnage de cette narration.

I.    Le fils cadet :
C’est « le plus jeune » (v.12) et la seule chose que l’on sache de lui c’est qu’il veut partir, quitter le domicile paternel et pour cela, il demande une avance sur son héritage (le tiers des biens paternels) : « Père, donne-moi la part qui m’échoit » (v12) et le père le lui accorde. Pourquoi ce départ, cette fuite ? Quelle est la quête de notre cadet ? On reconnaît bien là une aspiration des temps modernes, la « quête de l’avoir », vivre par l’argent, trouver ailleurs une meilleure existence plus luxueuse et plus aisée, une quête matérielle sans limites et sans fond, une quête désespérée : « il dispersa son bien en vivant dans la débauche. Il touche le fond, travaille comme esclave, connaît la faim, garde des cochons (une infamie pour un juif). Au cours de son épreuve, au moment où il se sent au plus bas, notre cadet « rentre en lui-même » (v17). Face à la non-existence qu’il a vécue en dépensant beaucoup d’argent, il fait le vide en lui-même, va jusqu’au plus profond de son être. Il se repent et décide de retourner chez son père, il va vers lui-même, il revient à la vie et il se relève. Il est prêt à confesser sa faute : « Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi … » (v18) Mais quel est sa faute ? Pourquoi veut-il demander pardon ? Traditionnellement on pense que le fils prodigue a dilapidé son héritage, qu’il en a fait un mauvais usage au point de se ruiner. N’y a-t-il pas cependant un autre sentiment de culpabilité ? Le fils cadet a fait preuve de méfiance envers son père en refusant de vivre près de lui, il a demandé la part qui lui revient mais n’a rien  donné en retour, ni travail à la ferme, ni une vie exemplaire fidèle aux valeurs morales et religieuses de son éducation. Il a coupé les ponts, les liens qui le rattachent à son père, il s’exclut lui-même pour trouver mieux ailleurs. Maintenant, il se lève et revient à la vie et  vers son père.

II.    Le père
Si ce père représente Dieu, nous sommes frappés par son manque d’autorité. Il nous apparaît comme un père « mou », impuissant à retenir son fils. Il accepte de donner sa part d’héritage alors qu’il n’est pas encore mort. Au risque de choquer, ne peut-on pas dire que dans cette histoire, Dieu se présente comme un « piètre éducateur ». On entend souvent ces questions : « Que fait Dieu pour laisser les hommes agir n’importe comment ? S’il existait, il mettrait de l’ordre dans le monde, rétablirait la justice, punirait les méchants et récompenserait les bons ! » Au contraire, le père de notre parabole est un père « permissif », qui laisse faire et qui attend. Il souffre du départ de son fils, de sa méfiance mais il ne va pas le chercher. Il le laisse cheminer même dans l’épreuve, sa patience ne se lasse pas. Il l’attend car il voit « son fils de loin » (v30), mais quel amour il manifeste quand il est « ému dans ses entrailles », il vibre de tout son être, son fils revient vers lui, le lien est renoué par ces gestes « il courut se jeter à son cou et l’embrassa » (v30). Quel accueil ! Le père ne laisse même pas son fils se confesser jusqu’au bout, son fils est revenu, le pardon est total. Ce pardon, ce n’est pas seulement oublier le mal commis mais c’est reconstruire une relation d’amour, se reconnaître pleinement comme père et comme fils. Le pardon c’est la source de la joie que seul Dieu peut donner et cette joie se concrétise dans la fête, celle de la robe et des sandales, de l’anneau et du veau gras. Fête d’une renaissance, d’une résurrection d’un lien reconstruit car dit le père « mon fils que voici était mort et il est revenu à la vie, il était perdu et il est retrouvé » (v24)

III.    L’aîné
Le père a un autre fils, l’aîné. Un personnage exemplaire s’il en est, fidèle et travailleur, qui n’a jamais quitté son père et pourtant  personne ne l’a mis au courant, quelle injustice ! Entendant la musique de danse, il s’informe auprès d’un serviteur. La colère monte en lui, pour la première fois il se fâche, se révolte et s’écrie face à son père : « voilà tant d’années que je suis à ton service et je n’ai jamais failli à ta loi » (v29). Il a travaillé dur et n’a pas reçu la moindre récompense, même pas la permission de faire la fête: « tu ne m’as jamais donné un chevreau pour me réjouir avec mes amis ». Le fils aîné est aussi dans la « quête de l’avoir » mais il pensait l’obtenir par l’obéissance et une vie exemplaire. Il ne semble pas vivre une relation d’amour avec son père, n’est-il pas aussi dans la méfiance quand il ne lui demande rien ? Et pourtant le père vibre aussi dans ses entrailles, il le supplie et l’invite à rentrer, son ton est affectueux : « toi mon enfant, tu es toujours avec moi et tout ce que j’ai est à toi » (v31) Le fils aîné ne peut répondre, il est jaloux et désespéré, il préfère s’exclure et ne peut se réjouir. Comme le cadet, l’aîné devrait faire un cheminement de conversion pour revenir à la vie et connaître la vraie joie.

Dans le contexte du temps de Jésus, le fils aîné incarne l’attitude de certains pharisiens et scribes tandis que le cadet représente les gens de mauvaise vie, les pécheurs et les incroyants qui se tournent vers Dieu, mais cette parabole nous parle bien au-delà de ce contexte, son message reste très actuel. Nous pouvons être à la fois l’aîné et le cadet, nous reconnaître dans cette quête de l’avoir et cette quête d’exister. Dieu, notre Père, nous laisse cheminer avec nos dons, nos biens, nos mérites et nos fautes, il n’intervient pas pour nous redresser comme nous le réclamons souvent. Dieu nous attend, parfois longtemps, mais il court à notre rencontre, ému dans ses entrailles. Il nous pardonne quel que soit notre cheminement, il crée avec nous une relation d’amour quand nous revenons à lui.
« Lève-toi, reviens à la vie, réjouis-toi de la joie que je te donne malgré les épreuves de la vie ! », c’est ce que Dieu, notre  Père nous dit toujours à nouveau.
Amen

Françoise Gehenn, pasteur aumônier à l’hôpital de Hautepierre

Cantiques : 103 / 1+2+5+6 ; 457 / 1+2 ; 601 /1-3 ; 613 / 1-3

 

 

PREDICATIONS DU SERVICE DES LECTEURS DE L'UEPAL

Ces prédications sont fournies par le Service des Lecteurs de l'UEPAL.

Ce service a été dirigé par le pasteur Georges HUFFSCHMITT de Wingen-sur-Moder
puis 67290 VOLKSBERG (tél O3.88.01.55.41, courriel: Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.),
jusqu'en 2009.

A partir de cette année 2010, Mme Esther LENZ, de 67360 MORSBRONN-LES-BAINS
(tél: 03.88.90.07.02, courriel: Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.) reprend la direction.

Le Secrétariat est assuré par Madame Suzanne LOEFFLER,
au Secrétariat de la Paroisse de 67340 INGWILLER
(tél: 03.88.89.41.54, courriel : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.).

   

 

 

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