« Pasteur Yves Kéler, retraité de l'Eglise de la Confession d'Augsbourg d'Alsace
et de Lorraine (ECAAL)/Union des Eglises Protestantes d'Alsace et de Lorraine (UEPAL)
»

*1939 - † 2018

5ème Dimanche après la Trinité

L’appel qui sauve

Dimanche 16 juillet 2006

Genèse 12/1-4a

(Série de Prédication IV (Predigtreihe IV) : nouveaux évangiles)

                     I. Abraham, une référence de foi.
                   II. L’appel de Dieu à Abraham.
                  III. La visée finale de la promesse de Dieu.
                   IV. L’appel à Abraham et nous.

I.

Dans le Nouveau Testament il est beaucoup question d’Abraham. Pour les premiers auteurs chrétiens, il est une référence phare. Tant comme personnage historique, ancêtre du peuple de Dieu, que comme modèle de foi, ancêtre du peuple des croyants.

Dans l’épître de Jacques et la lettre aux Hébreux, Abraham est présenté comme le grand modèle de l’obéissance et tous les croyants sont invités à suivre son exemple. Les évangiles rappellent qu’il n’est possible de se réclamer d’Abraham qu’en faisant ses œuvres, c’est-à-dire en reconnaissant dans son descendant Jésus de Nazareth le Christ envoyé par Dieu pour accomplir ce qu’il avait jadis promis au patriarche. Enfin l’apôtre Paul souligne le rôle unique attribué à Abraham dans la révélation biblique : Dieu inaugure avec lui un nouveau chapitre dans l’histoire du monde où l’humanité tout entière est appelée à vivre sous le signe de la promesse de la foi.
Chacune de ses compréhensions de l’histoire d’Abraham développe quelques éléments du récit de la Genèse. Aucune ne prétend être la seule vraie interprétation de la saga du patriarche Abraham : elles se complètent et demandent à être entendues ensemble dans leur variété et leur unité pour nous faire entrer à notre tour dans la grande famille des fils et filles d’Abraham. Entrer à notre tour dans cette filiation, tel est l’enjeu de notre relecture de l’appel que Dieu adressa un jour à Abraham, il y a très très longtemps.

II

Dans ces quelques paroles, il est cinq fois question de bénédiction. La parole divine est manifestement positive. C’est de bénédiction, c’est-à-dire de vie, de plénitude, de bonheur, de salut qu’il est question ici. Cette parole donne le ton à l’ensemble de l’histoire des patriarches bibliques et, au-delà, à toute l’histoire de Dieu avec les descendants d’Abraham. Bénir Abraham et les siens, telle est la visée de la démarche divine et le monde entier doit en profiter. La bénédiction apparaît comme la règle de l’action de Dieu à l’égard du patriarche et de toute l’humanité. La malédiction, elle, ne peut alors être que l’exception, elle reste marginale, comme une éventualité à repousser autant que possible.

Cette bénédiction de Dieu est une initiative totalement gratuite. Dieu ne pose aucun préalable, il s’adresse soudain à Abraham sans que rien ne l’ait laissé prévoir, sans qu’Abraham ait fait quoi que ce soit qui aurait pu motiver la promesse qu’il reçoit. Le geste de Dieu est un  acte de pure grâce. Il ne demande pas à Abraham de quitter le lieu où il est pour recevoir  en récompense cette bénédiction, mais parce que celle-ci lui est déjà accordée et qu’elle fonde ainsi son obéissance et sa confiance. La promesse faite à Abraham n’est pas conditionnelle ; ce qu’elle offre ne se mérite pas, mais se reçoit et détermine une existence nouvelle.

Ainsi, dans le Livre de Néhémie (ch.9,17) un fidèle de la foi juive loue Dieu au sujet d’Abraham en ces mots : « C’est toi Seigneur Dieu qui a choisi Abraham et l’a fait sortir d’Ur en Chaldée… » La déclaration divine implique une mainmise de Dieu sur Abraham qui désormais ne sera plus seul maître de sa vie et sera mené là où Dieu le guidera. C’est aussi une mise à part, puisque Abraham est appelé à quitter sa tribu et à vivre en itinérant, « étranger et voyageur sur terre » comme le dira plus tard l’apôtre Paul au sujet de la condition chrétienne. Enfin cet appel de Dieu comporte un engagement, car Abraham vit dès cette heure pour Dieu et en son nom au milieu d’une humanité dont le devenir est lié à son sort à lui. Le choix d’Abraham que fait Dieu n’a pas sa fin en lui-même ; il charge Abraham d’une mission qui vise la bénédiction des familles humaines de la terre entière.

III

Cette visée finale de l’appel de Dieu à Abraham prend sa pleine signification à la lumière de la révélation biblique dans son ensemble. Le récit de Genèse 12 est la charnière entre le temps des origines et le temps du peuple de Dieu. L’appel divin adressé à Abraham contraste avec la longue série d’erreurs et de fautes commises par les premiers humains dans les récits bibliques des origines. Notamment avec l’épisode de la tour de Babel en Genèse 11. Là-bas, les hommes avaient voulu se faire un nom, mais Dieu les dispersa sur toute la terre. Ici, par contre, Dieu promet à Abraham de rendre son nom grand et de donner un pays à sa descendance, comme le précise un peu plus loin le verset 7. L’histoire biblique des origines met en évidence à partir de Genèse 2 les erreurs des hommes par rapport à Dieu et les conséquences dramatiques qui en suivirent. L’humanité est réduite à une existence fragile et constamment menacée. Ici, à partir de la promesse faite à Abraham, Dieu ne se contente plus de remédier aux erreurs de ses créatures. Mieux, il prend l’initiative de les sauver et de faire triompher la vie sur la mort, comme l’indique la promesse divine de susciter une descendance nombreuse au patriarche.

La parole divine reçue par Abraham inaugure un temps radicalement nouveau ; elle vise l’avenir et place tous ceux et celles qu’elle concerne tant Abraham que le peuple issu de lui et enfin toutes les familles de la terre, sous le signe d’une promesse qui doit s’accomplir. Désormais l’histoire du monde marche vers la réalisation de ce que Dieu fera conformément à sa parole.

IV

La promesse de Dieu à Abraham assume le passé de l’humanité et crée pour elle, à travers celui que Dieu a choisi d’appeler,  un avenir placé sous le signe de la bénédiction. C’est là une invitation à l’espérance. L’histoire biblique inaugurée par l’appel à Abraham nous fait voir une histoire faite d’un mouvement qui va de la promesse à son accomplissement et de cet accomplissement à une nouvelle promesse, et ainsi de suite. C’est une promesse qui rebondit à chaque étape de la vie du peuple de Dieu.

Dans ce vaste mouvement, nous sommes aujourd’hui invités à prendre davantage au sérieux le Premier Testament et son message. L’histoire du salut ne se résume pas à ce qui se passe entre Noël et Pâques ! Parler de Premier et non plus d’Ancien Testament, relire tous ces textes et y replonger nos racines revivifiera notre foi chrétienne et nous fera redécouvrir toute la richesse de notre filiation abrahamique.
Cette redécouverte nous redira que la foi est avant tout une itinérance : la parole de Dieu nous met en marche, elle nous envoie et nous conduit vers un avenir. Cet avenir qu’elle promet, elle ne le décrit pas ; elle ne révèle  pas ce qui se passera exactement  à la fin des temps ni comment ; elle ne dit pas en détails ce que sera la vie éternelle ni comment seront les choses dans le Royaume de Dieu. Mais elle nous ouvre à un ailleurs qui nous mobilise et nous met en marche, même si nous ne pouvons pas l’imaginer ou nous le représenter. La promesse de Dieu est plutôt une orientation qu’un programme établi. La promesse faite à Abraham nous invite à une foi itinérante, alors que nous préférons plutôt les choses bien assises, bien claires une fois pour toute ! Autour de nous, il est question de mobilité, flexibilité, précarité… tout évolue si vite, trop vite… Et voilà que la parole de Dieu elle aussi nous demande  de nous remettre en route, de ne pas rester plantés dans nos certitudes. Jésus n’a-t-il pas dit : « Je suis le chemin » ? Et aussi « Que celui qui entend ma parole et qui m’aime, vienne à ma suite » ?
Amen.           

                Marc Weiss
                        Pasteur au CHU Strasbourg-Hautepierre


Les autres textes du jour.

Ps.73, 14+23-26+28 : la confiance en Dieu ;
Ps.27, 9b-14 : pas de foi sans espérance ;
1 Corinthiens 1, 18-25 : la grâce de Dieu échappe à nos logiques humaines ;
Luc 5,1-11 : l’appel des premiers disciples se joue sur un acte de foi « insensé » tout comme     le « oui » d’Abraham.

Propositions de chants :

NCTC 279 = ARC 616 : Confie à Dieu ta route…
NCTC 228 : Seigneur tu m’attends à cette heure…
NCTC 151 : La Parole est à Dieu…
ARC 606 : En Toi Seigneur est notre espoir…
ARC 634 : A Dieu seul j’abandonne…..

 

 

PREDICATIONS DU SERVICE DES LECTEURS DE L'UEPAL

Ces prédications sont fournies par le Service des Lecteurs de l'UEPAL.

Ce service a été dirigé par le pasteur Georges HUFFSCHMITT de Wingen-sur-Moder
puis 67290 VOLKSBERG (tél O3.88.01.55.41, courriel: Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.),
jusqu'en 2009.

A partir de cette année 2010, Mme Esther LENZ, de 67360 MORSBRONN-LES-BAINS
(tél: 03.88.90.07.02, courriel: Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.) reprend la direction.

Le Secrétariat est assuré par Madame Suzanne LOEFFLER,
au Secrétariat de la Paroisse de 67340 INGWILLER
(tél: 03.88.89.41.54, courriel : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.).

   

 

 

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