« Pasteur Yves Kéler, retraité de l'Eglise de la Confession d'Augsbourg d'Alsace
et de Lorraine (ECAAL)/Union des Eglises Protestantes d'Alsace et de Lorraine (UEPAL)
»

*1939 - † 2018

1er Dimanche après la Trinité

Apôtres et prophètes

Dimanche 18 juin 2006

Jérémie 23/16-29

(Série de Prédication IV (Predigtreihe IV) : nouveaux évangiles)

Traduction utilisée TOB

Lorsque le prophète Jérémie (21/1) lança sur l’ordre de Dieu ses diatribes, ici contre des prophètes officiels de son temps, et dans les deux chapitres précédents, contre le pouvoir royal, il ne se doutait pas de l’actualité de son message 2600 ans plus tard.

Venant de toutes les directions de notre terre, des prophètes se font entendre sur les multiples réseaux qui nous relient à tous les continents, et sur nous pleuvent chaque jour des informations semblables à ces reproches qui, entre autres, s’adressent au pouvoir royal : « Malheureux celui qui construit son palais au mépris de la justice, et ses étages au mépris du droit ; qui fait travailler les autres pour rien, sans leur donner de salaire » (Jérémie 22/13). « Tu n’as de regards et de pensées que pour le profit, pour répandre le sang de l’innocent et agir avec brutalité et sauvagerie » (22/17).
Dans ces contextes, autant le nôtre que celui de Jérémie, retentissent ces mises en garde que nous venons d’entendre :

-    Gare à la légitimité apparente de ces hommes bien en place dans l’Institution et la société qui prétendent parler au nom de Dieu.
-    Gare à ces faux prophètes qui se prêchent eux-mêmes au lieu de se mettre à l’écoute de Dieu ; leurs messages sont aussi inconsistants que la vapeur (= racine du mot leurrer).
-    Gare à ces faux prophètes qui ont Dieu à la bouche, mais qui prêtent main forte aux malfaiteurs déclenchant ainsi une véritable épidémie du mal dans le peuple (23/14).
-    Gare à ces prophètes qui entraînent leurs concitoyens dans l’idolâtrie les menant ainsi droit à la catastrophe (23/13).
-    Gare à ces faux prophètes qui instrumentalisent le message de Dieu au service de leurs fantasmes religieux et de leur morale dévoyée, qui annoncent une paix facile et qui occultent tous les dysfonctionnements explosifs (23/17).

ne leur ai rien demandé ; ils ne sont d’aucune utilité pour mon peuple ».
Ce message clair et vigoureux ne l’était pas tant pour ses auditeurs. Après tout, Jérémie n’était qu’un prophète parmi d’autres, et tout comme les autres il affirmait, lui aussi, annoncer le message de Dieu. En pareil cas, qui a raison ? Qui dit vrai ? Qui croire ? Savoir discerner, y voir clair, n’est  pas facile lorsqu’on est immergé dans l’histoire. Nous savons maintenant que c’est Jérémie qui était dans le vrai ; l’histoire du Moyen Orient lui a donné raison. Mais la grande majorité de ses concitoyens n’est nullement prête à écouter cet « oiseau de malheur » qui les prend tous à rebrousse poil.  Subjectivement tous les prophètes étaient persuadés de la véracité et du bien-fondé de leurs messages, et à priori, le plus crédible est celui qui abonde dans le sens de ses auditeurs. Chaque génération est confrontée à ce problème. Jean écrit dans sa 1ère lettre (4/1) : « Mes bien-aimés, n’ajoutez pas foi à tout esprit, mais éprouvez les esprits pour voir s’ils sont de Dieu ; car beaucoup de prophètes de mensonge se sont répandus dans le monde ». Ce qui nécessite des critères objectifs d’autant plus que nous vivons dans un environnement dans lequel, exposés au matraquage de « vérités » divergentes, nous oscillons facilement entre deux tendances majeures, soit tout relativiser, soit privilégier un jusqu’au-boutisme qui se refuse de demeurer à l’écoute de ce que Dieu veut nous faire saisir.

Le passage biblique proposé à notre méditation fait ressortir que Jérémie se référait à des critères objectifs qui sont encore normatifs pour nous ici, et simplement, pour ceux qui se veulent chrétiens, pour être en mesure de faire la différence entre la paille et le bon grain (23/28).

(Premièrement) Le respect du fondement de la religion juive : l’Alliance de Dieu avec son peuple qui repose sur le partenariat et entraîne un comportement adéquat résumé dans la règle d’or : Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, et ton prochain comme toi-même. Message biblique qui nous a été transmis à travers les millénaires et qui nous demande d’être attentifs à la nécessaire cohérence entre notre pratique religieuse et notre volonté d’agir pour le mieux, que ce soit avec notre langue ou nos mains.

Impossible de se mettre en contradiction avec cette donnée sans trahir le message de Dieu (23/17). Sept siècles plus tard Jean écrira à ses « bien-aimés » : « Quiconque ne pratique pas la justice n’est pas de Dieu, ni celui qui n’aime pas son frère » (1 Jean 3/10b).

(Deuxièmement) Le discernement politique de la situation internationale en rapport avec les retombées pour son propre pays. Dire que tout est pour le mieux parce qu’on ne veut pas changer de style de vie en occultant simplement les signes avant-coureurs est manifestement suicidaire, alors que la volonté de Dieu a pour but de nous venir en aide en nous sauvant des relations destructrices. Le message qu’il nous fera parvenir sera forcément une mise en garde, un encouragement, un appel à rectifier tous nos comportements qui engendrent les dysfonctionnements.
Les textes bibliques abondent dans cette mise en garde, que ce soit à l’échelle locale, nationale ou internationale (Osée 8/7) : « Ils sèment le vent et ils récoltent la tempête (Prov. 22/8) ». « Qui sème l’injustice récolte la calamité (Ps.9/16) ». Les nations ont sombré dans la fosse qu’elles avaient creusée, leur pied s’est pris au filet qu’elles avaient caché. Journellement la multiplicité des informations nous donne l’occasion d’en faire le constat.

(Troisièmement) N’est pas prophète celui qui se prêche lui-même, qui se complait dans ses expériences religieuses pour se « faire mousser » et donner des directives en dépit du bon sens (23/17) ; N’est pas prophète celui qui instrumentalise la parole de Dieu pour exercer l’autorité sur les autres. Est prophète celui qui se met sincèrement à l’écoute de la parole qui lui est communiquée avec tous les critères humains dont il dispose pour affiner sa perception. Ne nous laissons pas impressionner par des apparences mais reconnaissons ce qui est inspiré par l’Esprit de Dieu.

(Quatrièmement) L’intervention de Dieu dans la vie d’une personne est telle une force irrésistible qui s’impose à elle pour lui « ouvrir les yeux » ; peu importe le support dont il se sert : d’un arbre en fleurs, de fruits, d’un atelier de potier, comme ce fut le cas pour Jérémie, ou, pour d’autres, d’un rêve, d’une vision, d’un détail d’architecture, d’une personne, et pour ceux qui en disposent, d’une interpellation biblique. Jérémie compare cette irruption dans son existence à un feu, un feu intérieur impossible d’éteindre, impossible de fuir, et à un marteau qui pulvérise toutes les résistances intérieures, tous les projets personnels, tout ce qu’on préfère ne pas voir pour se simplifier la vie, le marteau, aussi une métaphore pour toutes les situations douloureuses dans lesquelles elle l’entraîne souvent malgré lui. Deux images fortes qui résument à la fois le caractère lancinant et tous les renoncements et les risques qu’encoure chacun qui ne regimbe pas à accueillir la parole de Dieu qui s’adresse spécialement à lui. Jérémie l’a vécu douloureusement durant toute son existence jusqu’à « craquer » par moment ; et il suffit de regarder et d’écouter ce qui se passe autour de nous pour constater que cela n’a pas changé selon l’endroit où on habite. Est prophète toute personne qui accepte de se laisser entraîner par Dieu dans des situations de renoncements et de risques quel qu’en soit le prix à payer.

(Cinquièmement) Avec ces critères auxquels Jérémie se soumet tout au long de son activité prophétique, nous disposons d’un outil précieux pour nous aider à « examiner toutes les paroles des prophètes et retenir avec discernement ce qui est bon » (1 Thes. 5/22) : et, de manière plus générale, toutes affirmations de vérités, qu’elles se réfèrent à Dieu ou non. Car en tant que chrétiens notre responsabilité première est de demeurer en permanence attentifs aux directives de Dieu pour les relayer en paroles et en actes dans tout ce qui constitue notre tissu relationnel de notre environnement, et nos responsabilités citoyennes.

A notre échelle, aussi humble soit-elle, et, à plus forte raison, si nous exerçons des mandats sur le plan national ou international, nous disposons de possibilités insoupçonnées pour entraîner ceux que nous atteignons soit, à tourner le dos aux relations créatrices de vie et de guérison que Dieu veut faire naître, soit à y donner suite.

N’oublions jamais dans le train train quotidien ou dans le feu de l’action, que notre intelligence, notre savoir, et notre bon sens seuls, aussi indispensables qu’ils soient, ne suffisent pas à nous ouvrir les yeux comme seul Dieu sait et peut le faire, lui qui est à la fois proche et au-delà de toute perception humaine (23/23).

(Sixièmement) Dans l’Eglise primitive, l’activité prophétique qu’elle ait été exercée comme un vrai ministère ou de manière sporadique, tenait une place importante. L’apôtre Paul la situait après l’activité apostolique. Aux Corinthiens il conseille : « Ayez pour ambition d’être prophètes… mais que tout se fasse avec dignité et ordre » (1 Corinthiens 14/39 – tr.F.C.) Notre discernement ne s’arrête pas aux seuls discours se référant à Dieu, ou non qui se veulent être l’orientation véritable dont notre monde a besoin. Nous avons aussi à exercer ce même discernement quand Dieu intervient dans notre propre existence pour nous dévoiler ce qu’il veut nous confier.
Un discernement d’autant plus important qu’il nous est difficile de démêler ce qui vient de nous et ce qui vient vraiment de Dieu ; mais c’est encore aujourd’hui le passage obligé pour être au service de Dieu et des autres. Amen.
            
            Marie-Louise CARON, pasteur

Cantiques proposés :

ARC     428    NCTC    151

 

 

PREDICATIONS DU SERVICE DES LECTEURS DE L'UEPAL

Ces prédications sont fournies par le Service des Lecteurs de l'UEPAL.

Ce service a été dirigé par le pasteur Georges HUFFSCHMITT de Wingen-sur-Moder
puis 67290 VOLKSBERG (tél O3.88.01.55.41, courriel: Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.),
jusqu'en 2009.

A partir de cette année 2010, Mme Esther LENZ, de 67360 MORSBRONN-LES-BAINS
(tél: 03.88.90.07.02, courriel: Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.) reprend la direction.

Le Secrétariat est assuré par Madame Suzanne LOEFFLER,
au Secrétariat de la Paroisse de 67340 INGWILLER
(tél: 03.88.89.41.54, courriel : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.).

   

 

  
 

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