« Pasteur Yves Kéler, retraité de l'Eglise de la Confession d'Augsbourg d'Alsace
et de Lorraine (ECAAL)/Union des Eglises Protestantes d'Alsace et de Lorraine (UEPAL)
»

*1939 - † 2018


4è Dimanche après la Trinité

15 juin 2008

 La communauté des pécheurs

Romains 12,17-21


Série VI (Reihe VI)  : liste complémentaire II :

La Bible est un livre réaliste : le mal existe bel et bien, jusque dans le cœur de l’homme ; rien ne sert de le cacher. Dans le monde des animaux, il y a lutte constante : les plus forts détruisent les plus faibles. Chez les hommes, ce n’est pas tellement différent ; dans certaines parties du monde se produisent de véritables carnages ; mais aussi chez les gens civilisés, il y a constamment des conflits plus ou moins ouverts : concurrence économique acharnée, conflits de classes, luttes politiques… Il s’agit de s’affirmer face aux autres, de prendre la plus grosse part du gâteau…

La sagesse populaire dit : « On récolte ce que l’on a semé » ou « Qui sème le vent, récolte la tempête ». Chacun voit généralement le mal chez l’autre : mais l’autre n’est souvent qu’un miroir pour nous-mêmes, le mal à l’œuvre chez l’autre un écho du mal qui se cache dans mon propre cœur. « Le cœur de l’homme est disposé au mal dès sa jeunesse » , dit Dieu (Genèse 8,21). Parfois ce n’est pas visible, le mal sommeille, on pourrait croire qu’il n’existe pas. Et puis, soudain, il se réveille, provoqué par le mal extérieur, auquel il s’efforce alors de répondre. Qui peut résister à l’attaque, à la provocation ? Qui ne répond pas à l’appel de la vengeance ? « Œil pour œil, dent pour dent » ! Le besoin de réparation est là, besoin de compensation, de rétribution.

Celui qui me respecte, je le respecte ; celui qui me laisse en paix, je le laisse en paix ; celui qui me salue, je le salue. Mais attention, je ne me laisse pas marcher sur les pieds, celui qui me cherche me trouve ! Là où le mal en moi est réveillé par le mal venant de l’extérieur, il y aura d’abord de mauvaises pensées, puis des paroles méchantes, et finalement les actes suivront.

Ce mécanisme doit être brisé, sinon le mal continuera à produire le mal. Il faut sortir du cercle vicieux. Comment ? - Le premier pas, c’est reconnaître en l’autre un pécheur ; mais ce qui est plus important : un pécheur comme moi. La manière de voir de la Bible (tous pécheurs) est une aide réelle. C’est vrai que dans la Bible il y a des affirmations dures, sans complaisance ; mais c’est pour que nous apprenions à nous voir sans illusions et à comprendre où sont les vrais problèmes et les bonnes solutions.
L’apôtre Paul savait de quoi il parlait. Avant sa conversion, il était un homme violent, il persécutait les chrétiens ; il était au service du mal, alors qu’il était convaincu d’agir pour la bonne cause. Dieu lui a ouvert les yeux ; et Dieu lui a été miséricordieux. Paul est devenu apôtre, missionnaire annonçant le pardon et l’amour de Dieu à tous ceux qu’il rencontrait. Il avait compris que la voie n’était pas sans issue, que chaque homme peut faire demi-tour et trouver le bon chemin.

Comment vaincre le mal ? – « Ne rendez à personne le mal pour le mal… Si ton ennemi a faim, donne-lui à manger… Sois vainqueur du mal par le bien. » Ce que Paul écrit ici aux Romains fait penser au Sermon sur la Montagne, aux paroles de Jésus. Céder, ne pas se venger. On entend tout de suite l’objection : ce n’est pas possible, nous avons besoin d’ordre, le mal ne peut pas rester impuni, les lois doivent être respectées ; ne pas réagir au mal, ce serait la fin, la porte ouverte à l’arbitraire, au crime, au terrorisme.

L’apôtre Paul n’était pas un rêveur ! Il ne cherchait pas à présenter ici la solution générale et définitive pour toutes les situations. Dans d’autres écrits, il a parlé du rôle de l’autorité temporelle garante de l’ordre et d’une certaine tranquillité ; et il a bien dit que le chrétien doit respecter cette autorité. Paul n’était pas un anarchiste, et Jésus non plus. L’apôtre écrit : « S’il est possible, autant que cela dépende de vous, soyez en paix avec tous les hommes. » Il y a des cas où cela n’est pas possible, malgré tous les efforts, parce que l’autre ne veut pas la paix. Et il y a des situations où il faut défendre ses droits de toutes ses forces, notamment là où nous ne sommes pas seuls en cause, là où ne pas réagir ferait du tort à ceux qui sont dans le même cas que nous…

Pourtant cela ne change rien au fait que nous ne règlerons pas les problèmes avec le principe « Œil pour œil, dent pour dent ». Il y a des moments où il faut dépasser le principe de la rétribution ! Il y a des moments où notre Seigneur nous demande d’accepter les coups, de laisser libre cours au mal pour ne pas l’aggraver, pour ne pas apporter de l’eau à son moulin. Laisser le mal tourner à vide jusqu’à épuisement, sans lui opposer de résistance, car toute résistance le ferait rebondir, et les conséquences seraient pires… Lorsqu’il y a conflit entre deux personnes, il faut bien que l’une des deux arrête la première, pour proposer autre chose.

C’est tout simplement une affaire de sagesse et de bon sens que de renoncer occasionnellement à son droit et d’accepter l’injustice ; pour éviter une dégradation irrémédiable des relations, pour éviter un désastre. (Prenons par exemple les histoires d’héritage qui sont sans doute le plus grand danger pour la paix entre membres d’une même famille. Ne vaut-il pas mieux laisser quelques meubles, quelques mètres carrés de terrain, quelques milliers d’euros, si on peut ainsi sauver la bonne entente au sein d’une famille, au lieu de se gâcher le reste de la vie pour des biens matériels ? )

En tous cas, le principe strict « Œil pour œil, dent pour dent » finirait par tuer toute communauté humaine. Là où les hommes vivent en paix les uns avec les autres, chacun, à tour de rôle, accepte de laisser à l’autre l’avantage et renonce à faire valoir tous ses droits. Non pas par faiblesse, ou parce que l’on serait incapable de faire la distinction entre justice et injustice, mais parce que l’on veut conserver quelque chose de plus grand, de plus important : l’entente, la concorde, la communion…
Il ne faudrait pas déduire de ce qui a été dit jusqu’à présent que l’apôtre Paul fait aux Romains une leçon de morale ! Car l’essentiel est ailleurs ! La plupart du temps, nous savons ce qu’il y aurait lieu de faire, mais il nous manque la volonté et la force de le réaliser. Et c’est exactement là où se situe la différence entre l’Evangile et la morale ! Parce que l’Evangile propose, avec les directives, aussi les moyens d’atteindre le but. Autrement dit : il ne nous est pas seulement montré ce qu’il faut faire ; on nous indique aussi la source à laquelle nous pouvons puiser des forces, ces forces que nous ne trouvons pas en nous-mêmes.

On ne peut donner que ce que l’on a, que ce que l’on a reçu. Les psychologues et les travailleurs sociaux le confirment : les personnes les plus difficiles, pleines de colère, de haine, d’animosité, sont en réalité des personnes qui ont faim de compréhension, de confiance, de sympathie. Ce sont des êtres qui n’ont pas reçu beaucoup d’amour dans leur vie et qui, de ce fait ne sont pas capables d’en donner.

C’est là que l’Evangile intervient, car l’Evangile nous dit avant tout que nous sommes aimés de Dieu. Voilà d’où le croyant reçoit la force d’aimer son prochain, tout prochain, même celui qui vient en ennemi. Le croyant ne dit pas : « Je t’aime parce que tu m’es sympathique et parce que tu me veux du bien » , non, il dit : « Je t’aime comme Dieu m’aime moi » c’est-à-dire sans poser la question du mérite et sans demander ce que cela va m’apporter. L’Eglise est « la communauté des pécheurs » (thème du dimanche), mais des pécheurs qui savent qu’ils sont pardonnés et que malgré leur état de pécheurs ils sont enfants de Dieu.

Dieu m’aime, il aime mes prochains, au près et au loin. Comment pourrais-je ne pas les aimer ? Dieu m’a pardonné mes péchés, la croix du Christ me l’assure. Comment pourrais-je refuser le pardon à mon prochain ? Par la croix de son Fils, Dieu propose à tous la réconciliation et la paix. Comment pourrais-je ne pas me mettre au service de la réconciliation et de la paix ? La paix est possible là où l’on croit que Dieu aura le dernier mot. On peut accepter l’injustice en sachant qu’un jour il y aura le jugement de Dieu qui remettra toutes choses à leur place. Cette espérance permet l’abaissement et fait que l’abaissement n’est pas de la faiblesse.
L’apôtre nous exhorte ce matin : vous vivez de la bonté de Dieu qui ne vous rend pas la monnaie de votre pièce ; alors inspirez-vous de l’attitude de Dieu pour trouver la bonne attitude vis-à-vis de votre prochain. Il n’y pas que le mal qui est contagieux ; le bien également déteint sur les autres et les fait changer. « Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu. » Amen.

Denis Klein, pasteur à Offwiller.


Cantiques :   

    ARC 544     NCTC 237     AL 47-08
ARC 534             AL 36-29
ARC 607     NCTC 280    AL 46-02

¼ - Service des Lecteurs – SL – 26 – 15.06.2008 – Denis KLEIN

 

PREDICATIONS DU SERVICE DES LECTEURS DE L'UEPAL

Ces prédications sont fournies par le Service des Lecteurs de l'UEPAL.

Ce service a été dirigé par le pasteur Georges HUFFSCHMITT de Wingen-sur-Moder
puis 67290 VOLKSBERG (tél O3.88.01.55.41, courriel: Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.),
jusqu'en 2009.

A partir de cette année 2010, Mme Esther LENZ, de 67360 MORSBRONN-LES-BAINS
(tél: 03.88.90.07.02, courriel: Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.) reprend la direction.

Le Secrétariat est assuré par Madame Suzanne LOEFFLER,
au Secrétariat de la Paroisse de 67340 INGWILLER
(tél: 03.88.89.41.54, courriel : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.).

   

 

 

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