Avant dernier dimanche de l’année ecclésiastique

Dimanche 14 novembre 2010

Le jugement dernier

Romains 8, 18- 25

Chers frères et sœurs !

En quel temps vivons-nous ? Très rarement nous arrivons à déterminer exactement ce temps, ou alors seulement les temps de crises ou de guerres. Et nous, chrétiens, connaissons-nous notre temps ? « La cigogne dans le ciel connaît son temps, la tourterelle, la grue et l’hirondelle savent le moment où elles doivent revenir » (Jérémie4/ 6-7). Ce serait mortel pour les oiseaux migrateurs de se tromper dans l’appréciation du temps. Comment apprécions-nous notre temps ? L’Ecclésiaste au chapitre 3 nous rappelle qu’il y a un temps pour toute chose. Les actions les plus diverses peuvent être justes et bonnes si elles sont faites au bon moment. Une action juste, mais mal à propos peut avoir des conséquences catastrophiques. Il est sage, celui qui sait faire ce qui est juste au bon moment, et ce n’est pas aussi simple que ça en a l’air ! Bien des gens ne savent pas juger le temps et savent encore moins réagir en conséquence. Tout dépend donc pour nous de savoir apprécier notre temps, mais il n’est dit nulle part qu’il soit toujours et automatiquement donné à l’homme de connaître le temps favorable. Paul analyse ici théologiquement son temps et le temps de l’Église, et il en arrive à cette conviction sur le temps qui détermine les croyants : « il n’y a pas de commune mesure entre les souffrances du temps présent et la gloire à venir ».

Paul parle du temps actuel, le temps où nous vivons. Un signe de ce temps est la souffrance. Mais en même temps, Paul parle d’un autre temps, un temps à venir qui sera glorieux. Ce temps sera dans un autre espace ; pour le croyant il n’y a pas qu’un seul temps, il n’y a pas qu’un seul espace-temps pour la vie, mais qu’il y a un temps présent et un temps à venir qui sera fondamentalement différent. Pour la plupart d’entre nous, il est sans doute difficile de se représenter le temps et l’espace en double, de concevoir que ce temps-ci sera relayé par un autre temps qui transformera l’espace. Pour la jeune génération apparemment, il y a moins de problèmes, ils sont habitués à changer de temps ou de dimensions virtuels. Pourtant l’analyse du temps que fait Paul en attend davantage de nous. En tant que chrétiens, nous ne vivons pas seulement dans le temps présent marqué par la souffrance en espérant le temps nouveau, mais dès à présent nous sommes déterminés par le temps du salut qui vient. La révélation de la gloire de ce temps a déjà commencé en nous et parmi nous. Nous vivons un tuilage des temps. La souffrance peut et va encore nous marquer, mais la révélation de la gloire de Dieu est déjà en cours. Ainsi justement les croyants vivent une grande tension en eux, le nouveau temps de Dieu s’exprime dans l’ancien temps de la souffrance. C’était un des secrets de l’expansion du christianisme ; au milieu de la souffrance des martyrs, les gens pouvaient aussi voir l’éclat de la gloire de Dieu. Sur cette terre, nous ne vivons pas encore dans le nouveau temps de Dieu, nous vivons encore dans l’ancien temps, pourtant le nouveau temps a déjà commencé en nous et parmi nous. Déjà Dieu nous a pardonné nos péchés par la croix et la résurrection de son Fils Jésus – Christ.
Et nous ne sommes toujours pas délivrés de la souffrance, ni de notre mort corporelle.

Chers frères et sœurs, osons nous placer consciemment dans cette tension du temps dans lequel nous vivons. Il existe de nos jours bien des offres alléchantes qui nous promettent de pouvoir vivre sereinement dans un seul temps, l’illusion s’est répandue qu’il n’y a qu’un seul temps pour y vivre, qu’il n’y a qu’une seule vie, ici et maintenant. L’homme post-moderne est ainsi obligé de tout pomper de ce temps, de ne pas en rater une miette : ni les occasions de réussite, ni le fun. Chaque jour qui peut être arraché à la vieillesse doit se conquérir. Beaucoup de gens estiment qu’il faut vivre l’immortalité et la béatitude ici et maintenant. On a appelé cela « l’immortalité provisoire pour un temps » et ceux qui croient avoir atteint ce but en sont fiers. Pourtant ce concept sans Dieu, ce refoulement du fait que nous sommes périssables et mortels n’est pas atteint par la majorité des humains : malgré les promesses de la nouvelle économie, malgré leur travail et leurs efforts, le salut économique n’arrive pas, la souffrance demeure, s’y rajoute la frustration et la résignation. Pourtant, si nous connaissons notre temps, nous n’avons pas besoin de nous résigner. Même en faisant tout de façon idéale, la souffrance ne nous est pas épargnée, elle fait partie de ce temps, mais nous pouvons être sereins même là où cela ne va pas bien parce que ce n’est pas le seul temps !

Paul ose un regard audacieux sur la création, il se tourne vers la nature. Il est persuadé que chacun, en contemplant la nature a une idée, non seulement de la beauté de cette nature aux temps paradisiaques, mais qu’il peut y reconnaître la puissance et la divinité de Dieu (voir Romains 1/20). La nature est soumise à une énorme tension, elle subit le cycle du devenir et du dépérissement, et ce cycle ne doit pas avoir le dernier mot. Dans notre corps les temps se télescopent, le temps actuel et le temps de la gloire, notre corps est le lien, l’instance centrale de notre temps, le temps entre les temps. Si Jésus n’avait pas donné son corps sur la croix, l’analyse serait simple : nous serions encore dans nos péchés et livrés au dépérissement sans espoir d’en être délivrés. Mais, puisque le Fils de Dieu est ressuscité des morts le jour de Pâques, tout s’est compliqué : son salut inclut aussi le corps, à Pâques c’est déjà devenu une réalité évidente en lui, mais nous attendons encore cette délivrance de notre corps périssable sans encore la voir en nous. « Car c’est en espérance que nous sommes sauvés ; or l’espérance qu’on voit n’est plus de l’espérance : ce qu’on voit, peut-on l’espérer encore ? Mais si nous espérons ce que nous ne voyons pas, nous l’attendons avec persévérance » nous dit Paul ! Chaque chose a son temps ! En quel temps vivons-nous ? En vue de quoi est notre temps ? Il est temps de croire que Dieu nous a pardonné notre péché et qu’il nous a adoptés comme ses enfants et qu’il nous aime. Il est temps d’espérer que Dieu n’a pas prévu pour nous un salut au rabais, un salut incomplet, mais que le ressuscité délivrera et guérira aussi notre corps de la mort. Il est temps d’attendre avec patience et persévérance. Ce temps intermédiaire nous laisse du temps pour aimer notre prochain, et là, il y a tant de choses à faire au bon  moment ! Que le Seigneur ouvre nos yeux, nos cœurs et nos mains pour la gloire de son nom et la venue de son règne pour qu’advienne dès à présent dans nos vies le temps de l’Amour et de la Paix. AMEN !

Émile BAUER, pasteur à PRINTZHEIM

Cantiques proposés :

ARC 252,315, 316, 317,318,319, 313,303

¼ - Service des Lecteurs – SL – 14.11.2010 – Émile BAUER