« Pasteur Yves Kéler, retraité de l'Eglise de la Confession d'Augsbourg d'Alsace
et de Lorraine (ECAAL)/Union des Eglises Protestantes d'Alsace et de Lorraine (UEPAL)
»

*1939 - † 2018


Dernier dimanche de l’année ecclésiastique

Dimanche 21 novembre 2010

La cité éternelle

Apocalypse 21, 1-7

Depuis les temps les plus reculés, le rêve de l’humanité a été de construire un monde nouveau. Depuis toujours, les hommes ont espéré un avenir meilleur. Les grandes civilisations qui se sont succédé avaient toutes cette ambition plus ou moins avouée : transformer le monde, changer l’existence des hommes. Plus proches de nous, des révolutions de gauche ou de droite s’y essaient, par la persuasion ou la violence.

Schématiquement, il y a deux méthodes :

Il y a ceux qui disent : il faut d’abord changer l’individu, par l’instruction, l’éducation, lui donner la possibilité d’évoluer vers le bien ; alors notre monde deviendra meilleur.
Il y a les autres, qui pensent qu’il faut d’abord s’attaquer au cadre de vie, aux conditions de la vie sociale, mettre en place une autre politique ; ainsi, l’individu changera automatiquement ; dans de bonnes conditions, il ne pourra que devenir bon…

Malheureusement, aucune des deux méthodes n’a encore pu faire ses preuves, et toujours à nouveau nous constatons que le cœur de l’homme n’a pas changé, malgré le niveau d’instruction et de vie en général d’aujourd’hui. Les vieux problèmes ne sont pas résolus. Face à l’avenir, il y a également deux manières de voir : soit on annonce la grande catastrophe finale, soit on explique que l’humanité pourra s’adapter et survivre.

Face à tout cela, le chrétien fait bien de se tourner vers son Dieu et de méditer sa Parole. Le texte proposé pour ce dernier dimanche de l’année de l’Église n’est pas de la science-fiction, mais une vision prophétique qui veut fortifier notre espérance, l’espérance que le Dieu qui est à l’origine de tout n’abandonnera pas sa création, mais qu’il la conduira à son accomplissement en la renouvelant complètement. L’apôtre Jean décrit l’avenir merveilleux des enfants de Dieu, et il le fait en employant une foule d’images et de paraboles. Mais celles-ci ne sont que l’ombre des réalités futures que Dieu prépare aux siens. Le langage humain ne suffit pas pour rendre compte du monde nouveau créé par Dieu après la disparition du monde tel que nous le connaissons.

« La mort ne sera plus, il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur. » Le paradis retrouvé ! Le message de l’apôtre n’est pas facile à accepter. Beaucoup sont sceptiques, justement parce que le monde meilleur promis par les hommes n’est jamais devenu réalité. Alors trop beau pour être vrai ? Ne s’agit-il pas d’un rêve, un de plus ? Celui qui a faim pense à un bon repas ; celui qui est enfermé rêve de liberté… À l’époque où l’Apocalypse a été écrite, les chrétiens étaient persécutés ; l’apôtre lui-même vivait en exil sur l’île de Patmos ; il était vieux. Peut-être n’arrivait-il plus à faire la différence entre le rêve et la réalité ? Peut-être a-t-il eu des hallucinations ?

Le monde nouveau qui est décrit n’est pas notre monde actuel amélioré, rafistolé, mais quelque chose de tout à fait différent ! « Voici, je fais toutes choses nouvelles », dit celui qui est assis sur le trône. L’Apocalypse est très lucide lorsqu’il s’agit des possibilités humaines ; non, le monde nouveau n’a rien à voir avec les efforts des hommes, il est l’œuvre de Dieu lui-même ! Et c’est Dieu qui a soulevé un bout du voile pour permettre à Jean de voir une partie des réalités futures. Et c’est Dieu qui lui a donné l’ordre d’écrire ce qu’il a vu et entendu : « Écris, car ces paroles sont certaines et vraies ». Une révélation de Dieu ; Jean a un message à transmettre, comme les prophètes de l’Ancien Testament.
Et comme les prophètes de l’Ancien Testament parlaient de l’avenir pour appeler à une décision dans le présent, les paroles de Jean sont avertissement et encouragement. « Tel sera l’héritage du vainqueur ; je serai son Dieu et il sera mon fils ». Le vainqueur : c’est celui qui sera resté fidèle, qui n’aura pas renié son Seigneur dans les épreuves dans le monde ici-bas. Donc avertissement pour tous ceux qui sont tentés d’abandonner la lutte, de se laisser entrainer par le courant de ce monde. Si Dieu n’est pas notre Dieu ici-bas, nous ne serons pas ses enfants dans le monde futur. Et en même temps, les paroles de Jean sont un encouragement pour tous ceux qui combattent, qui s’accrochent et qui disent : quoi qu’il arrive, ce sera avec Dieu ! En mettant par écrit ses visions, l’apôtre n’a donc à aucun moment perdu de vue la réalité présente. Autrement dit, il a bien gardé les pieds sur terre.

Et puis, il y a un événement dans l’histoire qui montre que le monde nouveau de Dieu n’est pas qu’un rêve. Il y a eu contact entre le monde de Dieu qui est à venir et l’ancien que nous connaissons : celui qui a établi le contact et qui a donné en quelque sorte un avant-goût de ce que Dieu nous réserve, c’est bien sûr notre Seigneur Jésus-Christ. La nouvelle Jérusalem avec ses conditions de vie tout autres, avec ses relations complètement différentes entre les créatures et le créateur, avec son aspect paradisiaque, tout cela est annoncé dans les paroles et les actes de Jésus qui a fait souffler un esprit nouveau parmi les hommes. Dieu avec les hommes, Dieu vivant parmi les hommes : en Jésus, aussi appelé « Emmanuel », c’est-à-dire « Dieu avec nous ».

Grâce à Jésus, ceux qui désespéraient ont retrouvé l’espoir ; des malades ont été guéris ; des exclus ont été réintégrés dans la communauté ; des hommes se sont réconciliés avec Dieu, avec eux-mêmes, avec leurs prochains. Et Jésus est resté le même : aujourd’hui comme hier, il est à l’œuvre là où il trouve un cœur ouvert pour l’accueillir, là où on permet à son Esprit de souffler. Le Royaume de Dieu a commencé parmi nous ; c’est une semence cachée dont nous voyons parfois les signes : lorsque les rivalités font place à la paix ; lorsque l’exploitation de l’autre est remplacée par l’entraide ; lorsque l’esprit de jugement disparait parce que la miséricorde est plus forte ; lorsque c’est le chemin de la patience, de la douceur, du don de soi qui est choisi... Chaque fois que nous agissons comme le Christ et que nous sommes vraiment ses disciples, alors nous sommes déjà citoyens du monde qui vient. Et alors, lorsque nous voyons et vivons ces signes avant-coureurs, nous n’avons plus tellement de difficultés à croire que ce que Jean décrit dans notre texte sera un jour réalité.

Car pouvoir croire au nouveau ciel et à la nouvelle terre, cela dépend avant tout de notre expérience actuelle : avons-nous rencontré le Seigneur ? Vivons-nous avec lui tous les jours ? Comptons-nous sur sa présence et son soutien ? Celui qui vit avec le Seigneur pendant sa vie terrestre connait la puissance et les possibilités de ce Seigneur. Il sait qu’à Dieu rien n’est impossible. Et si beaucoup de ceux qui se nomment chrétiens ont perdu la certitude de la vie éternelle, n’est-ce pas parce que le Seigneur est pour eux un étranger, parce qu’ils ne lui parlent pas et qu’ils ne l’écoutent pas ?

Dans beaucoup de paroisses, on se souvient aujourd’hui de ceux qui sont morts pendant les douze derniers mois. Qu’avons-nous à confesser devant la mort ? D’où tirons-nous réconfort et consolation ? Au moment de la séparation et du deuil, la consolation authentique ne peut venir que de quelqu’un que nous connaissons, qui nous est familier et dont nous savons qu’il est sincère, donc digne de confiance. Celui qui a appris à connaitre le Seigneur et à marcher avec lui ne restera pas incrédule devant cette affirmation qu’un jour il fera toutes choses nouvelles.

Un chrétien africain avait perdu sa fille âgée de 17 ans. Sur sa tombe, il mit une croix et y inscrivit ces mots : « La mort n’a pas de mains. » Un missionnaire lui demanda ce que signifiait cette inscription. Il répondit : « Je sais qu’un jour je reverrai ma fille auprès du Seigneur. La mort ne pourra pas la retenir pour toujours, car la mort n’a plus de mains. » Une image juste pour exprimer la foi chrétienne…
On dit parfois de quelqu’un : « Il est mort comme il a vécu ». Pour le chrétien, c’est vrai aussi ; pour traverser la mort avec le Seigneur, il faut traverser la vie avec lui ! C’est pour nous y encourager que la Parole de Dieu nous montre comme but de notre cheminement la « cité éternelle » où nous serons avec notre Dieu.
                                     Amen.

Denis Klein, pasteur à Offwiller

Cantiques :

ARC 316 = AL 31.29
ARC 640 = AL 48.01 = NCTC 281

¼ - Service des lecteurs – SL 49 – 10/11/28 – Denis KLEIN

Visiteurs en ligne

103787
Aujourd'huiAujourd'hui134
HierHier325
Cette semaineCette semaine1257
Ce moisCe mois6124
Tous les joursTous les jours1037870
Template by JoomlaShine