« Pasteur Yves Kéler, retraité de l'Eglise de la Confession d'Augsbourg d'Alsace
et de Lorraine (ECAAL)/Union des Eglises Protestantes d'Alsace et de Lorraine (UEPAL)
»

*1939 - † 2018


12e dimanche après la Trinité

Dimanche 22 août 2010

La grande guérison : « Être aveugle pour voir enfin clair ! »

Actes 9, 1-9 (10-20)

Chers sœurs et frères en Christ !

Dire que l’apôtre Paul joue un rôle important dans les Actes est en dessous de la réalité. À partir du chapitre 15, il en devient même le véritable héros. L’auteur des Actes, un certain Luc, est émerveillé par le rôle décisif joué par l’apôtre des païens dans l’essor du christianisme au premier siècle. Il en fait l’image exemplaire du converti, arraché à ses anciennes croyances par le Christ et qui se dévoile subitement à lui. La mise en scène de Luc, pour raconter cet événement décisif, reprend beaucoup d’éléments symboliques et ne correspond pas à ce qui s’est réellement passé. Elle brosse de Paul de Tarse un portrait plutôt théologique où chaque détail a son importance. On notera que la rencontre entre Paul et Jésus se trouvera à deux reprises, par la suite, dans d’autres chapitres du livre (22 et 26) ; chaque fois exposée dans des circonstances différentes et destinée à un autre auditoire. D’ailleurs lorsque Paul parle de son passé dans ses épîtres, il ne cite jamais le chemin de Damas comme un passage obligé, mais fait plutôt allusion à une conversion au Christ qui paraît plus lente et réfléchie. En effet, aux Corinthiens, il se présente comme un témoin visuel de Jésus lui conférant son statut d’apôtre. Aux Philippiens, Paul se dit saisi par ce même Jésus. Quant aux Galates, ils apprennent que Jésus a révélé à Paul son Évangile et sa véritable vocation prophétique.

Il s’ensuit que si Luc place ce changement fondamental sur « le chemin de Damas » c’est qu’il veut nous dire quelque chose d’important. En Français, « faire son chemin de Damas », exprime encore de nos jours une conversion radicale ; l’après-Paul n’a donc plus rien à voir avec l’avant-Paul. De même, croyons-nous à des changements possibles, à des retournements de situation ? La guérison d’une personne condamnée ? Un nouveau commencement dans une vie de couple en difficulté ? Une nouvelle naissance à d’autres idées ? Saul était persuadé d’agir pour la bonne cause en persécutant ceux qui « s’engageaient dans la Voie ». L’on nous dit qu’il respirait menace et meurtre. Il n’a jamais caché sa rage de fanatique et ne regrette rien de ses actes, et soudain cette rage sera transformée en ferveur au service de la construction et non plus de la destruction. Ce revirement de Paul est un avertissement pour nous, car cela signifie que nous n’avons pas à déclarer une personne irrécupérable. Il est aussi un encouragement à intercéder non seulement pour les opprimés, mais également pour les oppresseurs. Saul avait une certaine image de Jésus et de ses disciples, comme beaucoup, il avait des préjugés, des clichés, des connaissances théoriques, mais pas vraiment de pratique. Et voilà que Paul va faire l’expérience d’une véritable rencontre. Luc lui la décrit soudaine et directe, mais elle n’est pas un modèle qui s’imposerait à nous. Chacune de nos existences est unique et les chemins de chacun peuvent être lents, droits, tortueux, lumineux ou rapides. Ce qui compte ce n’est pas le temps, mais le changement radical opéré en nous. Dans ce récit, Paul n’est pas le seul à changer complètement. Il tâtonne même dans le noir en devenant aveugle et Ananias, qui avait aussi des œillères, sera invité à porter un autre regard sur Saul jusqu’à ce qu’il devienne Paul et que des membranes tombent de ses yeux. C’est en devenant aveugle que Paul va devenir clairvoyant et qu’il pourra se destiner à sa vocation qui sera d’ouvrir les yeux des nations à la lumière du Christ. Pour nous également, la rencontre avec Jésus dans nos vies peut nous faire voir les autres autrement et dans une autre lumière.

Devant Jésus vivant, les grandes résolutions tombent à terre comme Paul de son piédestal. Saul était venu avec sa garde et des lettres de recommandation dans la puissance et devant les caméras, le voici qui disparaît dans l’anonymat jusqu’à en être humilié. Le renversement est d’autant plus saisissant : le fort devient faible et dépendant, celui qui a fait souffrir, souffrira pour l’amour du Christ. Mais quelle est donc cette expérience de Saul qui le transforme en Paul ?

Luc utilise ici des « effets spéciaux », empruntés aux récits d’apparitions divines de l’Ancien Testament : Lumière aveuglante, voix du ciel… D’ailleurs l’essentiel de notre récit ne se passe pas dans ce qui se voit – au contraire Paul dira même que la seule chose qu’il ait vue c’est qu’il n’a justement rien vu –, mais dans ce qui se dit. À ce sujet, le récit précise que Jésus a parlé à Saul en hébreu. Or, en hébreu, cette simple phrase habituellement traduite par : « Je suis Jésus que tu persécutes » peut avoir un double sens et aussi signifier : « Je suis le salut après lequel tu cours ». Du coup, Paul qui était obsédé par la recherche de ce salut jusqu’à observer scrupuleusement l’intégralité de la Loi, va comprendre que Jésus est la meilleure réponse qu’il puisse choisir à la question d’un sens à sa vie. C’est donc un dialogue très fort et profond entre les deux qui s’adresse aussi à nous. Jésus poursuit avec Paul – et avec nous par la même occasion – en lui demandant pourquoi fait-il cela. La question n’est pas neutre, elle mérite que nous nous la posions ! Pourquoi faisons-nous cela ? Pourquoi agissons-nous ainsi ? Par habitude ? Par réflexe ? C’est bien la question fondamentale de la foi : pourquoi fais-tu cela ? Et Paul répond par une autre question qui est la question de Dieu : « Qui es-tu Seigneur ? ». Comme s’il ne le savait pas ? Il s’était fait une image de Dieu, mais voilà qu’elle s’écroule ! Quel est le but de ma vie ? En quoi est-ce que je crois ? Il faut d’une certaine manière prendre quelquefois du recul, réfléchir, se questionner, se remettre en question pour savoir en quoi nous croyons et qui est notre Dieu. La conversion de Paul a été de découvrir que Christ est la meilleure réponse à ses questions. Cette réponse, qui sonne comme une véritable renaissance, l’a véritablement converti : « Je suis – le même titre que le Dieu du buisson ardent – Jésus le salut, le sens profond que tu recherches ». La conversion n’est pas qu’un changement d’état brusque, qu’une affaire d’émotions, c’est aussi un questionnement, une dynamique, qui ne laisse pas en place. Cette force qui envoie en mission pour se mettre au service des réalités dans lesquelles nous croyons.

Pour matérialiser ce questionnement intérieur, Paul est rendu aveugle. Il est dans la confusion et dans l’obscurité. Et pourtant c’est vraiment à partir de ce moment qu’il voit le Christ avec les yeux de la foi. Une nouvelle manière de s’ouvrir sur les nouvelles dimensions de l’Évangile : pardon, amour, salut… Nous savons, par la suite du récit, que Paul va être chargé d’annoncer l’Évangile aux nations. En attendant, il est dans le temps de Dieu. Ce sont ces fameux trois jours de jeûne et de prières. Les trois jours de Pâques, les trois jours de Jonas dans le ventre du gros poisson, ce temps symbolique pour renaître à une autre vie et à d’autres idées. Et cet accès à une nouvelle vie ne pourra se faire sans l’irruption d’Ananias, la tierce personne qui aidera Paul à sortir de son univers, et à s’ouvrir à une nouvelle communauté des croyants. Il est celui sans lequel Paul serait resté enfermé dans sa bulle avec Jésus. Toujours disponible, bonne réputation, attentif aux autres, prêt à accomplir des choses qu’il n’aime pas faire. Hésitant au départ et une fois lancé, on ne l’arrête plus ! Prêt à se laisser changer, il ose appeler son ennemi, frère, jusqu’à s’effacer pour laisser la place à la star montante. Il est celui ou celle qui intervient dans les moments charnières de nos vies pour nous redonner courage et nous remettre sur la voie. Paul a entendu le Christ lui parler en hébreu. Lui-même a médité la Torah, mais ses lettres seront écrites en grec. Il a fait un effort de traduction et d’adaptation à un nouveau public. Et c’est aussi notre rôle de traduire le Christ à nos contemporains ; ce qui est certainement le plus compliqué. Mais ce travail de traduction a aussi une dimension spirituelle ; il part de l’intérieur. Pour apporter l’Évangile dans la langue de tous, il faut essayer de le rencontrer, d’être présent à lui, de mourir à soi-même.
Frédéric Gangloff

Cantiques conseillés :

Arc 253, 1-3 ; Arc 275, 1-4 ; Arc 526, 1-3 ; Arc 548, 1-5

¼ – Service des lecteurs – SL – 36 – 22.08.2010 – Frédéric GANGLOFF

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