« Pasteur Yves Kéler, retraité de l'Eglise de la Confession d'Augsbourg d'Alsace
et de Lorraine (ECAAL)/Union des Eglises Protestantes d'Alsace et de Lorraine (UEPAL)
»

*1939 - † 2018


15e dimanche après la Trinité

Dimanche 12 septembre 2010

Les biens terrestres

 I Pierre 5, 5b-11

Note : Il serait bon de lire à partir de 5b « revêtez vous d’humilité… »

Chers amis

Quand l’auteur de la Lettre de Pierre cite le Proverbe (3,33) se-lon lequel « Dieu résiste aux orgueilleux, mais fait grâce aux humbles », il définit une échelle des valeurs qui n’est pas forcé-ment celle de la société qui nous entoure. Regardons-la et es-sayons de voir sur quelle base de foi il peut affirmer l’importance de l’humilité. Cela nous amènera aux conséquences de l’adhésion à ces valeurs, souvent décriées.

Échelle de valeurs

Les versets qui précèdent le passage que nous avons entendu ne sont pas faciles à accepter. Il y est question de respect d’autrui, de patience et même d’acceptation de la souffrance injuste. Malheureusement, l’Église a souvent prêché la soumission et la patience à des personnes opprimées en leur promettant la récompense au ciel et les exploiteurs ont profité de la passivité des chrétiens patients et soumis. Cela peut expliquer en partie l’animosité actuelle envers les chrétiens quand ils vantent l’humilité, au lieu d’appeler à la compétition et à la lutte.

En fait, la lettre de Pierre ne demande pas la soumission à toute sorte d’injustice : si elle conseille aux chrétiens d’accepter de souffrir injustement pour leur foi, elle ne demande pas de se soumettre à toute oppression. La même modération et la même patience sont exigées de ceux qui ont le pouvoir. Ils doivent l’exercer de façon juste. Malheureusement, ce discours n’est pas souvent suivi d’effets. L’histoire montre que la lutte a donné aux petits plus de résultats, en termes de justice sociale, que la soumission, l’humilité et la patience.
N’oublions pas que la lettre de Pierre ne parle pas de soumission aux hommes, mais de soumission à Dieu, dont la main puissante est capable d’élever ceux qui ont été humiliés par les hommes. La phrase « Dieu les élèvera au moment qu’il a fixé » ne signifie pas qu’il faut attendre le paradis pour voir un peu de justice, cela peut aussi se passer sur terre !

Malgré tout, il est difficile de suivre une échelle de valeurs autre que celle du monde. Les premiers chrétiens qui vivaient dispersés dans un empire traversé de luttes sociales très dures en faisaient déjà l’expérience. Retenons d’abord le renversement de l’échelle des valeurs : au lieu de s’affirmer au détriment des autres, l’apôtre invite à être fraternels. Au lieu de tout voir en termes de concurrence et d’élimination des adversaires, il invite à la collaboration et à l’espérance. Ceux qui vivent dans le monde des affaires et de la compétition trouvent cela souvent contreproductif ; mais ceux qui ont découvert la grâce de Dieu croient que c’est un chemin possible.

Justification par la foi

En effet, le centre de la foi chrétienne, c’est la découverte de cette grâce de Dieu. Les protestants appellent cela la « justification par la foi ». Cette doctrine des églises de la réforme affirme que la vie d’un homme ne reçoit pas sa valeur par le niveau de son compte en banque, la marque de sa voiture ou par les milliers de kilomètres qu’il fait pour ses vacances. La vie humaine reçoit sa valeur de la possibilité de « participer à la gloire éternelle de Dieu en Christ ».

Les philosophes appellent cela la « doxa », mot que nous traduisons habituellement par « gloire », mais qui veut dire d’abord « la renommée ». D’où tirons-nous notre « doxa », notre renommée, notre vraie valeur ? Est-ce qu’elle vient de nos revenus ou du fait que nous nous sentons insérés dans un projet plus grand que nous ?

Un footballeur, parlant de l’équipe nationale, disait que les mat-ches se gagnent aussi au vestiaire : si les joueurs se regardent de travers en se demandant : combien gagne celui-ci ? Quelle est la voiture de celui-là ? Il n’y aura pas assez de motivation. Elle vient quand tous oublient ces détails et sont prêts se donner pour que l’équipe soit solidaire et gagne.
Il en est de même dans l’Église : si nous nous jalousons, si nous essayons d’exister les uns devant les autres par nos exploits religieux ou financiers, il n’y aura aucune solidarité. Si nous découvrons que Dieu nous inclut dans son projet de salut pour le monde, malgré nos limites et nos péchés, il y aura un autre esprit. Il ne s’agira plus de briller plus que le voisin, mais d’apporter le maximum à l’œuvre commune.
La découverte de cette « justification par la foi » est libératrice : nous devenons capables de servir Dieu malgré nos limites ! Nous ne sommes plus prisonniers de l’image qu’il faut donner aux autres, ni de l’opinion qu’on a de nous, mais le fait de se sentir accepté par Dieu permet de mobiliser son énergie pour notre vocation première : vivre et servir là où Dieu nous place et non nous épuiser à chercher la gloire devant les hommes.

Adversité

Évidemment, cette façon de considérer la vie n’est pas partagée par ceux qui donnent le ton dans notre société. Eux veulent que les hommes et les femmes essaient de briller et dépensent pour y arriver. Pour pouvoir dépenser, il faut gagner de l’argent, n’importe comment. C’est la course sans fin au profit.

Ceux qui nient cette façon de faire passent pour des imbéciles et des perdants. Au minimum, on se moque d’eux parce qu’ils sont naïfs. Quand ils se regroupent, ils passent pour des révolutionnaires et se heurtent à l’hostilité des puissants.

À l’époque de la lettre de Pierre, l’Empire romain connaissait des révoltes d’esclaves. Les chrétiens ne faisaient pas partie de l’élite politique ou financière. S’ils se rangeaient du côté de ceux qui attaquaient l’ordre social injuste, ils étaient exposés à toutes sortes de persécutions. C’est pourquoi la lettre de Pierre parle des souffrances des chrétiens dispersés dans le monde et des attaques du diable, l’adversaire, qui essaie de les intimider pour qu’ils ne contestent pas l’organisation violente de la société.
Il leur conseille une opposition, non pas politique, mais spirituelle : que leur façon paisible de vivre soit une alternative visible à la société injuste et violente. Cela nous interpelle aussi : comment participons-nous à la recherche de justice ? Un exem-ple, l’ACAT (Action des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture) fait écrire des lettres en faveur des personnes injustement trai-tées. Qui y participe ? Cet humble engagement peut ébranler des violences.

Car derrière cet engagement se trouve une promesse, formulée par la lettre de Pierre : l’engagement dans l’humble lutte pour une autre échelle de valeurs, que celle qui écrase les humains, est source de découverte de la grâce et de la force de Dieu.

Cl :

La foi en Dieu par le Christ mort sur la croix et ressuscité com-porte une part de jugement sur les injustices et les violences de la société qui opprime si facilement les petits et les innocents. Cette foi met en question le système de valeurs qui détruit les petits, et place son espérance en ce Dieu qui élève les humbles, fonde et fortifie ceux qui suivent son échelle de valeurs. Que notre foi nous rende solidaires de cette espérance au point de nous pousser à nous engager. Amen.
Pierre Kempf

Lecture de l’épître : Il serait possible, pour éclairer ce texte, de lire 1 Pierre 1, 3-7 ou bien 1 Pierre 2, 11-17 qui esquisse la si-tuation des chrétiens en ce temps-là.


Cantiques possibles :

616   Confie à Dieu ta route
622   Si Dieu pour nous s’engage
624   Dans toutes nos détresses
625   Vous qui ployez sous le fardeau
629   Ne laisse pas ma foi.

¼ - Service des Lecteurs – SL – 39 – 12.09.2010 – Pierre KEMPF

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