« Pasteur Yves Kéler, retraité de l'Eglise de la Confession d'Augsbourg d'Alsace
et de Lorraine (ECAAL)/Union des Eglises Protestantes d'Alsace et de Lorraine (UEPAL)
»

*1939 - † 2018

1er dimanche après la Trinité

Dimanche 6 juin 2010

Apôtres et prophètes

1 Jean 4, 16b-21

Chère assemblée,

Notre texte de ce matin mentionne 5 fois le terme ‘amour’ et  7 fois le verbe ‘aimer’.
Amour, aimer, attardons-nous un peu sur ces termes.
Voilà des mots qui sont bien souvent évoqués.
Peut-être trop utilisés, à tort et à travers, au point qu’ils ne veulent plus dire grand chose, au point qu’ils sont devenus des termes vides de toute signification.

Comment ne pas comprendre la personne qui avait décidé de tout miser sur l’amour mais qui, déçu devant les promesses non tenues, devant les déceptions, se résigne à ne plus y croire ?
‘Amour’ ! D’un côté, une des plus profondes aspirations de l’être humain, de l’autre, à l’usage, à l’examen, une des attentes qui inlassablement, immanquablement s’avère une illusion, une profonde source de déception.

Et pourtant, il n’en demeure pas moins que chacun d’entre nous éprouve le besoin d’être aimé. L’enfant ne supporte pas de ne pas être aimé de ses parents, et ceux-ci en attendent autant de leurs enfants. L’amoureux espère être aimé par la personne qui suscite en lui ce sentiment si fort, si impérieux. Les couples ont fondé toute une vie commune sur ce sentiment.
Oui, l’amour est un idéal, une soif qui explique bon nombre de nos démarches. Par ailleurs, parce que notre désir d’être aimé est si grand si démesuré, à l’arrivée il ne reste souvent que la blessure, la déception, la résignation.

A quoi cela tient-il ? Comment expliquer ce fossé entre nos attentes et leurs réalisations ?
Avons- nous surévalué cet idéal, en avons-nous attendu de trop ?
Ou avons-nous confondu la vie dans ce monde avec une belle histoire, une belle légende qui n’existe que dans les contes de fée et qui n’a rien à voir avec la réalité ?

D’un côté, il y aurait donc cette inexpugnable soif d’amour, ce rêve récurrent. De l’autre, la réalité de la vie qui nous oblige toujours à nouveau à faire le deuil de cet amour.
Et si cette critique ne se limitait pas à l’homme mais s’étendait jusqu’à Dieu lui-même, jusqu’à sa Parole ? Qu’avons-nous à l’instant entendu dans ce texte de l’épître, sinon l’affirmation essentielle, centrale, « Dieu est amour ». Mais comme avec tout ce qu’on entend souvent trop souvent, à la longue, soit on s’en lasse, soit on devient indifférent ou alors on le remet en question. Oui également l’affirmation, que Dieu est amour, peut susciter en nous la contradiction et la remise en question. A cette affirmation, on oppose alors les expériences douloureuses, les drames de la vie, l’absurdité de tout ce que les hommes doivent subir et accepter.

En admettant que Dieu soit véritablement amour !
Mais alors, est-ce que cela vaut aussi pour ce monde dans lequel je vis et qui souvent est plein d’effroi et de fureur,     est-ce que cela vaut aussi pour moi personnellement qui rencontre si souvent dans ma vie l’inimitié, la méchanceté et la dureté de cœur ?

Pour le formuler différemment, lorsque l’auteur de la 1ère épître de Jean affirme que Dieu est amour, où puis-je m’en rendre compte, qu’est-ce qui vient me confirmer, illustrer, donner un sens et un contenu à cette affirmation ?

S’il en est ainsi, il m’importe de vivre quelque chose de cet amour. J’aimerai être nourri, être porté par cette réalité !
Pour résumer le point où nous sommes arrivés dans notre réflexion : D’une part, nous devons reconnaître que l’amour nous est indispensable, que tout notre être y aspire mais nous devons aussi reconnaître qu’il nous fait cruellement défaut, qu’il est marqué du signe du manque et que cette prise de conscience nous touche jusque dans notre foi en Dieu, touche jusqu’à la personne de Dieu lui-même. Qu’en est-il de son amour divin, où est-il à l’œuvre, où est-il perceptible à la fois dans notre monde jusque dans mon être le plus intime ?

C’est certainement peine perdue de continuer à nous interroger de la sorte sauf à reconnaître que non, décidément, laissés à nous-mêmes, nous tournons en rond.

Et nous cherchons dans le vide ! Nous sommes dans l’impasse.
Et pourtant tout n’est pas aussi négatif dans cette réflexion si nous prenons en compte le précieux indice que nous donne l’auteur de l’épître. Il nous cite Jésus en exemple. Il évoque Jésus comme celui à qui notre vie sera semblable, dès que l’amour y régnera.

Pas de doute, nous avons ici un précieux indicateur. En effet, qui veut avancer dans cette quête de l’amour est invité à se tourner vers le Christ. Et c’est vrai, les évangiles nous présentent le Christ comme celui qui a fait de ce principe d’amour son moteur, sa raison d’être, sa mission.
Mais plus encore. Dans les Evangiles, le Christ toujours à nouveau nous indique qu’elle est la source à laquelle il puise cet amour qui gouverne sa vie.

Invariablement, inlassablement, c’est Dieu, le Père qu’il indique.
Toujours et partout, Jésus prêche et annonce Dieu comme son Père, notre Père, celui qui est tout entier amour pour ses enfants.
S’il est vrai que l’évangile de Jésus Christ est ‘Bonne Nouvelle’, c’est donc à un double titre. D’une part, il annonce à qui veut l’entendre que Dieu n’est qu’amour, [comme le père dans la parabole de l’enfant prodigue], d’autre part, ce même évangile nous donne à voir à écouter une personne, Jésus qui de toutes les fibres de son être vit cette réalité, et qui devient pour nous le vivant exemple d’un homme entièrement au service de cet amour.

Nous nous demandions où est à voir cet amour dont parle l’épître ? Pour le voir, il nous faut regarder au Christ. Et la première chose que nous enseigne l’exemple du Christ, c’est que l’amour ne peut pas être mis à toutes les sauces et qu’il faut clarifier ce qu’on entend sous ce terme.
Dans le N. T., dans le grec qui est sa langue première, les auteurs, pour traduire cette qualité d’amour que le Christ révèle utilisent le terme ‘agapé’. Le grec est une langue riche en synonymes et ils ne sont pas toujours restitués en français. La langue grecque pour exprimer les nuances de ce que nous traduisons par un seul terme ‘amour’, n’utilise pas moins de 4 vocables différents.  Le grec parle de ‘storgué’ qui est l’amour entre les membres d’une même famille, ‘philia’ qualifie le sentiment qui lie deux amis, ‘éros’ est l’amour que se porte un homme et une femme. Enfin, dans le Nouveau Testament, en particulier dans notre passage de l’épître de Jean, lorsque nous lisons que Dieu est amour, les auteurs disent que Dieu est ‘agapé’.

Que dire de cet ‘agapé’ ? Sa couleur fondamentale est la bienveillance, la bonté, la générosité. Et c’est donc à cet amour que le chrétien est appelé. Je ne suis pas appelé à un sentimentalisme, pas à un débordement et une effusion d’émotions et de bons sentiments mais à une décision de l’esprit, à la détermination à être bon et à me placer du côté du bien.
Dans ce sens, je suis appelé à aimer mon prochain pas parce que celui-ci est aimable et agréable. Mais je suis invité à l’aimer parce qu’au travers de l’amour ‘agapé’, je suis au plus près de la vocation que Dieu me propose, c’est à dire de vivre une vie sous le signe de la relation, féconde et bonne.

Je réponds ainsi à ma vocation première qui est d’être enfant du Père céleste et à considérer les autres hommes et femmes comme autant de frères et sœurs du même Père céleste.
Ce principe d’amour, auquel je suis invité à conformer ma vie, n’est pas donné par surcroît, comme une qualité innée, mais il se gagne de haute lutte. L’obstacle qu’il faut toujours à nouveau vaincre, c’est moi-même, vaincre en moi autant de choses comme l’égoïsme, la peur, la méfiance, le désir de domination, le sentiment de supériorité et bien d’autres choses encore. Le premier pas sur ce chemin de l’amour, c’est donc de m’ouvrir à l’Esprit de Dieu et de me laisser ainsi enseigner, former à ce difficile exercice d’aimer.

Voilà donc à quoi Dieu nous appelle.
Il veut notre salut et à la lumière de l’évangile, on peut ajouter qu’il veut notre guérison et notre délivrance.
Et le chemin, la voie que Dieu nous propose pour y arriver, c’est d’emprunter le chemin de l’amour.

C’est de suivre le Christ, lui qui n’a jamais voulu savoir rien d’autre que cet amour et qui nous a aimés jusqu’au bout, jusqu’à la mort. L’amour tel que la Parole biblique nous le révèle n’est certes jamais atteint. Beaucoup de résistances, des freins intérieurs nous retiennent. Et pourtant, en prenant un peu de recul, à la réflexion, ce chemin que Dieu nous propose nous apparaîtra bien vite comme le seul qui vaille.

Difficile, exigeant mais nécessairement bon et le seul qui permette une vie de sens, une vie où la paix et la joie l’emporteront sur les déceptions et les faillites.
Chers amis, sachons-nous donc en route, tendu vers cet idéal, toujours prêts à nous laisser remettre en question, toujours prêts à miser à nouveau sur l’amour, en cela  pleinement disciple du Christ. N’attendons pas des autres, du monde autour de nous qu’ils méritent cet amour ou qu’ils s’en montrent reconnaissants.
 A l’exemple du Christ, parions sur la force contagieuse de ce message et parions sur la présence et la force de Dieu, lui qui tout entier est amour. Amen.

Georges Hufschmitt

Cantiques :  Arc en Ciel  524, 534, 60

¼ - Service des Lecteurs – SL – 25 – 06.06.2010

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