« Pasteur Yves Kéler, retraité de l'Eglise de la Confession d'Augsbourg d'Alsace
et de Lorraine (ECAAL)/Union des Eglises Protestantes d'Alsace et de Lorraine (UEPAL)
»

*1939 - † 2018


7ème Dimanche après la Trinité

Dimanche 7 août 2011

A la table du Seigneur

Jean 6, 30-35

Chers sœurs et frères en Christ,
Bienvenus dans le monde étrange de « canal Jean ». Une option de la TNT truffée de symboles, de codes, et d’indices théologiques difficiles à déchiffrer pour nous, gens du 21ème siècle, sans décodeur adapté ! Tellement nous « zappons » sur des chaînes virtuelles avec d’autres références « culturelles ». Ainsi, même si Jean est peut-être à des années lumières de nos préoccupations, il peut tout de même encore nous « parler », à condition de le comprendre.
 
Cet évangile est construit sur une succession de « signes » accomplis par Jésus, à des moments stratégiques de son ministère, afin que le lecteur soit convaincu que Jésus est bien fils de Dieu et non le fils du charpentier de Nazareth. Dans le chapitre 6, le « signe » fort envoyé aux juifs est la fameuse multiplication des pains et des poissons. Jean insiste bien sur le fait que tout ceci se déroule peu avant Pâque. Du coup, le pain premier partagé par la foule est un avant-goût du pain azyme, lui-même annonciateur du pain de l’eucharistie. Mais nous n’en sommes pas encore là ! Toute cette démonstration, il faut déjà pouvoir la digérer.
Ensuite, la seconde étape est lorsque l’évangéliste identifie le pain donné à un véritable pain de vie descendu du ciel sous forme humaine. Et là, c’est pas gagné d’avance ! Les gens de l’époque sont finalement comme nous aujourd’hui ! : « Si tu es le messie, fais-nous un signe extraordinaire et nous croirons » ! Pour le dire autrement : « Toi –le charpentier ?- donne-nous donc de la croissance, de l’emploi, de la sécurité, des vacances ! Sauve nos retraites, la planète, notre pouvoir d’achat, la Libye, la Syrie, la paix ! T’as au moins déjà fait une fois la une des journaux ? De quelle action peux-tu te vanter ? Non sérieux ! Alors que notre glorieux maître Moïse, lui, a fait pleuvoir sur nos ancêtres la manne céleste. Et oui ! Souvenez-vous ! Un petit zoom en arrière…

Dans le texte d’Exode 16, l’on nous raconte que les fils d’Israël, débutant leurs quarante années de galère dans le désert, ont été soumis à un régime strict : cailles le soir et manne le matin, ou pour le dire autrement, protéines le soir, féculents le matin ! Tous les diététiciens vous diront qu’à ce rythme là on ne risque pas de péter la forme ! C’est donc d’autant plus normal, pour ce peuple en cavale, de murmurer, de ronchonner, de protester contre l’illogisme d’un Dieu qui libère miraculeusement son peuple de l’esclavage, en le faisant passer, à coups d’effets spéciaux, à travers les murailles des flots, pour finalement le larguer en plein désert au milieu de nul part.

Triste retour à la réalité pour un peuple qui était habitué au miraculeux, au fantastique, aux promesses de grandeur, aux prévisions de croissance, et peut-être à la hausse de son pouvoir d’achat ; En tout cas ne lui a-t-on pas fait miroiter une entrée promise en terre promise, celle qui ruisselle de lait et de miel ? Il fallait au moins cela pour rivaliser avec le pouvoir séducteur de l’Egypte, ce lieu protecteur synonyme d’Eldorado – on ne peut même plus parler de Suisse ou même le secret bancaire fout le camp- dont le peuple, à présent libéré, a toujours encore la nostalgie.
On oublie vite l’esclavage de l’insouciance et de l’assistance. Mieux vaut être esclave avec le ventre bien rempli, le compte en banque bien garni, que libre mais affamé et sans le sou. Plutôt revenir en arrière vers l’Egypte nourricière (rations de viande, pain et melon) que cette matière informe appelée : « c’est quoi ça? » - Manna - et ces cailles rachitiques qui doivent sentir le pétrole. C’est que, si le peuple est bien sorti géographiquement d’Egypte, il ne s’est pas encore libéré intérieurement des vieilles habitudes, de l’ancien système… Il râle, se lamente, veut retourner dans son cocon où il était certes exploité mais au moins assisté, logé, nourri, blanchi…Une manière pour lui d’idéaliser le passé pas si lointain lorsque l’on refuse d’entrer dans une période d’incertitudes, de trouble, tout comme le peuple refuse d’avancer dans le désert sans garanties juste parce qu’il devrait avoir confiance !

Et Jésus de remettre les choses à leur place : « Non seulement c’est pas Moïse, le pourvoyeur de la manne, enfin relisez vos classiques ! C’est un don de Dieu ! Celui dont vous ne prononcez pas le nom et que moi j’appelle papa parce qu’on n’a une relation spéciale ! Et en plus, il n’y pas de quoi la « ramener » parce que cette « manna », ce n’est que du ersatz, du provisoire, une ration de subsistance quotidienne pour pique-niquer dans le désert.
Ce que moi je vous propose, à présent, c’est du « lourd » ! De l’authentique ! Ce n’est ni plus ni moins, moi Jésus Christ, le véritable pain de vie descendu d’en Haut ! Certainement de quoi en étouffer plus d’un qui n’a toujours rien compris au film ! La preuve, ils reviennent à la charge, sans voir le véritable Jésus en face d’eux, et en redemandent ! Remarquez qu’après cet épisode, et la démonstration qui suit, il est dit que beaucoup le quittèrent ! C’est compréhensible, ce n’est pas des élucubrations pareilles qu’ils attendaient d’un messie en bonne et due forme. Ils espéraient l’homme providentiel, le super héros ! Au lieu de cela des mots, des paroles… Et les actes alors ?

Et nous, nous ressemblons que trop à cette foule incrédule et exigeante, réclamant des miracles quotidiens, des actions extraordinaires. Plus que jamais, nous avons faim et soif de changement, d’actions, de retournements de situation ! Bref, nous non plus ne sommes jamais rassasiés ! Pour tromper nos « grands » creux, nous nous jetons à corps perdus dans les hypermarchés de la consommation. L’obsession du manque et du vide, nous dérange tellement que nous avons même crée le besoin de consommer toujours plus… Comme la nature –paraît-il- nous aurions donc horreur du vide ? Nous avons tant besoin d’avoir le ventre bien rempli comme ces foules qui veulent du pain, et nos cerveaux lobotomisés par tous nos « jeux ». Nos yeux sont à la hauteur du ventre et surtout du nombril pour éviter de penser et de se regarder ! Les médias nous bourrent le crâne d’images, de sensations, de rêves, d’actions qui dispensent de raisonner et de se remettre en question ! Partout, et surtout entre deux « ponts », c’est la course au stockage ! On emmagasine allégrement dans nos boulimies d’achats et de possession : congélateurs, frigos, coffres-forts, comptes en banque…Tous ces ventres bien repus pour chasser la peur du lendemain avec ses « gueules de bois ». En cette période de vacances estivales nous accumulons les kilomètres et avalons les bouchons, dans l’espoir de nous détendre. Encore une fuite contre le temps auquel nous sacrifions nos journées de boulot ainsi qu’au saint agenda qu’il faut remplir pour se sentir vivre ! Sans parler de notre fringale de sécurité comblée par les assurances sur la vie, mutuelles, retraites, épargne, loto, peur devant l’inattendu… Décidément, nous nous ressemblons que trop ! Comme cette foule chez Jean, nous réclamons du solide, des certitudes, du fast food religieux à consommer dans l’instant. Nous sommes prêts à ouvrir le bec, du moment que quelqu’un le remplit !
Seulement voilà, pour trouver le pain de vie, il ne suffit pas d’attendre que cela nous tombe tout cuit dans la bouche… Il faut aussi se bouger ! Faire l’effort de chercher ! Oser se déplacer ! Il faut, pour ce faire, encore de l’appétit, du désir, de l’envie, avoir faim, manquer de quelque chose… Le pain de vie véritable ne se consomme pas sur le pouce, assis entre deux chaises. Il faut faire l’effort de progresser, de venir vers lui, car c’est sur ce chemin que l’on rencontre les autres. C’est eux qui vont calmer nos faims ! C’est également la soif qui nous fait rechercher la source. Plus que jamais, nous avons tous faim et soif de trouver un sens à nos vies. Et peut-être pourrions-nous dire que le pain de vie qui nous anime et nous nourrit vraiment est la foi. Cette « confiance » dans les autres et en Christ, qui nous pousse à poursuivre notre chemin. Et ce qui nous désaltère pourrait être l’amour, car aimer c’est croire à l’amour de celui qu’on aime en retour. Aimer et croire, comme manger et boire, sont des gestes sur l’avenir et une ouverture sur l’espérance dont nous avons tous besoin. J’ajouterai même, aimer sans modération et croire –avoir la foi- en toutes circonstances. Venez et ayez confiance et vous n’aurez plus jamais faim ni soif. Amen.

Frédéric Gangloff.

Propositions de cantiques :

Arc 582, 1-3//Al 24/07, 1-3
Arc 317, 1-5//Al 46/09, 1-5
Arc 214, 1-3//Al 21/19, 1-3
Arc 536, 1-4//Al 36/22, 1-4

¼ - Service des Lecteurs – SL – 34 – 07.08.2011 – Frédéric GANGLOFF

 

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