8ème Dimanche après la Trinité

Dimanche 14 août 2011

Les fruits de l'Esprit

Esaïe 2,1-5

Les militants des mouvements en faveur de la paix aiment cette invitation à transformer les épées en socs de charrue. Est-ce le rêve un peu naïf  de personnes qui veulent ignorer la violence des conflits qui opposent les personnes et les peuples ? Avant de répondre, il convient de réfléchir à ce que signifie la mention de Jérusalem, d’examiner d’un peu plus près le programme esquissé par Esaïe, pour apercevoir comment cela peut nous stimuler aujourd’hui dans notre façon de résoudre les conflits.

Jérusalem

La Bible parle souvent des peuples qui montent à la ville sainte de Jérusalem. Leurs motivations sont diverses. Certains y montent avec des intentions guerrières pour conquérir la ville. Ici, Esaïe ne parle pas d’envahisseurs. Ailleurs, en particulier dans les Psaumes, des foules importantes y montent en chantant pour adorer Dieu. Esaïe ne parle pas non plus d’adorateurs.

Les peuples qu’il mentionne viennent à Jérusalem pour y recevoir enseignement pratique: « Là, Dieu enseignera ce qu’il attend de nous et le chemin qu’il nous trace», dit-il. Jérusalem est le lieu où Dieu donne ses enseignements aux peuples.

Les prophètes de l’Ancien Testament avaient une conviction forte, c’est que la parole divine dite à Jérusalem est une lumière, non seulement pour le peuple d’Israël, mais aussi pour tous les peuples. Cette révélation s’est concrétisée dans la loi donnée à Moïse. Les élites de l’Israël ancien avaient le sentiment que, dans cet ensemble de lois, ils avaient reçu un trésor capable d’améliorer la vie de toute l’humanité et qu’ils se devaient de le transmettre. Ils ne le feront pas en envoyant des missionnaires ailleurs, mais ils pensent que la renommée de cette loi et de cette sagesse attirerait vers eux les princes de la terre. Le récit de la reine de Saba qui vient auprès de Salomon, dont la sagesse a traversé les frontières, illustre cette conviction.

Evidemment, c’est le contenu de cette loi qui fait sa valeur. Aujourd’hui, en occident, on refuse toute origine divine pour les lois. Cependant, il faut reconnaître que l’Ancien Testament ouvre des perspectives qui fondent le droit actuel dans ce qu’il a de plus noble . Par exemple, le roi lui-même est soumis à la loi divine, il ne peut la négliger. L’idée de la justice est essentielle: les conflits ne se règlent pas par la force physique et les coups, mais des magistrats honnêtes jugent de façon impartiale. Ils doivent condamner le délinquant, même s’il est puissant, et absoudre l’innocent, même s’il est faible. La justice protège le faible contre l’arbitraire et la violence du fort, cela est fondamental. Jérusalem représente tout cela.

Cette révélation est comme une lumière pour des humains souvent méprisés et traités injustement. Jésus le rappelle dans le passage de l’évangile sur la lumière du monde et le sel de la terre entendu tout à l’heure (Matthieu 5, 13-16).
Le programme du prophète
Le but de cette parole divine, c’est d’instaurer la paix entre les humains. Dans un texte parallèle, Michée dit que le but est que chacun puisse cultiver en paix sa vigne et ses oliviers (Michée 4,4). Il veut construire la paix entre les membres d’une même société et entre les nations, supprimer l’enseignement de la guerre et économiser les dépenses d’armement.
Mais le prophète n’est pas naïf : pour y arriver, il propose l’arbitrage : « Le Seigneur jugera, ou arbitrera, entre les nations », car à Jérusalem se trouvent les « trônes de justice » dont parle le Psaume (122,5). Le livre d’Esaïe indique trois occasions où les sages de Jérusalem ont arbitré entre des nations prêtes à résoudre leurs problèmes par la guerre : les Philistins, les Nubiens et les Egyptiens. Ces paroles d’Esaïe ne sont pas les discours faciles d’un rêveur pacifiste, mais c’est le programme d’un homme impliqué dans une réflexion proprement morale et politique, qui montre un chemin pour surmonter la violence dans les rapports entre peuples.

L’étape suivante est logique : on n’enseigne plus la guerre et on commence à désarmer en transformant les armes en outils agricoles utiles à la population. Il affirme que la diminution du volume et de l’importance de l’institution militaire, ainsi que de son poids sur l’économie du pays, peut être une étape sur le chemin de la paix qui diminuerait le risque du conflit armé.
Le centre de ce programme reste le remplacement de la violence, pour régler les problèmes, par la négociation et le respect de la justice.
Ce n’est pas seulement une affaire technique, mais une révolution dans la façon de penser les relations humaines. C’est de cela que parle aussi l’apôtre Paul dans sa lettre entendue tout à l’heure, quand il explique aux chrétiens d’Ephèse que leur ralliement à l’évangile signifie sortir de l’obscurité de la violence, du mensonge et des rapports de force pour aller vers la lumière de relations apaisées .

Réalisation

Tout cela peut sembler théorique aujourd’hui où les problèmes de l’économie mondialisée, du terrorisme et des trafics en tous genres paraissent insolubles.
Nous devrions pourtant nous souvenir de ce qui s’est passé au sortir de la seconde guerre mondiale. A ce moment-là, des hommes de divers pays, chrétiens, juifs, ou issus d’autres traditions spirituelles ou philosophiques, ont imaginé des mécanismes pour arbitrer les conflits entre nations afin d’empêcher les guerres . Ainsi fut créée l’ONU, avec le Conseil de Sécurité et d’autres organismes. Dans les domaines de l’exploitation de l’Antarctique, du droit maritime, des télécommunications etc, on veut remplacer l’affrontement par la négociation. En Europe, les démocrates chrétiens ont agi dans le même sens pour construire la paix.
Tout cela n’est pas parfait, il y a toujours de la violence, mais  un certain nombre de conflits ont pu être évités. Il y a même eu un début de désarmement, lorsque les principales puissances nucléaires ont décidé de détruire une partie de leurs stocks de bombes et de fusées.
Rien n’est réglé, mais des femmes et des hommes travaillent toujours dans ce sens, car ils sont persuadés que la justice, le respect des droits de l’homme et l’entente négociée mènent plus loin que la violence. Il faut les soutenir.
Cela nous concerne tous aussi: dans les conflits entre particuliers, entre voisins, dans les familles, quelles sont nos solutions ? La tentation de s’imposer par la force existe toujours. Mais Jérusalem et la loi divine, l’évangile de Jésus Christ et la parole de l’apôtre nous invitent à sortir de la violence pour aller vers la négociation et l’entente. Il demande à ses disciples de pardonner, de régler les problèmes eux-mêmes. Mais si nous n’y arrivons pas, nous pouvons faire appel aux conciliateurs de justice ou aux juges pour sortir des conflits par la paix.

Conclusion
Les prophètes bibliques avaient les pieds sur terre . Ils ont essayé de voir comment vivre dans la fidélité à la parole de Dieu, qui veut introduire la justice et le respect du droit parmi les hommes. Jésus, dans le Sermon sur la Montagne, et les apôtres dans leurs lettres continuent dans cette direction et nous invitent à croire que la puissance de Dieu est avec les doux et les artisans de paix et non avec les brutes. A nous de choisir notre camp pour devenir lumière. Amen
     
Cantiques possibles (Arc)

36     O Seigneur, ta fidélité
303   Seigneur que tous s’unissent
304   Viens ô Sauveur des païens
514   Pour que le jour qui se lève soit plus beau
542   Ils ont marché au pas des siècles

Qui Suis-je?

 

Pasteur retraité de l'Eglise luthérienne de la Confession d'Augsbourg d'Alsace et de Lorraine.

 

 

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KELER Yves

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