« Pasteur Yves Kéler, retraité de l'Eglise de la Confession d'Augsbourg d'Alsace
et de Lorraine (ECAAL)/Union des Eglises Protestantes d'Alsace et de Lorraine (UEPAL)
»

*1939 - † 2018

 


9ème dimanche après la Trinité

21 août 2011

Gérants des biens de Dieu

Matthieu 7, 24-27

Que ton Esprit offre aux paroles dites et entendues le fondement dont elles ont besoin pour devenir Parole de Vie et d'espérance. Amen.

Chers frères et sœurs en Jésus-Christ,

I. Des images qui déroutent
Il en va de cette histoire comme des images du peintre ESCHER, que vous connaissez peut-être. Ce sont des représentations de choses très simples, des escaliers, des chutes d'eau, des triangles et des carrés qui au premier abord n'ont rien de particulier. Et pourtant, lorsqu'on les regarde il y a quelque chose qui dérange. Une anomalie qui nous invite à y regarder de plus près. L'eau semble couler à l'envers, les hommes montent des escaliers qui descendent, il existe des dénivelés sur un même niveau. Souvent le peintre s'est contenté d'un « truc »: il croise des piliers au fond de l'image pour inverser la perspective, il fait passer des lignes derrière au lieu de les faire passer devant ou autres illusions. Bref, l'image qu'il nous donne à voir est plus complexe qu'elle n'y paraît.
 Et même plus, elle nous laisse un certain sentiment de malaise, un doute profond sur notre capacité à voir et à reconnaître ce qui est pourtant familier.

II Une histoire qui ronronne
Il en va ainsi de notre texte d'aujourd'hui. La plupart d'entre nous le connaissent depuis longtemps, quelques uns l'ont peut-être chantés à l'école du dimanche avec les gestes appropriés. Il s'agissait alors d'une histoire de plus racontée par Jésus, signe de son bon sens - c'est sur qu'une maison sur le roc c'est plus solide qu'une maison sur le sable. A la limite nous allions un pas plus loin et osions en faire un plan de vie: écouter les paroles de Jésus et les mettre en pratique, c'était l'assurance de construire à l'endroit, dans le bon sens et dans le solide la maison de notre vie. Cette histoire n'avait rien de compliqué et personne n'y regardait à deux fois.
Mais c'est exactement à cet endroit-là qu'intervient le changement de perspective: car dans cette histoire, contrairement à celle des trois petits cochons, il n'est pas question de matériaux de construction, ni de plans. On ne nous dit pas qu'une maison est plus belle ou plus solide qu'une autre non, il n'est question que du fondement.
Quel croisement de piliers pour ceux qui pensaient enfin avoir trouvé une voie simple et rapide de ne pas se tromper, quel changement de perspective pour les auditeurs juifs de Jésus qui avaient l'habitude de s'en tenir à des lois et des agencements stricts. Cette histoire est la conclusion du grand discours de Jésus appelé le sermon sur la montagne. Et cette petite anecdote nous invite à le contempler en son entier.

III Un Jésus qui déroute
Par des histoires et des explications, Jésus, au début de l'évangile de Matthieu montre sa vision de Dieu et du monde. Et surtout il se permet de remettre en question un certain nombre d'acquis et de convictions partagés par les juifs de son époque: « Il vous a été dit que, mais moi je vous dit que ». Cette phrase revient à plusieurs reprise dans les chapitres 5 à 7 de l'évangile de Matthieu. Et tout y passe: la loi de Moïse, la réconciliation entre des frères, l'adultère, l'amour des ennemis et bien d'autres encore. Oui, il en a du matériel pour construire sa vie selon les principes de Jésus. Jésus s'en prend même à la prière en donnant le Notre Père au chapitre 6. Tout est remis en question et redéfini par lui. La vision de Dieu, comme un Père aimant plutôt qu'un juge sévère est très claire mais aussi très nouvelle aux oreilles de ceux qui l'entendent pour la première fois. Le Dieu dont cet homme leur parle est un être proche et lointain à la fois, un Dieu certes, mais un Dieu qui regarde les petits et leur permet de l'appeler Père. C'est le Dieu de Jésus-Christ, celui qui l'a envoyé dans le monde et qui le fera passer par la mort et la résurrection par amour pour nous. Cette nouveauté, dans ce texte n'a pas encore l'impact révolutionnaire du matin de Pâques, non, elle est insidieuse et discrète, cachée dans une forme de discours connue à l'époque: un rabbi qui enseigne, un maître qui parle. Jésus met en perspective al vie de ceux qui l'écoute et il le fait avec « autorité » (v.28-29).
Et c'est là que le bât blesse. La belle image d'une vie simple et nouvelle à construire se heurte à un présupposé fondamental: entendre et mettre en pratique les paroles de Jésus, c'est avant tout accepter qu'il les dit avec autorité: non pas l'autorité de ceux qui ont étudiés, mais l'autorité de Dieu lui-même. Recevoir ces paroles et les faire siennes, c'est accueillir l'homme qui les prononce comme le Messie, et ses mot comme la Parole de Dieu.

IV Un choix qui engage
Il ne s'agit pas pour les auditeurs du sermon de la montagne de refaire un peu de décoration d'intérieur, d'ajouter une aile à la maison de leur foi ou de rénover un habitat ancien. Non, il s'agit  de repenser les fondements même de ce qu'ils sont, d'accepter de modifier leurs choix dans la perspective de l'amour de Dieu. Et cette perspective est d'abord dérangeante, inconfortable comme une image de M. Escher. Au premier abord rien ne change vraiment, mais au fond tout doit devenir différent.
La conversion à laquelle Jésus-Christ appelle ceux qui l'écoutent, ce n'est pas d'abord un conversion de vie, un changement de manière de vivre, mais une conversion de cœur, un changement de conviction et de perspective.
Et tout à coup notre petite histoire gentille devient incommode. Qu'en est-il du fondement de nos vies? Nous contentons-nous d'embellir tout en construisant sur du sable ou avons-nous entendu l'appel du Fils de Dieu? Saurons-nous faire face à toutes les grandes épreuves qui nous attendent?
Grande question et petite ou grande angoisse......
Mais là encore le texte nous ramène inexorablement à l'amour de Dieu. Il ne nous laisse pas seuls devant le vent, la pluie et la tempête.

V Un Dieu qui s'engage
Car celui qui parle, celui qui remet en question, c'est Jésus, justement. S'il en est un qui sait ce qu'il en est de la valeur de la vie c'est bien lui, qui a offert la sienne pour nous tous. S'il en est un un qui sait que parfois dans nos vies les perspectives et les décisions nous échappent et nous dépassent, c'est bien lui qui a accompli la volonté du Père. Nous ne sommes donc pas seuls devant cette remise en question des fondamentaux de nos choix de vie. Jésus est là pour nous indiquer le chemin et nous soutenir dans ce que nous entreprendrons.
Ensuite il est frappant dans cette histoire que les deux fondements sont là. Juste là. Il ne s'agit pas de travailler dur pour arriver à la roche, il n'est pas plus simple d'accéder au sable. Seul le choix est difficile. Le fondement solide de nos vies, c'est Dieu lui-même qui le propose, et qui nous le propose toujours à nouveau: Jésus-Christ.
Oui cette petite histoire gentillette est au fond désagréable et incommode, mais c'est son rôle. A tous moments de notre vie, nous sommes appelés à nous reposer la question du fondement de notre existence et de notre foi. Cela n'arrive pas toujours comme une révélation, et heureusement pas seulement lors de tempêtes de la vie ou tout s'effondre à cause de la maladie, du deuil, de la solitude ou du désespoir. Non, l'amour de Dieu nous permet aussi de remettre nos vies en perspectives simplement en nous montrant où nos piliers se croisent et où les anomalies les rendent fragiles. Alors ouvrons nos oreilles à sa Parole et nos yeux à sa vérité, parfois aussi déroutante qu'un dessin de M.Escher.
Amen  

¼ - Service des Lecteurs – SL –  – 26.08.2011 – Esther LENZ

 

 

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