CE JOUR EST JOUR DE GRANDE JOIE (trad) Der Tag der ist so freudenreich, Noël

NOËL
24 et 25 décembre


       CE JOUR EST JOUR DE GRANDE JOIE
             Der Tag, der ist so freudenreich 

                           Luc 2/ 1-17
                   Nicée-Constantinople
                          Chalcédoine

        Mélodie : Der Tag der ist so freudenreich

1. Ce jour est jour de grande joie
    Pour toute créature :
    Le Fils de Dieu vient comme un Roi
    Et prend notre nature !
    Car de la Vierge il nous est né :
    Marie, tu es la bien-aimée
    Que Dieu a rendue mère.         
    Que se passa-t-il d’étonnant ?
    Venu du ciel, Christ, un enfant !
    Parmi nous devient homme.

2. Ce bel enfant qu’il faut louer
    Nous est venu au monde
    Par une Vierge au corps voué :
    Humilité féconde !
    Si l’Enfant n’était pas venu,
    Nous aurions tous été perdus :
    Mais le salut est nôtre !            
    Sauveur et Maître Jésus-Christ,
    Devenu homme par l’Esprit,
    Ton arrivée nous sauve !

3. Comme un soleil peut traverser
    De ses rayons un verre,
    Qui pourtant n’en est pas blessé,
    Ainsi Marie fut mère
    Et a conçu du Saint-Esprit,
    Puis mis au monde Jésus-Christ,
    Le Fils de Dieu le Père.           
    Dans une crèche il fut couché :
    Il souffrira pour nos péchés
    La mort sur cette terre.

4. Un signe étonnant s’est produit,
    Comme a dit l’Ecriture :
    L’ange de Dieu au ciel a lui,
    Aux champs, sur la pâture.
    Son éclat couvrit les bergers,
    Et l’ange se mit à parler
    D’une histoire étonnante,      
    Qu’à Bethléhem est né l’Enfant
    Qui sera le Sauveur puissant,
    Né d’une Vierge aimante.

5. Les bergers furent tout joyeux
    De tout ce qu’ils apprirent.
    Chacun voulait voir l’enfant-Dieu,
    Alors ils s’y rendirent.
    Dans une crèche, emmailloté,
    Ils virent l’enfant nouveau né,
    Comme l’avait dit l’ange.          
    Agenouillés, ils ont loué
    Et béni Dieu qui a donné
    Ce Sauveur dans les langes !

6. Venez, remerciez notre Dieu
    Pour ses dons et sa grâce,
    Car nous avons reçu des cieux
    Son Fils, qui voit sa face,
    En forme d’un petit enfant,
    Qui est pourtant un Roi puissant
    Au ciel et sur la terre.          
    Loué soit Dieu, soit Jésus-Christ,
    Et loué soit le Saint-Esprit,
    Par toute créature.  Amen *  
                                   (* sur la dernière note)     

             Texte :           Der Tag des ist so freudenreich
                                   d’après „Dies est laetitiae“ 14e S.
                                   str 1-3 : 15e S. ; str 4-6, vers 1525
                                   RA 23, texte complet en 6 strophes
                                   EG 546, texte incomplet en 2 strophes
                                   fr. :Yves Kéler 16.1.2007

             Mélodie :        Der Tag der ist so freudenreich
                                   Medingen 1320, 1410
                                   Wittenberg 1529
                                   RA 23, EG 546
                                   fr. : C’est jour de joie, jour merveilleux
                                          NCTC 171, ARC 369, ALL 32/03
                                          (Attention aux notes absentes dans cette forme)


Le texte

a. l’original allemand

         Ce chant est une petite merveille, à la fois par sa musique et son texte, qui suit l’évangile de Luc et qui exprime la dogmatique de Nicée-Constantinople et de Chalcédoine, ainsi que la compréhension de la Vierge Marie et de son rôle au 13e –14e Siècles.

        Il traduit un texte latin, du nom de « Dies est laetitiae », dont l’incipit est très bien rendu. L’original allemand avait trois strophes, les deux premières centrées sur Nicée Constantinople et Chalcédoine (voir plus bas), la troisième sur la naissance virginale du Christ. Il s’agit donc plus d’une méditation dogmatique sur la naissance du Christ que d’un récit de sa naissance.

        La deuxième partie, des strophes 4 à 6, date de 1525 environ, et se recentre sur la Bible, ici l’évangile de Luc 2/ 8-17, l’Annonce aux bergers et leur adoration à la crèche. La 6ème strophe est une glorification finale.    

b. les sources du chant

        Luc 2 : Le texte suit l’évangile de Luc seul. Son centre est la naissance du Christ, dans les strophes 1à 3, et l’adoration des bergers, dans les 4 à 6. -L’Annonciation (Luc 1/26-38) est rappelée dans les strophes 1 et 2. Puis l’évangile de la naissance (Luc 2/1-6) et celui des bergers (Luc 2/8-20). Le « Gloria in excelsis » de Luc 2/14 n’est pas utilisé. En revanche, un Gloria Patri achève la strophe 6, qui est une glorification finale, achevant le récit.

        Le dérivé français de ce chant, qu’on ne peut pas appeler une traduction, par H.Capieu, introduit les mages à la strophe 2. Ceux-ci n’ont aucune place dans ce chant, exclusivement destiné au 24 et au 25 décembre.  

        Le Crédo de Nicée-Constatinople et le dogme des deux natures en Christ de Chalcédoine forment le cadre : « Le Fils de Dieu prend notre nature », « Est devenu homme », « Devenu homme par l’Esprit ». Cette thématique dogmatique est surtout sensible dans les deux premières strophes.

        La Vierge Marie dans la compréhension du 13e Siècle : elle est considérée comme le réceptacle « immobile » et passif du Verbe, qui s’incarne par la force de Dieu, qui lui est « mobile » et actif. On retrouve la thèse grecque, en particulier aristotélicienne, d’un Dieu fixe mais actif au centre, mettant le monde en mouvement, et d’un monde mobile autour de lui, mais dépendant de lui et passif. Cette thèse est sensible dans les trois premières strophes, celles du 14e S., où l’on remarque que chacune évoque la « Vierge », citée donc trois fois, alors que son nom : « Marie », n’apparaît qu’une fois, dans la première strophe. La fonction est plus importante que la personne. Pour cette raison, dans la traduction, j’ai gardé ce titre et cette fonction dans chaque strophe, et cité son nom dans la 1ère, à la place prévue par l’original..

        Le verre transparent :  à la 3e strophe apparaît une très belle image du temps, celle du verre que traverse le rayon de lumière sans le blesser. Le verre, c’est la Vierge, pure, sans un défaut ou une tache qui obscurcirait la lumière. L’immaculata, l’immaculée, transparence parfaite. La lumière, c’est Dieu, ou plutôt l’Esprit de Dieu, qui entre dans la Vierge. Ce verre pur et transparent ne blesse pas le rayon de l’Esprit, en sorte que le Christ qui en sera conçu reste intégralement Dieu, sans diminution de son être ni de sa force. Ce qui permettra au Christ d’accomplir toute son œuvre : naître comme un homme, souffrir et mourir, comme un homme et comme un Dieu. De même, le verre n’est pas blessé par cette traversée de la lumière : symbole de la Vierge, qui reste vierge et sans blessure.

        Cette théologie est également développée dans la compréhension des rosaces des églises gothiques, surtout après Suger de Saint-Denis ( 1081-1151), qui avait développé cette théorie, néo-platonicienne cette fois, de la lumière divine qui pénètre tout, et dont le bâtiment de l’église est l’expression visible. La rose représente en son centre Dieu, qui irradie le monde. La rose est aussi le symbole de la Vierge, traversée par le rayon de Dieu.

        Flavio Conti, dans : « Wie erkenne ich gothische Kunst ? – Comment reconnaître l’art gothique ? » (Weltbild Augsburg 1999), écrit : « Dans la rosace, le soleil qui irradie tout est un symbole du Christ. La « rose royale » signifie aussi la Vierge Marie, dotée de toutes les vertus. La lumière est le symbole de la toute-puissance de Dieu. Cette lumière traverse les verres du vitrail, sans les blesser. »

        Cette image est très belle et mérite d’être employée et comprise. Elle n’est pas contraire à la théologie protestante, dans laquelle la virginité de Marie est affirmée, et confessée dans le Symbole des apôtres et dans celui de Nicée-Constantinople. Le problème de la virginité perpétuelle de Marie, thèse catholique extra biblique, ne préoccupe pas les protestants, qui admettent que Marie a eu quatre fils et des filles de Joseph, selon les évangiles.


La mélodie

        La mélodie a deux formes dans le cantique de 6 strophes :

        une forme ancienne, pour les strophes 1 à 3, du 14e Siècle : celle-ci comporte des élisions en début de certains vers, à la manière médiévale qui variait la longueur des vers. Cette façon de chanter rend le chant vivant, mais qu’il faut bien maîtriser ces élisions.

        une forme récente, du 16e Siècle, dans laquelle on a supprimé les élisions.

        C’est pourquoi je donne les deux formes, de façon suivie chaque fois. La forme longue dans le texte principal. La forme abrégée pour le vers 7, entre parenthèses. Il faut choisir entre ces deux possibilités, et les conserver à travers tout le chant. Car le français moderne ne connaît plus ces élisions, qui sont autant de chausses-trappes qu’il vaut mieux éviter !

        Le texte de H Capieu dans NCTC, repris par ARC et ALL, place l’élision du début de vers au vers 2 et 4, et 7. Il faut donc faire attention à ce problème ; Dans ma traduction, il suffit de redoubler la note de début de ces trois vers.