A. 10. LA COURONNE DE L’AVENT

Nombre des bougies et signification

        La couronne de l’Avent comporte actuellement 4 bougies, une par dimanche de l’Avent, et leur signification est donnée par le plan de l’année de l’Eglise luthérien, que nous avons dans le plan de lectures bibliques protestant d’Alsace-Lorraine.

        La couronne de l’Avent a été créée par le pasteur allemand de Hanovre, Wiechern, un luthérien, qui dirigeait un orphelinat qu’il avait créé. Pour faire patienter les enfants jusqu’à Noël, il a créé ce « Calendrier de l’Avent. » Il avait pris une roue de voiture, sans ornement de branches de sapin dit-on, aux quatre points cardinaux de laquelle il plaçait 4 bougies signifiant les dimanches. Entre celles-ci, il plaçait des petites bougies, de 18 à 24, pour marquer les jours du temps de l’Avent qui restaient à courir jusqu’à Noël.

        Ce nombre varie chaque année selon que tombent les dimanches avant Noël. On peut avoir 4 semaines entières si Noël tombe sur un dimanche : dans ce cas, les 4 semaines font 28 jours, moins les 4 dimanches, soit 24 jours et 24 petites bougies. Si Noël tombe sur le lundi de la 4e semaine de l’Avent, il ne reste plus que 3 x 7 = 21 + 2 jours, soit 23, desquels on enlève les 3 dimanches, soit un total final de 20 jours. Cette manière de faire n’est plus pratiquée aujourd’hui. Il ne reste que les 4 bougies des dimanches. variant chaque année, ne sont plus pratiquées. Mais rien n’empêche de le faire.

        De faire la couronne en branches de sapin est plus récent, de la fin du 19e Siècle semble-t-il, de même que les autres décors :rubans, pommes de pin dorées, etc… La tradition existe dans certaines régions que la couronne soit de paille, sans branches de sapin, mais avec des décors et des rubans rouges.


La signification des 4 bougies, avec les lectures et les chants des dimanches

1er dimanche : le Seigneur qui vient,  chez son peuple d’abord, mais aussi pour le jugement du monde, qui sera rappelé à l’Avant-dernier dimanche et au dernier de l’année de l’Eglise. Cette entrée est marqué par le Ps 24 et Zacharie 9/9. Ici c’est l’entrée triomphale du Seigneur, le Roi des rois, dans le monde par la grande porte.

        Les lectures sont : Jérémie 23/5-8, Romains 13/8-12, Matthieu 21/1-9 ;
        Le Psaume est : Ps 24
        Le cantique de ce dimanche est « Macht hoch die Tür – Levez les portes, haussez-les », auquel s’ajoute « Wie soll ich dich empfangen – Comment, céleste Maître, Me faut-il t’accueillir ? » et « Tochter Zion – Voici ton Maître ».  

2e dimanche : le Sauveur qui vient, le Sauveur des nations, avec le jugement du monde et les signes de la fin dans Luc 21, pas pour terroriser le monde, mais pour lui signifier son avenir et l’appeler à la conversion et au salut.3e dimanche : le Précurseur Jean-Baptiste, qui vient juste avant le Christ, et qui appelle à la repentance pour que nous puissions accueillir dignement ce seigneur.

        Les lectures sont : Esaïe 63/15-19 + 64/1-3, Jacques 5/7-8, Luc 21/25-33
        Le Psaume est : Ps 80/2-8
        Le cantique de ce dimanche est « Nun komm, der Heiden Heiland – Viens, Rédempteur des païens », auquel s’ajoute « O Heiland, reiss die Himmel auf – Ah ! si tu déchirais les cieux ! »
 
3e dimanche : le Précurseur, c’est-à-dire Jean-Baptiste. Celui-ci se présente comme celui qui vient avant le Messie, pour déblayer sa route et la route vers les cœurs. D’où son appel à la repentance et au baptême pour recevoir le Sauveur dans une vie préparée.

        Les lectures sont : Esaïe 40/1-8, I Corinthiens 4/1-5, Matthieu 11/2-6
        Le Psaume est : Ps 85/2-8
        Le cantique de ce dimanche est « Mit Ernst, o Menschen alle – Venez, enfants des hommes. »

4e dimanche : la joie imminente,
d’après St Paul aux Philippiens 4 : « Réjouissez-vous, le Seigneur est proche. » L’évangile du jour est celui de la Visitation. De ce fait, le Magnificat domine ce dimanche, car il exprime l’attente consentante de Marie, mais aussi de l’Eglise, mais aussi la joie : « Mon âme exalte le Seigneur ! »

        Les lectures sont : Esaïe 52/7-10, Philippiens 4/4-7, Luc 1/ 39-45 + 46-55
        Le Psaume est : Ps 102/13-23, ou Ps 19/2-7
        Le cantique du dimanche est « Nun jauchzet all, ihr Frommen – Poussez des cris de joie (Pfalzgraf) » et « Es kommt ein Schiff geladen – Des cieux vers nous s’avance. »

        Il faut bien scruter les textes de chaque dimanche et voir leur rapport avec le thème, mais aussi leur succession logique jusqu’à Noël.

        Il faut aussi employer les chants propres à chaque dimanche. Les livres français actuels sont très pauvres en la matière. Sur mon site « chants-protestants.com », je donne une suite de chants pour l’Avent. Prendre rubrique  « Tables, Année de l’Eglise, Temps de l’Avent. » Le site de Georges Pfalzgraf: « Chorals en français », comporte aussi des chants de l’Avent.


Mise en œuvre de la couronne d’Avent

        En principe, la couronne s’allume au début du culte, après la salutation trinitaire ou apostolique, et avec l’introduction suivante : « Nun sei willkommen, Herre Christ, willkommen auf Erden -Sois le bienvenu, Seigneur Jésus, bienvenu sur terre. » Cette phrase peut être antiphonée :            I.   Sois le bienvenu, Seigneur Jésus,
             II.  Bienvenu sur terre !

Après quoi on peut chanter successivement les strophes 1 à 4 du chant des 4 dimanches de l’Avent : « Allumez la lumière du premier de l’Avent », ou « Nous vous annonçons le bel Avent », qui figurent tous les deux sur mon site. Ensuite de quoi, une brève prière d’entrée conduit au 1er cantique du culte, qui est traditionnellement au 1er dimanche :  « Macht hoch die Tür – Ouvrez les portes du saint lieu », également sur mon site (Plus bas les chants des autres dimanches). On chante les 3 ou les 4 premières strophes à l’entrée, la dernière à la sortie du culte.

        De fait, il y a chant pour chaque étape de chacun des 4 cultes, soit 16 chants de base, auxquels on peut ajouter d’autres chants. Il y a aussi des chants de Sainte Cène propres à l’Avent. Là encore, voir la table « Sainte Cène », dans la « Table analytique des chants » sur mon site.


La couronne doit rester ronde : le cercle et la croix

1° La couronne est une couronne, elle doit donc rester ronde, et pas devenir une ligne lumineuse placée sur un autel ou une table.

        La couronne de l’Avent vient du Nord de l’Allemagne, de Hambourg, dans une région liée à la Scandinavie. Elle a sûrement des origines dans la couronne de Ste Lucie, fêtée le 13 décembre, surtout en Suède. Le culte de Sainte Lucie, martyrisée à Syracuse en Sicile et vénérée dans l’Italie du Sud, s’est répandu vers le Nord de l’Europe, probablement par les croisés revenus de Terre sainte par l’Italie et par mer. En Suède à la fête, des jeunes filles (Lucie est une sainte vierge) portent sur la tête une couronne avec 4 bougies aux quatre points cardinaux. Dans ces fêtes, des motifs païens anciens survivent, tels le cercle et la lumière solaire, qu’on retrouve dans les roues solaires embrasées qu’on lance chez nous le long des collines à la Saint-Jean (voir les Schieweschlawwe d’Offwiller et Wintzenheim.)

        La couronne, de sapin ou de paille, symbolise le cercle de l’année, donc aussi celui de l’année ecclésiastique. Les 4 bougies forment une croix, qui se superpose au cercle de l’année et qui y marque 4 points, lesquels divisent l’année en 4 parties. Les 4 points sont les points cardinaux, en commençant par le Nord, en haut, l’Est à droite, vers le soleil levant, le Sud en bas et l’Ouest, vers le soleil couchant (répartition actuelle des poins cardinaux : anciennement, l’Est était au bas des cartes.) Ces points correspondent respectivement aux quatre fêtes suivantes : Noël, Pâques, St Jean, St Michel. Ils correspondent aussi au solstice d’hiver au Nord, à celui de l’été au Sud, et aux deux équinoxes de printemps et d’automne à l’Est et à l’Ouest. Donc aussi aux quatre saisons de l’hiver, printemps, été et automne.

        Cela entraîne que la St Jean, le 24 juin, tombe 6 mois avant ou après Noël, le 25 décembre. La symbolique chrétienne, au 3e Siècle, a placé la naissance du Christ au 25 décembre, en reprenant la fête romaine du « Sol invictus – le soleil invaincu », qui indique que le soleil remonte après le 21 décembre, date exacte du solstice. Le Christ naît dans l’humilité et l’obscurité, au point le plus bas des temps, et grandit jusqu’à Pâques, où il devient le Sauveur ressuscité, puis va vers l’Ascension, par laquelle il domine le monde et envoie l’Esprit à la Pentecôte. Il poursuit son règne et en atteint le sommet au solstice d’été, 6 mois plus tard.

        A ce solstice est né Jean-Baptiste, dont Luc dit que sa mère était au 6e mois quant fut conçu le Christ. Selon ce calcul, Jean-Baptiste a donc 6 mois de plus que Jésus. Il naît au sommet, mais il devra faire place au Christ, pour finir décapité. Il dit lui-même: « Lui, le Christ, doit grandir, moi je dois diminuer. » C’est la scène centrale du retable d’Isenheim.

        Les deux autres points de la couronne sont Pâques et St Michel aux équinoxes. Avec Pâques, on monte vers le solstice d’été, c’est-à-dire vers la vie nouvelle, avec le Christ. Avec St Michel, on descend dans les ténèbres de l’hiver, mais aussi avec le Christ, car St Michel est une image du Christ. St Michel combat le dragon (Apoc. 12), « qui rôde dans les ténèbres et cherche qui il pourra dévorer. I Pierre 5/8. » La lumière du Christ luit dans les ténèbres de la nuit et protège le croyant et l’Eglise. Ce thème du Christ lumière dans la nuit est un des grands moteurs de la piété médiévale et se trouve dans de nombreux cantiques.


2° La couronne doit garder son caractère de couronne, donc être suspendue.

        Deux solutions : l’accrocher au-dessus de l’autel ou table de communion. Le Christ à venir étant le roi qu’on attend, il est symbolisé dans cette couronne qui annonce celle d’épines du Vendredi saint, puis la royale de l’Ascension et de la fin des temps. Beaucoup d’églises ont un câble suspendu au plafond du chœur pour cela. C’est la meilleure position, pratiquée dans beaucoup d’églises classiquement.

        Une deuxième solution est de placer la couronne sur un pied, d’une hauteur d’au moins 2 mètres, pour qu’on la voie bien, à côté de l’autel. Le côté droit vu de l’assemblée est en principe le meilleur, l’œil du spectateur étant plus attiré par la droite que par la gauche (chez les droitiers du moins. Je ne sais pas ce qu’il en est des gauchers.) Mais il faut tenir compte des mobiliers existants et placer le pied, à droite ou à gauche, pour que la vue de l’ensemble soit satisfaisante esthétiquement, et pour que le pied et la couronne ne gênent pas pendant la Sainte Cène autour de l’autel, ou lors de baptêmes.

        Les lignes de bougies sur l’autel me paraissent incorrectes. Elles suppriment le cercle et la croix, et souvent leurs bougies sont des fantaisies, blanches de surcroît.

        La couleur des bougies est depuis des lustres le rouge (Je ne sais si c’était le cas au début.) Cela me paraît plus indiqué que le blanc. Le rouge est la pourpre impériale, allusion au Seigneur qui vient. Le blanc vise Noël et la Pâque, et ne me convainc pas, car il ôte sa spécificité à l’Avent, temps de lumière naissante dans l’obscurité, pas de lumière éclatante. Les couleurs liturgiques le montrent. Le blanc de Noël suit le violet de l’Avent, retenu, de même pour le blanc de Pâques après le violet de la Passion, également retenu. Ne pas oublier que les deux, Avent et Passion, sont des temps de Carême, et donc d’attente de la joie à venir. Les deux temps sont nettement séparés, même si l’un débouche dans l’autre : Noël commence au 24/12 au soir, et pas avant.

        Aujourd’hui on fait de l’Avent un temps de fête comme si on était déjà à Noël, que les commerçants fêtent fin octobre déjà, et qui conduit dans certaines paroisses à dresser l’arbre de Noël dès le 2e Avent. Alors que Noël commence le 24.12, au soir, après le cocher du soleil selon le calcul juif et chrétien des jours. Dans ma jeunesse, aucun gâteau de Noël n’était consommé avant le 24, au plus quelques « Bredele – petits gâteaux » et des « Männele – petits bonshommes de St Nicolas », le 6 décembre (Mais la Saint-Nicolas est une fête propre, indépendante de l’Avent) et la couronne était seule durant l’Avent.

        L’emploi de la couronne, avec ses us, permet de bien mettre en valeur l’Avent, avant passer à Noël le 24.

L’arbre de Noël et l’arbre de l’Epiphanie

 
        Je ne veux pas développer ici ce thème. Mais dire que, de même que l’arbre est dressé le 24.décembre, il doit être débarrassé le 5 janvier, veille de l’Epiphanie, qui est un nouveau temps, qui suit celui de Noël et ne le prolonge pas. Là aussi, dans beaucoup d’églises, on laisse « traîner » le sapin, sous prétexte qu’il « faut prolonger la fête et profiter de cet arbre, etc… » Or l’Epiphanie a ses propres traditions, entre autres l’étoile des mages, qu’on dresse sur une hampe dans l’église, et qu’on laisse jusqu’à la Transfiguration, 6e dimanche après l’Epiphanie. L’arbre d’Epiphanie est aussi une belle tradition, quasiment inconnue chez nous : il s’agit d’un arbre, dont le tronc est la hampe qui porte l’étoile et auquel on accroche les images des récits des évangiles du temps de l’Epiphanie. (Voir sur ce site, sous « Etudes, l’arbre de l’Epiphanie »


Articles sur Internet

2 titres d’articles sur Internet, sous « Adventszeit » et « :Adventskranz »

1. Wikipedia Weihnachten Brauchtum Adventskranz Adventskranz – Advent ist im Dezember.

2. le rite : le « Adventskranz » | Karambolage | EuropéensSous « Couronne de l’Avent :La couronne de l’Avent = article allemand 1(Cybercuré) Traditions couronne de l’avent bougies :

        Les explications des bougies sont erronées, car les catholiques français actuels ne suivent plus le plan de l’année ecclésiastique classique que nous avons gardé. Leur plan est pénitentiel et de fait peu festif. Il est considéré comme un temps de Carême.

                                                                                          Yves Kéler, le 14.12.2012