2006. 11 : 11e dim après la TRINITE = 6e St Jean

Pharisien et collecteur d’impôts

Dimanche 27 août 2006

Galates 2/ 16-21

(Série de Prédication IV (Predigtreihe IV) : nouvelles épîtres)

Paul aborde ici une question qui a fait couler beaucoup d’encre (comme on dit) dans les premières communautés chrétiennes. Je commence par vous rappeler sa position pour essayer de dire ensuite de quoi il s’agit : « Ce n’est pas en observant la Loi que l’homme devient juste devant Dieu, mais seulement par la foi en Jésus Christ ». On appelle cette affirmation de Paul la « justification par la foi ». De quoi s’agit il?

Tout d’abord, le mot « juste » ou « justification » se rapporte non à la justice sociale, mais à la justesse d’un instrument : est juste, l’homme qui correspond au projet de Dieu, comme un instrument sonne juste quand il est bien accordé. Dans le livre de la Genèse, par exemple, Abraham est dit « juste », simplement parce qu’il a fait confiance à Dieu qui lui proposait d’entrer dans son Alliance (« Abraham eut foi dans le Seigneur et cela lui fut compté comme justice » Gn 15,6). Puis Dieu avait renouvelé son Alliance au Sinaï en donnant à Moïse les tables de la Loi: désormais, concrètement, pour le peuple de l’Alliance, se conformer au projet de Dieu consistait à observer la Loi. Peu à peu, elle modelait les hommes de l’Alliance en vue de les rendre « justes », bien « accordés ».

Aux yeux de Paul, avec la venue de Jésus Christ, une étape est franchie ; être juste, accordé au projet de Dieu, désormais c’est tout simplement croire en Jésus Christ puisqu’il est l’envoyé de Dieu. Évidemment, la question qu’on pouvait légitimement se poser était la suivante : fallait il continuer quand- même à pratiquer la Loi juive ? Concrètement, fallait il continuer à pratiquer la circoncision des garçons, fallait il observer les nombreuses règles de pureté de la religion juive, y compris en ce qui concerne l’alimentation ; traduisez fallait il continuer à manger « casher »: conforme aux lois concernant l’alimentation. Avec ce que cela comporte de complications quand il y a à la même table des gens qui veulent manger casher et des non juifs qui ne s’embarrassent pas de ces questions ?

En ce qui concerne la circoncision, la question se régla assez vite et semble t il assez facilement : Paul raconte à ces mêmes Galates (au début de ce chapitre) qu’à l’occasion d’un voyage à Jérusalem, alors qu’il était accompagné de Tite, un Grec chrétien issu du paganisme, donc non circoncis, il eut la satisfaction de constater que les apôtres de Jérusalem n’exigèrent pas sa circoncision « On ne contraignit même pas Tite, mon compagnon, un Grec, à la circoncision » (Gal 2,3). Au cours de ce même voyage, une décision dans ce sens avait été officiellement prise : les païens qui souhaitaient devenir chrétiens n’avaient pas à être circoncis.

À quelque temps de là, une querelle, toujours sur ces mêmes sujets, opposa Paul et Pierre. Cela se passait à Antioche de Syrie, une communauté mélangée, qui comprenait d’anciens juifs (judéo chrétiens) et aussi d’anciens païens (pagano chrétiens). Pierre, de passage dans cette communauté, n’avait vu aucun inconvénient, lui juif d’origine à prendre ses repas avec les pagano chrétiens ; ce faisant il transgressait inévitablement les règles alimentaires de la religion juive. Mais voilà que des amis de Jacques, le responsable de la communauté de Jérusalem, de passage eux aussi à Antioche, s’étaient montrés beaucoup plus rigides pas question pour nous, judéo chrétiens de manquer à nos pratiques traditionnelles ?
Traduisez qu’il faut faire des tables séparées : judéo-chrétiennes d’une part, mangeant casher, pagano-chrétiens de l’autre. Or, à l’arrivée des envoyés de Jacques, Pierre, tout d’un coup, a changé de pratique. Il s’est mis à faire « table à part » pourrait on dire. « Avant que soient venus des gens envoyés par Jacques, Pierre prenait son repas avec les païens ; mais, après leur arrivée, il se mit à se dérober et se tint à l’écart, par crainte des circoncis ; et les autres juifs entrèrent dans son jeu. » (Ga 2,12 13). Paul s’est alors opposé ouvertement à Pierre sur ce sujet ; il le raconte dans cette lettre, car un tel comportement ne pouvait que diviser la communauté.

Cela lui donne l’occasion de développer sa pensée sur le fond « ce n’est pas en observant la Loi que l’homme devient juste devant Dieu, mais seulement par la foi en Jésus Christ. » Car, au delà des problèmes de cohabitation, Paul percevait un enjeu beaucoup plus grave : le baptême suffit-il, oui ou non, pour faire le Chrétien? Si oui, la circoncision (et les autres pratiques) ne s’imposent plus ; sinon, cela veut dire que tous les pagano chrétiens à qui on n’a pas imposé la circoncision conformément à la décision de Jérusalem doivent être considérés comme ne faisant pas partie de l’Église.
Mais cela veut dire aussi   et c’est encore plus grave, que le Christ ne sauve pas les hommes, puisque, pour être reconnu juste devant Dieu, il faut observer des quantités de pratiques en plus du baptême. Le Christ ne serait pas le Sauveur ? Évidemment, c’est tout l’édifice de Paul qui s’écroulerait : « si c’était par la Loi qu’on devient juste, alors le Christ serait mort pour rien. » Bien sûr, il n’est pas mort pour rien, puisque son Père l’a ressuscité ; en ressuscitant Jésus, Dieu a en quelque sorte pris parti.

La résurrection du Christ prouve que la Loi est désormais dépassée; la Loi, ou en tout cas l’usage que les hommes en ont fait. Car on peut faire un mauvais usage de la Loi : c’est ce qui s’est passé dans la Passion du Christ, puisque c’est au nom de cette Loi, pourtant donnée par Dieu, précisément, que les autorités religieuses ont agi, avec les meilleures intentions. Ils croyaient réellement débarrasser le peuple juif d’un imposteur et d’un blasphémateur. C’est donc bien au nom de la Loi que le Christ a été condamné et exécuté.

C’est le sens de la phrase, à première vue difficile parce que très concise : « Grâce à la Loi (qui a fait mourir le Christ) j’ai cessé de vivre pour la loi afin de vivre pour Dieu » v. 19). Traduisez : j’ai cessé de dépendre de la Loi, de me croire obligé de la pratiquer, puisqu’elle a fait la preuve de ses limites ; des pratiquants rigoureux de la Loi ont pu, en son nom, tuer le Fils de Dieu. Le vrai « juste », accordé au projet de Dieu, c’est le Christ, obéissant, c’est- à  dire confiant en son Père même à travers la mort. Cette confiance que le Christ a montrée jusqu’au bout, nous pouvons la partager: « Ma vie aujourd’hui dans la condition humaine, je la vis dans la foi au fils de Dieu qui m’a aimé et qui s’est livré pour moi. »
Nul homme, au matin de Pâques, n’a assisté à l’irruption de l’Esprit qui a ressuscité Jésus, pas plus qu’il n’aurait, au matin du monde, surpris la naissance de la vie. Seuls peut être les poètes et les hommes de science au coeur d’enfant sont capables de témoigner de l’acte de création, de dire l’imperceptible instant de la naissance, de raconter le secret de la terre et la danse des galaxies. Les croyants ne seraient ils pas précisément les poètes de la seconde création, les témoins d’un événement éternellement contemporain, les messagers d’un amour qui triomphe de la mort, les signes de la présence indéfectible du Seigneur?

Sa Résurrection est irreprésentable comme l’est à moi même ma propre naissance dont je n’ai aucun souvenir: et pourtant je me reconnais enfant de mes parents, né de leur propre chair, porté à la vie par leur tendresse. De même, la Résurrection n’a de sens que dans le cadre d’une histoire d’amour, au cour de l’immémoriale alliance entre Dieu et les hommes. Elle est révélation de l’esprit filial de Jésus et du même mouvement, révélation de l’étonnante prédilection de Dieu pour cet homme de notre terre.

Le tombeau est vide, Jésus ne se donne plus à voir et les mots nous manquent, et c’est tant mieux si en nous et par nous se produisent les effets de cette prodigieuse annonce: Christ est vivant ! Car il ne suffit pas de répéter cette formule pour que s’efface le soupçon qui pèse sur les chrétiens. Malgré tant d’incantations à la Vie, leur Dieu ne serait il pas un ennemi de la vie ? Leur Christ un résigné ? Leur religion un système de culpabilisation et d’exaltation de la faiblesse? Le christianisme n’aurait il pas perverti tout ce qu’il touche et «empoisonné Eros », comme dit Maurice Bellet? N’aurait il pas tué en l’homme le goût de la vie au nom de la vie éternelle ? L’accusation est peut être excessive. Reste que certains en ont été marqués au plus secret d’eux mêmes et nourrissent une violente rancune contre cette caricature de christianisme qu’on leur a fait passer pour une religion d’amour.

L’Evangile ne nous aurait il donc pas suffi, qui nous montre un Christ ennemi de la souffrance, en lutte ouverte contre le royaume de la mort? Une image parmi tant d’autres : sous le regard de Jésus, une petite fille de douze ans, qu’on disait morte, ouvre les yeux. Elle se relève en s’appuyant sur son bras, et lui, réclame simplement qu’on la fasse manger. Nous croyons en Dieu j’en suis sûr, il faut apprendre à l’aimer !
       
        Jehan Claude HUTCHEN, pasteur


Cantique

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