2013 . 05 : 5e dimanche après la Trinité

Dimanche 30 juin 2013
       5ème dimanche après la Trinité

               Luc 14, 25-33
             L’appel qui sauve

Introduction

Nous avons réalisé un petit sondage à propos de ce texte pendant un moment spirituel de l’Aumônerie Universitaire Protestante auprès d’une douzaine d’étudiants. Trois personnes connaissaient ce texte dans sa globalité. Sept connaissaient uniquement le v.26. Tous considéraient le v.26 difficile à interpréter.

Dans cette prédication, nous nous concentrons par conséquent davantage sur ce verset 26 qui pose question que sur les deux paraboles qui concluent la péricope.
Elle invite tout d’abord l’auditeur à rechercher une interprétation qui corresponde à la Loi d’amour (aime ton Dieu et ton prochain comme toi-même). Elle lui suggère ensuite de reconnaître son incapacité à suivre totalement Jésus. Elle lui propose enfin de comprendre cette radicalité de Jésus comme une injonction à repousser une forme d’idolâtrie.
Cette prédication s’inspire des commentaires suivants :
François Bovon, L’Evangile selon Luc 9,51-14,35, IIIb, Labor & Fides, 1996
Helmuth Gollwitzer, La joie de Dieu, Delachaux, 1958

Chants

ALL 22/04 – ARC 230. Oh ! parle-moi, Seigneur
ALL 35/20 – ARC 515. Dieu, qui nous appelles à vivre
ALL 36/30 – ARC 532. Tu nous appelles à t’aimer

Prière

Seigneur, ta Parole nous libère de nous-mêmes et de tout ce qui nous empêche d’aimer notre prochain. Aide-nous à croire en ta Parole, afin que nous ayons le courage de diriger notre vie selon ton amour.
Nous te demandons d’avoir un cœur assez désintéressé de lui-même, pour que d’autres puissent y trouver leur place.
Nous souhaitons pouvoir accueillir les êtres et les choses qui surviennent sur nos chemins, chanter avec ceux qui rient, pleurer avec ceux qui souffrent, songer avec ceux qui rêvent, crier avec ceux qui protestent, dire oui avec ceux qui construisent,
dire non avec ceux qui résistent, agir avec ceux qui transforment.
Réveille en nous la conscience d’une foi vécue concrètement au milieu du monde,
au service des hommes et des femmes de ce temps. Amen.

 Prédication

« Suivez-moi entièrement, ou pas du tout ! », dit Jésus. Voilà ce que nous retenons à première lecture de ce passage de l’Evangile. Cette radicalité du Maître nous surprend. Le plus dur à accepter dans ses propos, c’est cette exigence : il faut « haïr » les siens et même « sa propre vie » pour pouvoir répondre à l’appel de Jésus !

1. Rappelons que Jésus n’est pas venu abolir la loi d’amour, mais l’accomplir (ne pas lire ce sous-titre)

Comment comprendre cette déclaration ?
N’avons-nous pas appris depuis notre plus jeune âge ce cinquième des dix commandements : « Honore ton père et ta mère afin de jouir d’une longue vie dans le pays que l’Éternel ton Dieu te donne ? » (Exode 20,12)  Le Lévitique ne nous enseigne-t-il pas : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » ? (Lévitique 19, 18)
Jésus, qui baignait plus que nous dans la culture de l’Ancien Testament, connaissait ces lois. Il n’était pas venu pour les abolir. Ainsi, il serait incomplet de penser que Jésus n’aimait pas ses parents et invitait les siens à en faire de même. Il serait même naïf de se réduire à une compréhension qui nous pousse à nous couper du monde. Car Jésus a toujours cherché à y accomplir la Loi de Dieu. Il nous pousse cependant à être vigilants par rapport aux lois de ce monde qui s’autoproclament comme Loi de Dieu, qui veulent supplanter cette Loi, notamment à propos du thème de l’amour de Dieu et de l’amour du prochain.

2. Jésus remet en question notre prétention à aimer pleinement (ne pas lire ce sous-titre)

Car qu’est-ce qu’aimer pleinement ou vraiment ?
Jésus nous provoque en déclarant que pour le suivre, il faut haïr les siens et même soi-même. Car suivre entièrement Jésus, aimer totalement Jésus, est-ce possible finalement ?
N’est-ce pas un phantasme de croire qu’il est simultanément possible d’aimer pleinement Dieu, d’aimer entièrement son conjoint, d’aimer totalement chacun de ses enfants et de surcroit de s’accepter ou de s’aimer soi-même, tel qu’on est ? N’est-ce pas même un peu prétentieux de croire avoir le pouvoir d’aimer pleinement ?
En nous irritant avec cette recommandation radicale, sans doute Jésus nous pousse-t-il à reconnaître notre incapacité à le suivre, tout comme notre inaptitude à aimer (ou supporter) quelqu’un, qu’il soit notre conjoint ou notre enfant, notre voisin ou collègue… Il nous incite aussi à admettre qu’il existe des attachements qui ne peuvent se vivre qu’au détriment d’autres liens. Que dans le domaine de l’amour de Dieu et du prochain, nous sommes bien faibles.

3. Jésus nous invite à repousser une forme d’idolâtrie (ne pas lire ce sous-titre)

Si Jésus nous pousse à reconnaître notre faiblesse, il nous appelle également à un renouveau. Pour le définir, il nous faut essayer d’expliquer ce verbe « détester » ou « haïr » ses parents, verbe qui nous gêne tant. Notons que Jésus emploie ce verbe au sujet des parents et des siens, mais également au sujet de soi-même et que dans la Bible, ce verbe est souvent utilisé dans un contexte de dénonciation d’une forme d’idolâtrie.
Ainsi, nous pourrions réactualiser la phrase de Jésus ainsi :
« Si quelqu’un vient à moi et ne haït pas l’idolâtrie qu’il se construit autour de son père, s’il ne déteste pas l’icône parfaite qu’il se fait de sa mère, s’il ne respecte pas la juste distance qui doit exister en lui et sa femme, s’il ne déteste pas l’image de l’enfant roi qu’il se fait de ses enfants, s’il ne rejette pas les préjugés qu’il a de ses frères et de ses sœurs, s’il ne haït pas le vieil homme qui est en lui, il ne peut être mon disciple. »
Il existe en effet beaucoup de réalités dans notre vie qui nous entravent, nous empêchent d’aimer Dieu et notre prochain. Il y a de fausses exigences que nous mettons dans la bouche de nos parents, des images de nos proches qui nous immobilisent et justifient notre non-engagement, voire notre indifférence à tout. Ainsi, voici le renouveau auquel Jésus nous appelle : nous devons haïr ces fausses images et nous ouvrir à la libération que Jésus annonce dans ses paroles et ses actes ; libération qu’il inaugure lui-même dans sa victoire sur la fatalité de la mort. Suivre Jésus, c’est accepter de vouloir symboliquement revêtir l’habit neuf du baptisé et de regarder sa vie et son prochain avec un regard libéré.

Que conclure ?

Jésus termine son propos en racontant deux petites paraboles qui nous rappellent qu’il existe une sagesse répandue dans le monde qui consiste à réfléchir avant de s’engager. En effet, depuis son plus jeune âge, l’être humain apprend à faire les choses dans l’ordre, il apprend à mesurer ses forces : malheur, en effet, à celui qui ne réfléchit pas, sa réalisation ne peut aboutir ! Malheur à celui qui ne compte pas ses forces ! Il finit par s’essouffler.
Jésus reconnaît que cette vertu est réaliste : mieux vaut en effet réfléchir avant d’agir. Mais il ajoute :
Heureux êtes-vous, vous qui dans vos réflexions êtes libérés de vos fausses images. Vous répondez à l’appel qui sauve.
Heureux êtes-vous, vous qui êtes des enfants appelés par Dieu. Vous n’êtes plus des fils perdus, faussant compagnie aux vôtres, enfermés en vous-même. Au contraire, vous êtes des enfants retrouvés par Dieu le Père. Vous agissez par amour du prochain. Vous répondez à l’appel qui sauve. Amen.

Matthias Dietsch, Strasbourg