ENTENDEZ QUEL TONNERRE
Habt ihr in hohen Lüften
Deutsche Siege – Victoires allemandes
Emanuel Geibel, août1870
1. Entendez quel tonnerre
Dans le ciel tout là-haut,
A Forbach en Lorraine,
A Wissembourg, à Woerth ?
Là-bas les anges de gloire
Ont poussé les armées
Et donné la victoire :
Nos soldats ont gagné !
2. Aux Bavarois la gloire !
Acier bruni au temps,
Aux griffes dures, noires,
Lions frappants, mordants !
Et l’aigle de la Prusse !
Vous avez bravé la mort,
Pris votre arme à la crosse
Et fait tourner le sort !
3. Et vous, du pays des Katten*
Ou des bords du Neckar,
Des huttes de lattes
De Thuringe, de l’Aar,
En coins comme en colonnes
Vous portiez de grands coups,
Unis comme un seul homme,
Tous pour un, jusqu’au bout.
* Katten, ou Chatten : tribu germanique à
l’Est du Rhin, que Jules César combattit
pour l’empêcher de frabchir le fleuve.
4. Vous, malgré la mort sûre,
Partout cernés de coups,
Sous le feu, les blessures,
Preniez le « Rouge fort. »
Que reste-t-il de gloire
Aux Français tant vantés ?
C’est la fin de l’histoire :
L’Empire est écrasé !
5. Corps droit, sur vos montures
Donnez de l’éperon !
Répétez le mot d’ordre :
« Avec Dieu nous vaincrons ! »
Déjà le loup en hargne
A roussi son habit.
Passez la Meuse et la Marne :
Devant vous, c’est Paris !
6. Malgré ses faibles membres,
Dans le soleil du soir,
Il veut sauter, reprendre
Du poil et de l’espoir.
Tu ne crains pas sa rage,
Chef royal** des héros.
Sonne, trompette, la marche :
Paris, c’est pour bientôt !
** Guillaume, roi de Prusse,
commandant en chef de la coalition allemande,
futur empereur Guillaume 1er
7. Lâche et jaloux, le monde
Voit ton œuvre accomplie,
Mais toi, tu décides
De combien est ton prix.
A nos côtés nulle aide,
Que Dieu seul, pas d’amis :
La paix que tu concèdes,
Allemand, tu la fis !
Texte Habt ihr, in hohen Lüften
Geibel Emanuel (août 1870) 1815-1884
dans Auswahl Deutscher Gedichte für höhere
Schulen, Theodor Echtermeyer, 34. Auflage
1903 (1. 1836), 978 Seiten
Halle, Verlag des Waisenhauses, page 848
fr. : Yves Kéler, 7.11.2011
GEIBEL Emanuel, né le 14octobre 1815 à Lubeck, étudia (1835-1838) à Bonn et Berlin, vécut de 1838, à 1840 à Athènes et à son retour en différents lieux : Lubeck, Eschenburg, St Goar. En 1852 appelé comme professeur de littérature allemande à Munich. En 1868 il prit sa retraite, revint habiter dans sa ville paternelle, en fut nommé citoyen d’honneur, et mourut là le 6 avril 1884. (Echtenmeyer, p.964)